#CivicTech, vie urbaine et démocratie

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Quand l'économie bascule vers les plateformes et que les nouveaux usages réinventent nos vies urbaines, les CivicTech sont une voie pour réinventer la collaboration, la participation et donner une autre tonalité  à la vie démocratique, avec transparence et contrôle des engagements.
Quand l'économie bascule vers les plateformes et que les nouveaux usages réinventent nos vies urbaines, les CivicTech sont une voie pour réinventer la collaboration, la participation et donner une autre tonalité à la vie démocratique, avec transparence et contrôle des engagements. (Crédits : DR)
Une campagne électorale nationale se prépare en France. Pré-candidats et candidats affûtent leurs argumentaires, construisent leurs équipes et se lancent peu à peu dans l'arène, pour se présenter devant les électeurs. Le numérique n'est pas en reste pour mettre en avant l'e-Démocratie et la "Civic Tech".

Qu'il s'agisse des primaires ou directement de la « rencontre d'un destin avec la France », la case élections se trouve au cœur de l'exercice de la vie politique du pays. Et nous entendons différentes personnalités s'exprimer sur ce que signifie à leurs yeux la démocratie.

S'exprimant avec brio il y a quelques jours, le Premier ministre, Manuel Valls, l'a définie ainsi:

"La démocratie, ce n'est pas la rue ! La démocratie, c'est le vote !"

L'ex-président Nicolas Sarkozy, qui se présente comme le défenseur de ceux qui souffrent sans s'exprimer, évoque la « tyrannie des minorités », et nous dit que la « seule souveraineté, c'est celle du Peuple », ajoutant:

"Il faut mettre le peuple au cœur de tout."

Quant au président de la République, François Hollande, il s'exprimait ainsi sur le sujet lors du Congrès des maires de France:

"On ne m'empêchera jamais de penser qu'il n'y a rien de mieux que le suffrage universel, et que la parole d'un élu mérite d'être respectée parce qu'il ou elle a été choisie pour exprimer ce que pense le peuple français à un moment ou à un autre."

Des démocraties proches des citoyens...

D'un bord à l'autre de l'échiquier politique, la question de la démocratie, du peuple et de sa représentation, se pose avec acuité. S'agissant de l'élection présidentielle à venir, elle est liée à l'idée de la Nation, de l'État, de ses rôles, prérogatives, rayons d'action, programmes et projets à développer en cas de victoire.

Mais d'une élection à l'autre, quand les électeurs sont des urbains, dans un monde de villes, quelle réflexion pouvons-nous mener autour de la démocratie pour renouveler un discours politique et créer un lien avec ceux qui seront appelés aux urnes ?

Wellington Webb, l'ancien maire de Denvers, a prononcé en 2009 à la conférence des Maires des États-Unis, une phrase très inspirante, résumant parfaitement les enjeux urbains de l'humanité :

« Le XIXe siècle était un siècle d'Empires ; le XXe siècle, celui des États-Nations. Le XXIe siècle sera un siècle de villes. »

Pouvons-nous l'ignorer à l'heure d'un grand rendez-vous de la vie nationale ?

Le XXIe siècle est aussi le siècle de l'ubiquité. La massification de l'Internet, le "cyber espace" - devenu "cloud" - porte cette image de la "société numérique" pour souligner la puissance du numérique qui pénètre nos vies sous ses multiples "e-x", tels le e-Gouvernement, la e-Éducation, la e-Santé...

e-Démocratie, où es-tu ?

La démocratie peut-elle alors se résumer au vote, aux références historiques et aux injonctions au peuple souverain ? À l'heure où une grande distance s'installe entre le monde politique et les citoyens, il n'est pas inutile de se poser les questions de la portée de la vie démocratique dans un monde majoritairement urbanisé. La puissance du numérique, le maillage de l'Internet, l'omniprésence de l'ubiquité, mais aussi le poids de la crise économique, le vide politique constaté, la désaffection, voir la méfiance, des citoyens face à sa représentation politique, sont des bouleversements majeurs.

