L'Homme n'est pas « Too Big To Fail »

Michel Santi

Photo d'illustration
DR

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Il n'y a qu'une seule économie qui tienne la route. Cette économie ne périclite jamais. Elle n'est pas en quête d'une croissance à tout prix. Cette économie fonctionne depuis des milliards d'années, bien avant l'apparition de l'être humain. C'est la Terre. Ses composants, «ses agents» pour reprendre un terme à la mode, sont les océans et les forêts. Sa monnaie est l'oxygène et les rayons du soleil. Sa bourse des valeurs est essentiellement fondée sur une allocation et sur un usage raisonnable de ses ressources, secrétant un équilibre parfait qui favorise la production d'écosystèmes et la vie de 8 millions d'espèces. Tous ces actionnaires contribuent au système économique de cette planète, y apportant chacun sa valeur ajoutée.
Au sein de cette économie authentique, pas d'inflation, pas de cycles infernaux de booms inévitablement suivis d'implosion de bulles. Hormis les rarissimes épisodes d'extinction d'espèces, sa performance est stable, et son bilan largement positif sur le court, sur le moyen et sur le long terme. Son air, ses arbres, son eau ne sont certes pas affublés d'étiquette, mais leur valeur reste immuable au cours des millénaires. Entièrement basée sur le partage et sur le recyclage, cette économie prospère, car tous ses habitants n'utilisent que ce dont ils ont besoin, et y restituent leurs surplus. Pas de banquiers, pas de distributeurs automatiques, pas d'appât du gain, elle était censée être immortelle, inamovible.
Jusqu'à ce que l'Homme ne pompe toutes les réserves de sa Banque Centrale, en y greffant une économie dysfonctionnelle, vivant largement au-dessus de ses moyens en multipliant les prêts. Ignorant l'étymologie même du mot «économie», il y a établi le règne de la croissance sans limites, à perte de vue, et l'impérium de toujours prendre sans rien rendre. Contrairement aux autres espèces qui contractent parfois des crédits en cas de besoin, mais qui les remboursent systématiquement, l'être humain pour sa part n'a rien à offrir au système, si ce n'est la profusion des leviers, des titrisations et autres raffinements tels que la création monétaire quantitative. L'Humanité s'est progressivement transformée en un gigantesque business à ciel ouvert où nous sommes tous sommés d'accélérer, de rentabiliser, d'exploiter, de croître à l'infini... Notre credo consiste à convertir tout en marchandise estampillée d'une date de péremption. Le fondement de notre système est d'épuiser, de remplacer, y compris nous-mêmes qui sommes devenus des produits. Si ce n'est que nos comptes sont négatifs, notre bilan financier largement et incontestablement déficitaire. Et pour cause: nous ne faisons que dépouiller, et - pour solde - notre dette vis-à-vis de la vraie économie excède nettement notre PIB.
Ayant multiplié les crises inflationnistes, déflationnistes, les crises du crédit, des dettes souveraines, les bulles spéculatives, les flambées immobilières, ayant eu recours aux guerres dévastatrices afin de nous réguler, nous ne pouvons plus puiser dans les réserves de notre Banque Centrale, car celles-ci sont bientôt à sec.
Du fait de nos endettements massifs, accumulés au fil des générations - surtout les plus récentes -, notre seul et unique créancier est sur le point de se déclarer en faillite. Comme notre Banque Centrale n'est plus en mesure de financer notre effet de levier à tous les niveaux, notre mécanisme à la Ponzi frôle l'implosion, car la croissance exponentielle est un mythe, ou un cauchemar.
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J'ai lu quelque part que nous, les Hommes, serions apparus sur Terre la dernière demi-heure, après 23:30 le 31 décembre, si la trajectoire de notre planète était condensée en une année. Il me semble que seul un attentat terroriste de grande envergure serait susceptible de causer autant de dommages.
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(*) Michel Santi est macro-économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales, écrivain. Il vient de publier un ouvrage critique sur la Banque centrale suisse : BNS : une banque centrale ne devrait pas faire ça. Son fil Twitter.
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