La Civic Tech sauvera-t-elle la politique... et en aura-t-elle le temps ?

 |   |  568  mots
Les garde-fous posés aux usages du big data sont encore bien minces, mais la question se pose de savoir si la Civic Tech dans son ensemble doit céder à ce mirage - de la démocratie en réseaux - et réduire l'innovation à un processus d'accumulation.
Les garde-fous posés aux usages du big data sont encore bien minces, mais la question se pose de savoir si la Civic Tech dans son ensemble doit céder à ce mirage - de la démocratie en réseaux - et réduire l'innovation à un processus d'accumulation. (Crédits : DR)
La France accueille OpenGov, le sommet mondial du partenariat pour un gouvernement ouvert. Quels sont les enjeux posés par le développement des usages citoyens du numérique? Par Maxime Forest, enseignant-chercheur à Sciences Po (OFCE, CEVIPOF)*

La sphère Civic Tech bouillonne, d'où la place qui lui sera donnée lors du sommet mondial de l'initiative multilatérale OpenGov, dont l'ambition va bien au-delà puisqu'elle promeut la transparence, la lutte contre la corruption et la participation citoyenne. Mais ce bouillonnement tient autant à la multiplication des plateformes et applications ayant vocation à contribuer à la fabrique des décisions publiques, qu'à l'urgence vitale des défis posés aux institutions de la démocratie représentative. Autrement dit, autant - sinon davantage - au caractère aigu de la crise du système existant qu'à l'émergence de nouvelles manières de faire le politique.

Régénérer la démocratie?

C'est là le premier écueil posé au développement des technologies citoyennes, que d'émerger en des temps particulièrement troublés pour les institutions que sont le vote, le référendum, les parlements et les media traditionnels qui il y a peu, exerçaient le monopole de l'information politique. Les attentes sont ainsi formulées sur le mode des fins dernières. Il reviendrait à la Civic Tech non de traduire de nouveaux besoins en matière de participation, mais de régénérer la démocratie, sous peine de la voir sombrer, en proie aux extrémismes et à la défiance radicale en passe de caractériser le rapport des citoyens à leurs représentants.

Deuxième enjeu : si cet environnement partage de nombreux points communs avec l'univers des start-ups, sa vocation, concourir au bien public, l'en distingue. Or, le risque est avéré pour des initiatives qui cherchent leur mode de financement, d'effacer cette spécificité. Au débat habituel solutions propriétaires contre solutions libres, il faudrait en substituer un autre : une fois sur le marché, que vendent-elles, et à qui ? L'arrivée de l'ex-patron de Deezer et ex-Publicis dans le petit monde des Civic Tech témoigne de cette mutation. Quid, de l'innovation citoyenne, de l'algorithme ou de la base de données constitue l'objet et la valeur du projet d'Axel Dauchez ?

Les risques du big data pour la démocratie

Et l'on en vient au troisième enjeu, celui de leur rapport au big data et aux risques sérieux que ses usages recèlent pour la démocratie. Car l'avènement d'une démocratie en réseaux, où les politiques publiques seraient susceptibles d'être co-conçues par des millions de citoyens-usagers, porte en lui l'horizon illimité offert par ce crowdsourcing en termes d'idéation, de préférences personnelles, de besoins à satisfaire. Or, non seulement les garde-fous posés aux usages du big data sont encore bien minces, mais la question se pose de savoir si la Civic Tech dans son ensemble doit céder à ce mirage et réduire l'innovation à un processus d'accumulation.

Au sein de l'Etat, les acteurs du gouvernement ouvert ont saisi l'ampleur de ces enjeux. Il en va de même des poids-lourds de la révolution numérique. Mais qu'en est-il de l'immense majorité des chercheur-e-s intéressé-e-s à la chose publique, des apôtres de la mutation digitale ou des acteurs de la Civic Tech eux-mêmes ? Comment préserver ces solutions émergentes d'une marchandisation expresse et encadrer le développement du big data, afin de leur offrir une chance de contribuer à réinventer nos démocraties ?

(*) Maxime Forest est enseignant-chercheur à Sciences Po (OFCE, CEVIPOF)
et consultant de la plateforme Politizr.com.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 06/12/2016 à 11:44 :
Merci pour cet article, doublement étant donné que vous vous mettez à la place des gens qui veulent plus de démocratie participative et plus de pouvoir populaire mais voilà le problème est que les tenants du pouvoir, décideurs politiques et économiques, ne veulent surtout pas le lâcher, ils ont des réseaux longs comme le bras dont ils se servent pour accroitre leurs privilèges et leur réseau, ils n'ont aucun intérêt à ce qu'il y ai plus de démocratie ils ont juste intérêt à ce que le peuple continue de l'espérer.

Voilà le triste bilan de la réalité de notre société, ne pas oublier que 1% de la population mondiale possède plus que les 99% restant, tous les capitaux et outils de production sont entre leurs mains et partager avec 7 milliards de personnes pour eux c'est pas pour demain.

Sans des réactions citoyennes actives ils iront jusqu'au bout de leurs logiques mortifères quitte à entrainer dans leur sillage 7 milliards d'innocents. Persuadés que leurs vies valent plus que les nôtres parce qu'ils possèdent tout ils nous guident vers le trépas de l'humanité.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :