La crise du COVID-19, l’aube d’une nouvelle ère pour les territoires ?

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(Crédits : Stephane Mahe)
IDEE. La ruée vers les résidences secondaires et la situation de télétravail subi pourraient constituer le point de départ d’un exode urbain durable. Par Anne Albert-Cromarias, Groupe ESC Clermont et Alexandre Asselineau, Burgundy School of Business

Dans un récent article, du temps de l'avant-confinement, nous évoquions les difficultés croissantes vécues par les habitants des grandes métropoles, leur envie de ruralité... Mais surtout, nous évoquions les nombreux atouts liés à l'installation d'activités économiques « là où les autres ne sont pas », rappelant ainsi qu'il s'agit d'un principe fondamental, mais trop souvent oublié, de la réflexion stratégique ...

Mi-mars, un mois plus tard donc, nous avons assisté à un véritable exode des habitants des grandes métropoles face à la menace du Covid-19. Notamment (mais pas seulement), 17% des Parisiens auraient ainsi fui la capitale, anticipant (plus ou moins) l'enfer présumé du confinement à venir dans la promiscuité et les difficultés d'une grande ville.

Les conséquences supposées (puis avérées) du confinement sur la vie quotidienne ont incité ces urbains à préférer des coins du territoire plus tranquilles, où l'on bénéficie d'air pur et de logements plus vastes, parfois de jardins ou de la nature environnante, où associer l'indispensable « distanciation sociale » et l'approvisionnement en denrées de première nécessité est plus aisé.

L'assaut des résidences secondaires s'est avéré réel, posant par ailleurs de vraies questions sur le plan sanitaire à l'origine d'un accueil parfois plus que réservé des autochtones ...

Cet exode met surtout en exergue, en lien avec notre propos, les atouts avérés, mais si peu encouragés, des territoires ruraux sur la grande ville.

Le télétravail comme révélateur

Cette longue période de confinement impose à nombre d'entre nous de lâcher prise sur le quotidien ou, à tout le moins, de le réinventer. Chacun voit ses habitudes chamboulées et l'organisation du travail est, pour presque tous, inédite.

Près de 9 millions de travailleurs français seraient aujourd'hui au chômage partiel, et environ 45% de la population active ne travaillerait plus, si l'on rajoute les salariés en arrêt maladie (notamment pour garde d'enfants).

Pour ceux qui peuvent poursuivre leur activité, le télétravail prend un essor totalement inenvisageable il y a seulement encore quelques semaines. Il restait en effet relativement anecdotique dans des entreprises encore frileuses à l'idée de devoir lâcher la pointeuse, et pas nécessairement revendiqué non plus par des salariés attachés au lien social procuré par la présence sur le lieu de travail. Aujourd'hui, 5,1 millions de personnes seraient concernées en France.

Cela ouvre des perspectives nouvelles dans une économie de la connaissance, fortement tertiaire et digitalisée. Certes, tout n'est pas rose, loin de là, et les difficultés à télétravailler sont nombreuses, surtout lorsque l'on a de jeunes enfants ou que l'on ne dispose ni d'un matériel adapté ni d'un wifi adéquat.

Cependant, les entreprises s'aperçoivent que les collaborateurs, même à distance et malgré les difficultés et le stress du confinement qu'il ne faut en aucun cas négliger, peuvent aussi rester engagés et performants. Quant aux managers, dans le même temps, ils découvrent une nouvelle facette à leur activité, nécessitant de privilégier la confiance, l'autonomie et la priorisation plus précise des missions, dans leurs objectifs et leurs contenus. Autant d'éléments positifs que les experts du management appellent de leurs voeux depuis longtemps.

D'ailleurs, au-delà de la situation sanitaire actuelle, espérons-le exceptionnelle, un télétravail choisi, partiel, et bien organisé, peut présenter de nombreux avantages. À l'heure où l'urgence des enjeux climatiques et environnementaux devient criante, il peut générer des externalités positives : baisse significative des temps et des coûts de transports, des embouteillages et de la pollution induite, réduction du stress, optimisation du temps de travail et de l'utilisation des locaux de l'entreprise, etc. Et, avec le travail à domicile rendu possible, on peut choisir d'habiter un peu plus loin de la grande ville ...

Réhabiliter les territoires ruraux

D'une façon générale, en cette période de crise sanitaire sans précédent, plus d'échappatoire. L'heure est à la remise en cause des fonctionnements obsolètes ou inefficaces qu'on ne questionne jamais tant les habitudes sont ancrées, par routine, par manque de temps, par mimétisme et parce que, au fond, c'est confortable.

