OPINION. « Un immense besoin de vertu », par Jean Viard, sociologue et essayiste

Une France bousculée aux éditions de l'aube.
LTD/Alexandre Dupeyron

Une France bousculée aux éditions de l'aube.
LTD/Alexandre Dupeyron
Les peuples largement égarés se rattachent à des leaders extrémistes qui rêvent des mondes d’avant, révolutionnaires ou pré-coloniaux. Trump, Chavez ou Poutine font ici référence. Les élites, for sure, évitent ces « triviales erreurs » et s’affrontent, elles, à coups d’invectives, d’exclusions et d’anathèmes : chaque camp politique s’entredéchire alors par des petites phrases. En réalité, ce que nous partageons est l’absence de futur.
L’Assemblée nationale est la scène effondrée de ces pugilats qui expriment avant tout la fin d’un ordre politique séculaire né avec la précédente révolution industrielle. Comme disait Gramsci, c’est le temps des monstres. La prise de pouvoir de la nature sur notre histoire, l’implosion du patriarcat et la nouvelle révolution industrielle - celle de l’IA- imposent à la planète entière un tsunami culturel, économique et politique inimaginable, avec attaques et contre-attaques, féministes contre virilistes, COP 21 contre énergies fossiles, et insécurité totale du monde du travail…
Ce qui est sûr c’est que la panique gagne face à la montée, qui semble inexorable, partout, des extrêmes populistes vers le pouvoir. On en frissonne d’angoisse dans les salons et les partis de gauche, on s’en réjouit au café du coin, dans nombre d’églises et chez certains patrons. Partout les extrémistes ont gagné environ la moitié des électorats. Mais, à côté si on peut dire, les anciens camps politiques continuent leurs affrontements rituels comme s’ils ne voyaient pas que l’affrontement droite / gauche a été remplacé par ce nouvel enjeu. Le camp démocratique ne pèse plus que 50 % des électorats. Chacun veut alors sauver le monde !
Quand on ne pèse plus que la moitié des électorats, il n’y a que deux solutions. Donner le point à l’autre camp, ou affirmer ses dissensus entre démocrates et passer des compromis. Mais pour ce faire il faut se rappeler que la République laïque est d’abord un état d’esprit, un lieu de palabres et de fraternité, de travail, un principe de respect des minorités et des croyances diverses.
Mais cet état d’esprit doit être porté par une exigence de vertu individuelle, comme disait Aristote, qui porte la vertu collective. Chacun doit se ressaisir d’abord de lui-même, de ses responsabilités familiales, sociales, économiques et politiques. Que l’on soit juge, policier, député, enseignant, patron, paysan ou salarié, l’exigence première est égale. Ministre même. L’attachement à son statut ou la lâcheté ne sont pas des solutions et font le jeu des adversaires. Tu es responsable de tes actes et de ce que tu incarnes. Lisons Marc Bloch avant son entrée au Panthéon.
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Nous sommes depuis la crise du Covid dans un long tunnel révolutionnaire porté par la nature, l’effondrement du patriarcat et l’IA. Les démocrates doivent s’organiser en cartels comme en 1924 au moment du cartel des gauches, ou laisser la France puis l’Europe devenir une annexe du trumpisme et du poutinisme. Chacun doit porter ses responsabilités, redresser le dos, sortir des ornières de son camp et agir pour le monde qu’il veut pour ses enfants. Le temps des partis est achevé. Les forces de la société civile, des entreprises, d’élus expérimentés, des ONG, des collectivités locales doivent ramasser le gant jeté à terre.
C’est en France l’enjeu politique des six prochains mois et l’enjeu des valeurs de notre société qui doivent se réenraciner dans les vertus de chacun pour reconstruire une société vertueuse. C’est la seule arme contre les extrémismes hors la guerre. Un terrible challenge que les démocrates américains ont raté. On voit le résultat. »
*Une France bousculée aux éditions de l’aube.
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