L'IA à l'assaut du marché des capitaux et c'est pas mal...
Luca de Santos et Charles Cuvelliez

Photo d'illustration
JOHANNES CHRISTO
Luca de Santos et Charles Cuvelliez

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JOHANNES CHRISTO
Il n'y a pas encore beaucoup d'IA au niveau des marchés des capitaux, mais le nombre de brevets déposés augure d'un changement à venir. L'IA n'y est pas vraiment nouvelle : elle sera à court terme le prolongement des outils de Machine Learning déjà en usage depuis 20 ans. Les ETF à base d'IA (particulièrement adapté à une gestion 100 % IA) n'en sont qu'à leurs débuts. Le FMI en a compté moins de 1 milliard. Il n'y a pour l'instant aucune IA qui s'est muée en agents d'investissement 100 % autonome. Elle fournit par contre déjà des informations et des signaux utilisés par des traders humains qui restent les seuls à prendre la décision.
Le FMI en veut pour preuve la rapidité avec laquelle les minutes de la FED, longs et complexes, aboutissent à des réactions sur les marchés des capitaux : moins d'une minute. L'IA générative est passée par là. Elle pourrait faciliter l'expansion du trading algorithmique dans de nouvelles classes d'actifs, dans d'autres régions. L'IA générative en réduit les barrières à l'entrée, car elle facilite le codage, les tests et l'automatisation du trading dans des entreprises moins sophistiquées.
Bonne chose que tout cela, dit le FMI. Les stratégies basées sur l'IA pourraient générer des volumes de transactions plus élevés, mais plus procycliques, c'est vrai. Car en traitant plus rapidement de grandes quantités de nouvelles informations, l'IA pourra entraîner des ajustements de portefeuille plus importants et plus fréquents, donc des volumes de transactions plus élevés. L'IA peut diminuer les risques de stabilité financière en augmentant la liquidité des marchés et en améliorant la transparence aussi.
Plus les marchés sur lesquels l'IA est appliquée sont liquides avec de grands volumes de transactions et transparents, plus l'IA sera efficace : ce sont autant de données d'entrainement en continu qui permettent aux algorithmes d'IA d'apprendre et de s'adapter. Les marchés auxquels pense le FMI sont les dettes souveraines, les actions et les produits dérivés ainsi que les marchés de change qui tournent 24/7.
Mais certains acteurs pensent que les marchés et pays émergents ont aussi à gagner de plus d'IA qui peut donner un boost de maturité. Mais ces marchés ont aussi peu de données. Il faudra créer des données synthétiques pour combler le manque de volume, avec le risque que ces données artificielles ne reflètent pas la réalité. Des marchés matures qui peuvent se baser sur des données réelles et des marchés émergents qui doivent se contenter de données synthétiques risquent de diverger et de se fragmenter.
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C'est à une échelle de 3 à 5 ans que les acteurs voient une vraie différence dans l'AI. Elle pourra par exemple exploiter des données jusqu'ici non utilisées, non structurées libres. Cette IA pourrait ainsi découvrir de nouvelles de relations de cause à effet inaperçues jusque-là et mener à de nouvelles stratégies d'investissement. L'IAI devrait aussi pouvoir contribuer à plus de robustesse dans les modèles de prévision d'évolution des marchés. L'IA pourrait s'avérer très efficace pour monitorer les marchés mieux que ne le feraient des opérateurs humains.
L'IA fera d'abord une percée dans le trading haute fréquence. Ce dernier augmente la liquidité des marchés. Mais elle peut générer aussi de la volatilité court terme, sous forme d'oscillations quand pourtant aucune nouvelle information ne le justifie.
Mais d'un autre côté, si toutes les IA utilisées dans les marchés des capitaux se ressemblent sans diversité, il y a un risque de comportement moutonnier accru face à de mêmes signaux de crise ou de stress. Or il y a bien pour l'instant une concentration des acteurs d'IA. Elle provient aussi du déficit de spécialistes sur le marché du travail. On va tous les retrouver chez les mêmes joueurs en nombre restreint. Le FMI voit un salut dans l'open source. Il en va de même pour les données d'entrainement. Gare au monopole de ces derniers. On parle de collusion tacite des acteurs du marché par AI interposé.
Même les superviseurs et régulateurs pourraient mieux faire leur travail. Les autorités de supervision utiliseront l'IA pour mieux détecter des petites anomalies dans les données qui leur sont soumises, de volumes toujours plus grands. La promesse c'est de détecter des risques plus tôt. Il restera toujours un humain dans les décisions sur les marchés de capitaux pour les 3 à 5 ans à venir. Une autonomie complète de l'IA n'est pas pour demain.
Les intermédiaires financiers non bancaires aussi seront les premiers à bénéficier de l'IA : ils occupent déjà la moitié des actifs financiers. Ils sont plus agiles et moins soumis à la régulation.
C'est rafraichissant de voir une instance comme le FMI ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Si l'IA empêche la prochaine crise financière, on ne va pas s'en plaindre. Son mantra est que l'IA a le potentiel d'augmenter considérablement l'efficacité des marchés financiers (négociation, investissement et allocation d'actifs) et leur stabilité grâce à l'automatisation des processus assistée par l'intelligence artificielle et à l'analyse de nouvelles données complexes non structurées. Ces effets commenceraient déjà à se faire sentir, dit le FMI. On veut les croire !
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