On est loin, désormais, d'un raisonnement selon lequel « hors métropole, point de salut ». La crise du Covid-19 l'a non seulement annoncé, mais aussi prouvé. Nos modes de vie modernes, privilégiant un entassement des populations sur des surfaces toujours plus petites, sont peut-être même, pour partie, l'une des raisonsde la pandémie actuelle. Mais plus sûrement, et de longue date, d'une large panoplie de problèmes sociaux.

Cette crise pourrait donc constituer le point de départ d'une politique d'aménagement du territoire et de développement des campagnes radicalement nouvelle et différente. Outre un travail accru de décentralisation, deux conditions préalables nous semblent néanmoins indispensables.

D'une part, et l'essor sans précédent du télétravail l'a bien montré, il s'agirait d'accélérer le déploiement du haut débit dans les territoires ruraux, pour mettre fin aux inégalités territoriales dans ce domaine aussi.

D'autre part, le crise pourrait inciter à organiser le désenclavement des territoires. Les infrastructures de transport « propres » en sont un élément clé, et doivent être réinvesties. Le train constitue probablement l'option la plus rationnelle, parce que moins coûteuse et surtout moins polluante, d'autant plus si le train à hydrogène se développe enfin.

À condition, là aussi, de réduire drastiquement les inégalités territoriales qui restent très fortes, comme en atteste par exemple la carte isochrone de la SNCF mesurant les temps de trajet des principales villes françaises au départ de Paris.

La crise sanitaire majeure que nous traversons est - aussi - le signe qu'il nous faut nous transformer. Et cette transformation, qui sera institutionnelle, économique, sociale, environnementale, ne peut passer que par une mutation radicale de notre rapport aux métropoles et aux territoires.

The Conversation ____

 Par Anne Albert-CromariasEnseignant-chercheur HDR, management stratégique, Groupe ESC Clermont et Alexandre AsselineauDirecteur de la Recherche BSB, enseignant-chercheur en Stratégie et Management stratégique, Burgundy School of Business

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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a écrit le 27/04/2020 à 14:04 :
Le télétravail généralisé dans les administrations publiques et grandes entreprises de services a mis en évidence que le centralisme parisien des activités n'était plus l'indispensable condition de l'efficacité opérationnelle ni celle de la réactivité .
Cela ouvre pour le futur le champ à une migration territoriale d'un très grand nombre d'activités tertiaires ; permettant ainsi une décongestion de territoires urbains en surpression d'espaces de vie communautaires , de risques sanitaires environnementaux , de logement qualitatif convenable .
Par ailleurs , la diversité des situations de développement de l'épidémie Covid a mis en évidence la faible capacité d'un Etat très centralisateur - habitué à l'uniformisation de ses décisions et modes d'action- à la
gérer au plus près des besoins des territoires et de leurs populations-
ces éléments conduisent à une possible remise en cause globale des fonctionnements politiques et économiques du pays . Décentralisation : voila quel pourrait devenir le projet national capable de mobiliser les français et redonner une légitimité à un pouvoir politique sclérosé dans sa culture jacobine .De même , les milieux économiques -mimétiques du politique dans leurs organisations et centres de décision communautaires- pourraient avantageusement gagner en agilité et réactivité de fonctionnement face aux défis concurrentiels et sociétaux auxquels ils sont confrontés .
Troisième composante active dans notre société , les syndicats .Ils auront eux aussi à remettre en cause leurs organisations , leurs doctrines ,et leurs modes d'action , s'ils veulent préserver leur légitimité représentative , indépendamment des dispositions légales de statut et financement que leur accorde la loi .
L'avenir va être studieux , il a besoin d'être passionnant .
a écrit le 27/04/2020 à 10:29 :
Pourquoi remplacer les mots régions et départements par territoires svp ? Cette façon de faire est d'une brutalité sémantique intolérable.

