La Bourse... ou la vie

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(Crédits : Reuters)
Le système financier reflète-t-il l'économie réelle, la vie des entreprises et plus encore de la vie de celles et ceux qui font l'économie au quotidien : les citoyennes et les citoyens ? Une méfiance est apparue depuis des années à l'égard du rôle des marchés financiers, d'autant que se sont développées d'autres pistes comme l'économie sociale et solidaire (ESS). Par Thierry Jeantet (*).

La Bourse est une vielle dame qui pour la France est « née » par arrêté du Conseil d'Etat d'en septembre 1724 . Il s'agissait de mettre de l'ordre en matière d'échanges de valeurs après la banqueroute du système de Law. Elle a résisté, ici comme ailleurs, à bien des crises : les volumes mondiaux échangés en actions avaient par exemple atteint les 30 milliards de dollars à la fin du premier semestre 2014.

Méfiance

Les indices boursiers de la planète (Dow Jones, CAC 40 , Euronext 100, Euro STOXX 50... ) font l'objet de publications, informations tous les jours de la semaine et de façon continue. Le système boursier est-il pour autant encore pertinent ? Evidemment, pourrait-on répondre sans aller plus loin, les Bourses restant un des moyens pour les entreprises de toute sortes de trouver les moyens de financer leurs projets. Plusieurs éléments peuvent pourtant jeter le doute : une méfiance semble se propager du côté des actionnaires (en France leur nombre diminue) rendus prudents par notamment les crises de 2008 et 2011. A laquelle s'ajoute celle d'entreprises qui ont un mal croissant à comprendre pourquoi il faut « courir » après une « note » qui évolue de plus en plus rapidement au gré des progrès technologiques mis en place par ce qu'il faut bien appeler des « entreprises boursières ». Le court-termisme devient de plus extrême.

Initiatives régulatrices

La question de plus en plus prégnante est désormais : ce système ne s'éloigne-t-il pas trop de l'économie réelle, de la vie des entreprises et plus encore de la vie de celles et ceux qui font l'économie au quotidien : les citoyennes et les citoyens ?

Des entrepreneurs y répondent en prenant des initiatives compensatrices voire régulatrices. Le G7 Business for Inclusive Growth en est un signe intéressant, le PDG de Danone Emmanuel Faber soulignant que « ce n'est pas par idéologie mais par réalisme qu'il a été créé ». Le Global Compact des Nations unies lancé en 2000 par Kofi Annann, présidé en France par André Renaudin DG de AG2R La Mondiale, intègre des dimensions civiques et écologiques. En France, la notion d'entreprises à mission (Loi Pacte) va aussi en ce sens . Les Allemands ont été depuis longtemps des devanciers avec la co-gestion.

Les entreprises de l'Economie Sociale et Solidaire (ESS) ont depuis toujours fondé leurs échanges et partenariats sur leur propre système de valeurs, celles de la démocratie, l'équité et la solidarité. Leur mode de propriété à la fois privé et collectif les plaçant - par choix - hors du système boursier .

Cet ensemble constitue une nouvelle donne. Elle doit conduire à établir un « baromètre économique-social-écologique-civique » qui permette de façon régulière une approche plus véridique, plus durable des entreprises . Le rapport Sitglitz-Sen-Fitoussi en avait décrit les contenus possibles , le Blian Sociétal du Centre des Jeunes Dirigeants de l'ESS étant allé plus loin . Il est temps de mesurer « l'Impact Global » des activités entrepreneuriales .

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(*) Président d'Honneur du Forum-International de l'Economie Sociale et auteur de "L'Economie Sociale, la solidarité au défi de l'efficacité" (Editions La Documentation Française).

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Commentaires
a écrit le 08/10/2019 à 17:27 :
La bourse est de moins un acteur pertinent du développement de l'économie réelle:

Elle n'a jamais su prévoir les grandes crises financières comme celle de 2008. Et remarquons le, l'indice boursier fait du yoyo entre moins de 5000 et 5500 alors qu'il était il y a maintenant onze ans à 6800 et n'a jamais pu récupérer en totalité la descente à 2600. Elle ne sait faire en général de gros profits qu'avec le boursicotage de personnes plus ou moins initiés à ce qui se trame en coulisse.

Voyons par exemple l'escroquerie légale qui consiste à faire payer par les petits actionnaires, certaines montées en puissance qui peuvent prendre beaucoup de temps, et ceci au nom du risque "entrepreneurial" comme on a pu le voir avec quelques gros exemples bien connus et retentissants en France il n'y a pas si longtemps et que les commanditaires de ces entreprises ne pouvaient pas avoir ignoré

Pour les secteurs économiques plus modernes, les références statistiques ne prouvent en général jamais rien, et ce n'est pas non plus la rumeur à la mode qui peut prédire sérieusement la pertinence future de la valeur considérée.

Elle manque singulièrement de compétence commerciale, marketing et surtout de compétences scientifiques et technologiques pour savoir distinguer ce qui est réel et pertinent et qui concerne ce que des clients veulent acheter et qui peuvent payer, de ce qui relève du rêve intellectuel d'exploration et de développement des connaissances générales.

A noter que seules les banques "étiques" qui s'impliquent dans l''objet à économiquement exploiter ont échappé à la crise de 2008

A noter que ce n'est que trop rarement avec des procédures technocratiques à "critéres" que l'on produit des "pépites" technologiques, sachant qu'il n'y a pas que le numérique qui a son importance , et de savoir aussi distinguer ce qui est vraiment utile, de ce qui est tres nuisible et qui conduit à des catastrophes financières, quand les procédures informatisées, ne fonctionnent pas correctement, correspondent à des réglementarismes obtus parfaitement obsolètes et antiproductifs et prennent parfois dix fois plus de temps qu'avec les procédures non numérisées, ou bien qui font l'objet d'autant d'arnaques, et qui empêchent les individus de faire preuve de davantage d'esprit d'initiative pertinent.
a écrit le 08/10/2019 à 9:02 :
Le problème majeur est que l'oligarchie continue de préférer de donner des ordre aussi stupides qu'ils soient plutôt que de se remettre en question étant donné que ce n'est pas dans son adn.

Ce que ne veut pas voir la classe dirigeante c'est que l'on ne remet pas son statut en question mais sa façon de gérer l'humain qui nous précipite vers notre fin !

Il vaut mieux une classe dirigeante éclairée qu'une autogestion mais il vaut mieux une autogestion qu'une classe dirigeante entrainée dans la spirale de la médiocrité comme nous avons actuellement.
a écrit le 07/10/2019 à 19:52 :
"Le système s'eloigne de l'économie réelle"...sauf que ça fait 30 ans qu'il a commencé à dériver
(Déconner ?) et pas grand monde s'en est ému. Maintenant qu'on à l'air de savoir: On fait quoi?

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