L'impact des immigrés sur le chômage

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, l'impact des immigrés sur le chômage.

La relation immigration, marché du travail, chômage s'apparente à du simple bon sens : soit les immigrés deviennent chômeurs eux-mêmes soit ils y plongent les résidents en prenant leur emploi. C'est pourtant une idée fausse comme le montre un rapide examen des données.

Il suffit de placer dans une matrice les pays en fonction de deux critères, le premier axe, vertical, le taux de chômage, le second horizontal, la part des étrangers dans la population totale (pris comme un proxi de la part des immigrés). Si la liaison est établie, alors les pays devraient se placer plus ou moins le long de cette droite qui coupe le graphique en deux. C'est raté, pour les 34 pays de l'OCDE analysés. Il y a de tout, des pays qui cumulent à la fois fort taux de chômage et faible proportion d'étrangers c'est le cas de l'Espagne et de la Grèce ou à l'opposé des pays comme le Luxembourg ou la Suisse où le taux de chômage est faible et la part de la population étrangère élevée.

On s'aperçoit aussi qu'aucun pays ne se situe dans le coin supérieur droit du graphique c'est-à-dire qu'aucun pays ne cumule à la fois fort taux de chômage et forte proportion d'immigrés. Au contraire, si on trace la droite de régression, la pente est décroissante ce qui suggère qu'une plus forte proportion d'immigrés est, en moyenne, associée à un plus faible taux de chômage, mais la liaison n'est statistiquement pas significative.

Impossible d'établir un rapport de causalité entre immigration et taux de chômage

On peut toujours contester cette analyse, car elle compare des pays très différents. Pour plus de pertinence, il faudrait donc analyser le lien entre la variation du taux de chômage et celle de la part des immigrés pour gommer les différences structurelles. Cela ne change pas grand-chose, la pente de la courbe est certes très légèrement croissante mais, une fois de plus le lien n'est statistiquement pas significatif. Surtout, toujours aucun pays dans le coin supérieur droit. Décidément, que ce soit en niveau ou en variation, il n'est toujours pas possible d'établir un lien entre explosion de l'immigration et flambée du chômage.

On peut encore aller plus loin et affiner l'analyse pour éliminer d'autres biais comme les écarts de conjoncture, mais les études empiriques concluent toutes sur l'absence de lien entre immigration et chômage.

Pourquoi ce décalage par rapport à l'opinion commune...

Trois explications à cela :

  • 1 - Une vision malthusienne du marché du travail, un marché du travail assimilé à un jeu de chaises musicales à somme nulle. Or, c'est oublié qu'un immigré c'est aussi un consommateur, un contribuable qui augmente la demande globale, l'activité donc l'emploi... et la croissance potentielle.
  • 2 - La méconnaissance des motivations qui poussent les migrants à quitter leur pays. Même si le motif économique n'est pas nécessairement le premier, un migrant se positionnera naturellement là où ses chances de trouver un emploi sont les plus élevés, c'est-à-dire où le taux de chômage est le plus faible. C'est bien pourquoi, les flux d'immigrés vers les pays d'Europe du Sud se sont taris alors qu'ils ont fortement progressé vers l'Allemagne.
  • 3 - Une mauvaise analyse des écarts des taux de chômage entre nationaux et immigrés structurellement supérieur. Ce ne n'est pas tant le statu immigré/autochtone qui l'explique mais bien plus le type d'emploi, plus précaire occupé par les immigrés qui jouent ainsi le rôle d'amortisseur en cas de crise.

Le lien entre immigration et chômage est non seulement une idée fausse mais c'est aussi un raisonnement paresseux.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 30/06/2018 à 17:11 :
Pour corréler deux choses, il faut une théorie. On ne voit aucune espèce de raison de lier forte immigration et fort chômage, bien au contraire. Bref, ce type de comparaison n'a ni intérêt, ni utilité, sauf bien sur de justifier l'injustifiable.

L'injustifiable c'est la comparaison des taux de chômage entre auto et allo chtones, celui des immigrés étant voisin du double (17 contre 9) en France.
https://data.oecd.org/fr/migration/taux-de-chomage-des-autochtones.htm#indicator-chart

Il est totalement anormal de voir une immigration au chômage alors que la seule justification de la migration c'est précisément de trouver du travail.
Qu'en déduire ?
a écrit le 31/10/2016 à 11:32 :
Merci pour cet article mais vous essayez de faire comprendre de façon rationnelle à des gens qui ont des peurs irrationnelles ce qu'ils ne veulent surtout pas voir, l'origine de leurs maux n'est pas due à l'existence d'une certaine catégorie de la population.

Et se battre contre l'irrationnelle, lutter contre la peur des gens, c'est se battre contre des moulins à vent. Il n'y a qu'une société rassurante qui pourra générer moins d'intolérance, or le capitalisme ne l'est pas du tout rassurant, surtout décliné en néolibéralisme comme actuellement.
a écrit le 27/10/2016 à 11:22 :
Etude ? Comparer la Suisse, le Luxembourg, le Canada avec la France ou l'Italie. Ce n'est pas une étude c'est une insulte à l'intelligence.
a écrit le 26/10/2016 à 11:26 :
Etude farfelue ! Des pays comme le Canada, la Suisse, etc., invite des gens qualifiés qui ne sont donc pas au chômage, paient des taxes et impôts et ne pompent pas les ressources du pays d'accueil. La motivation qui pousse les gens à s'expatrier est toujours la même: l'espoir d'une vie meilleure. La différence: la qualité des immigrés grâce à la sélection. Au Canada par exemple, on ne peut se prévaloir des aides diverses et variées parce que 1) on est choisi du fait que l'on a un potentiel et 2) qu'en cas de parrainage, le parrainé est à la charge du parrain pendant 10 ans et pas à celle du contribuable. Il n'y a pas de système parfait, mais que l'on arête de faire croire qu'en France, l'immigration est une manne et que les bons samaritains en assument les coûts !!!

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