ET je ne vois pas pourquoi vous censurez cette question à laquelle personne n'est capable de répondre. Prenez du recul de temps en temps svp, vous ne tomberez pas.
a écrit le 27/04/2020 à 0:37 :
Assez d'accord pour réaffirmer l'importance de la "province". En revanche, inutile de se compliquer la vie à remettre du train là où la voiture est reine et doit le rester. D'autant que la pollution est un phénomène métropolitain. Dans le monde rural, la pollution connaît pas ! Reconstruire des lignes Sncf en province, voilà bien un réflexe d'urbain. Gardez vos trains. On a déjà nos routes, pas la peine de préempter champs et verdure pour y installer gares et rail, surnuméraires et inutiles.
a écrit le 26/04/2020 à 8:02 :
pour une véritable reforme des régions et pas celle de hollande
mélanger la champagne et l'alsace na aucun sens
pas plus que toulouse et montpelier ou encore Grenoble et l'auvergne
et ou sont les économies expliquer par l'espagnol valls qui a dégager
il y avait aussi la suppression des départements et préfets et des sous préfets
a écrit le 25/04/2020 à 14:04 :
Notre Premier Ministre a maintenu ou fait diversion pour le maintien de la vitesse à 80km/heure sur le réseau secondaire. Alors, si vous venez à la campagne, ne commencez pas a déposer plainte comme le font certains pour le bruit de clochers ou des odeurs nauséabondes des animaux de fermes. Il vous faudra prendre patiente en restant à 80 km/heure derrière un poids-lourds sur des kilomètres et des kilomètres.
Réponse de le 25/04/2020 à 15:30 :
Il vaut mieux patienter derriere un poids-lourd à 80 km/heure que de risquer sa vie et celle des autres dans un accident de voiture non ? il serait temps que certains comprennent que la vie est plus importante que de gagner 15 mn de temps sur son trajet !
Réponse de le 27/04/2020 à 0:40 :
Le 80, voilà bien le symbole du mépris de l'élite urbaine à l'égard de ces "ploucs" de province. Souhaitons aussi que Matignon déménage en Auvergne. Des décisions stupides comme ça, on en aura plus du tout !
a écrit le 25/04/2020 à 12:47 :
Une nouvelle ère en effet : les prefets se sont vu accorder l'autorisation de passer outre les réglementations pour relancer l'économie. Si vous aviez des projets incompatibles avec la préservation de notre espace vital, c'est le moment de tout saccager : on ne vous dira rien. Sortez les bulldozers, ignorez le code du travail et les règles d'hygiènes, tout est à présent permis.
a écrit le 25/04/2020 à 10:54 :
3 citadins dans le village et le haut débit sera installé ?
Et puis la 5G, que personne ne veut dans le village, sera installée ?
Nous allons recommencer les bêtises ?, le monde d'après semble réfléchir de la même manière que celui d'avant mais en exportant des villes vers les campagnes la stupidité ambiante ?
et pourquoi pas une bretelle d'autoroute (l'autoroute" se trouve à 48 km du village) pour faciliter les déplacements ?
et puis, comme nous sommes écolos nous pourrions construire de géantes éoliennes dont 50% de l'électricité est perdue pendant le transport alors qu'il faudrait de petites éoliennes qui alimentent les villages et ne défigurent pas le paysage, mais tout cela n'est pas subventionné et les financiers ne sont pas intéressés, et puis, en dernier lieu il faudrait que les populations soient souveraines des décisions et non pas consultées sans pouvoir......
bref, l'enfer est pavé des meilleures intentions.... mais sont elles vraiment meilleures ou uniquement intéressées pour des conforts personnels ?
a écrit le 25/04/2020 à 10:34 :
y a un gros pb dans cette analyse
les impots
les grosses villes sont majoritairement de gauche, ont de tres gros budgets de fonctionnement et des services sociaux genereux et calibres pour la reelection du maire......
il n'est donc pas du tout question de laisser fuir la masse taxable des rares gens qui payent des impots sinon ' mais qui va payer si ceux qui en ont les moyens eux partent'?
au contraire, il est question de restreindre l'acces aux villes, aux centres de decisions, etc, pour forcer les gens a rester
bon, evidemment si par malheur ( ce qui arrivera) les centres de decisions partent, alors la ca sera la double catastrophe ( donc les memes viendront exiger que l'etat prenne ses responsabiltes ( comme les maires de villes de gauche qui ont coule le petit commerce avec leurs lois iniques, et ont demande a l'etat de prendre ses responsabilites piur redynamiser les centres villes qui meurent vu qu'ils les ont tues), en clait ils voudront de l'argent et de la petite perequation sociale et juste
a écrit le 25/04/2020 à 8:37 :
Les territoires ?

Vous voulez dire que l'on va devenir territoires du Lot, ou de la Gironde ou de la Dordogne ? Comme le territoire de Belfort ?

Mais vous parlez de quoi !? Déjà que l'on ne vous comprend plus...

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