Aujourd'hui, les citoyens disposent de moyens techniques pour s'informer et se mobiliser au quotidien. Via les réseaux sociaux, il est possible de rassembler dans la rue des centaines de milliers de personnes en quelques heures à peine. Les rapports entre administrés et gouvernements changent sous l'effet de ces technologies. La gouvernance et la manière de faire de la politique devraient changer aussi.

Oui, l'intelligence urbaine et les nouveaux usages citoyens, démultipliés par les réseaux sociaux et les nouvelles technologies, permettent de faire émerger de nouvelles initiatives pour s'impliquer dans le changement par rapport à la démocratie représentative traditionnelle.

La tyrannie du politique professionnel

La "Personal Democracy" est sans aucun doute un acquis du XXIe siècle, car elle permet à chacun d'être une multitude, n'en déplaise aux tenants de la démocratie traditionnelle. C'est un fait nouveau et il faudra compter avec dans les décennies à venir. Cette sorte de fractalisation des « minorités », impose un regard plus humble de la part de « politiques professionnels ». N'est-ce pas aussi la surexposition d'une certaine « tyrannie du leadership imposé » qui contribue au délitement de la démocratie élective ? La démocratie ne peut plus être une injonction au vote, elle doit avant tout être le vecteur d'expression d'un lien social fort, à la hauteur des enjeux sociaux, économiques, culturels. Et encore davantage quand le centre de gravité est devenu celui de la vie urbaine.

Le défi qui se présente à nous est avant tout de penser, d'imaginer, de construire une nouvelle façon d'exercer la démocratie, dans le siècle où nous avons basculé. Au cœur de cette expression démocratique, il y a ce qui est appelé la "Civic Tech", pour que la technologie « hacke » la politique - pendant que la vie, elle, « hacke » la technologie afin de se reconnecter, de s'ouvrir, de collaborer, innover, décloisonner, sortir des zones de certitude, et être créatif.

L'émergence des « hackers civiques »

Quand l'économie bascule vers les plateformes et que les nouveaux usages réinventent nos vies urbaines, les CivicTech sont une voie pour réinventer la collaboration, la participation et donner une autre tonalité  à la vie démocratique, avec transparence et contrôle des engagements. Les CivicTech sont une arme puissante pour aller de la démocratie vécue par procuration sur un mandat, vers la « démocratie itérative »... Il ne s'agit pas de « tout dire avant pour tout faire après » mais de s'engager avant, pendant et après, dans un processus d'écoute et de transformation, y compris de ceux qui portent (ou prétendent porter) une parole.

Depuis la « société ouverte » développée par Henri Bergson, revisitée par Karl Popper, jusqu'au développement des « hackers civiques », c'est un mouvement de fond qui traverse nos sociétés et ne peut plus être ignoré. Il s'enracine dans cette triple convergence qui fait la particularité du XXIe siècle : un monde urbain, hyper connecté, sans frontières.

À l'heure où des batailles politiques se jouent -ou vont se jouer- sur l'être national, le repli identitaire, les racines historiques du peuple, nos enjeux d'avenir sont plus que jamais concentrés sur la capacité de nos sociétés urbaines -avec nos villes-mondes-, à être les hérauts de l'ouverture et de la construction d'une démocratie d'engagement et d'action.

Les Civic Tech, qui émergent dans plusieurs villes du monde -et dont un Civic Hall vient d'être annoncé à Paris-, seront le fer de lance de ce renouveau de la vie politique et sociétale. Ils sont un vecteur clé pour que ce double lien de la culture urbaine et technologique -avec l'humain au centre, le citoyen au cœur - soit mis au service de nouvelles manières d'agir face à ces grands enjeux de nos sociétés que sont la lutte contre l'exclusion et les inégalités, le combat pour une croissance inclusive, pour la transition urbaine, pour la préservation de la nature, pour le climat, pour le développement d'une société qui édifie des villes pour tous, en accord avec le développement économique comme de l'innovation sociale, culturelle, et technologique.

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Commentaires
a écrit le 09/08/2016 à 12:11 :
Malheureusement, avec le numérique, plus vous voulez construire du lien social et plus vous vous retrouver seul face a l'écran! Et donc, vous sortez du monde réel pour un monde aseptisé!

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