La politique énergétique : un pivot crucial du prochain quinquennat
Bruno Bousquié et Jérémie Haddad

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Pourquoi ce changement ? Pour trois raisons essentielles.
Protéger le pouvoir d'achat des citoyens, assurer la souveraineté énergétique de la France et être à la hauteur de l'enjeu climatique : autant d'enjeux présidentiels, dans lesquels les politiques énergétiques jouent un rôle central.
Comment doivent-elles évoluer pour répondre à ces enjeux ? Par souci de clarté et de pédagogie, repartons des trois fondamentaux de l'économie : l'offre, la demande et le prix.
Pour décarboner l'économie, des effort significatifs en matière de réduction de la consommation d'énergie fossile sont attendus.
Les principales initiatives porteront sur les dépenses énergétiques les plus importantes : le chauffage (un plan ambitieux de rénovation thermique est toujours attendu), la mobilité et l'évolution de certains processus industriels vers une électrification décarbonée. Des solutions technologiques permettant de réduire la consommation pourraient devenir rentables et participer à la maîtrise de la demande énergétique.
Parallèlement, la part d'électricité dans la consommation devra augmenter. Le récent rapport de RTE (Réseau de Transport d'Electricité) est clair : de 25% en 2022, l'électricité doit passer à 55% de l'énergie consommée en 2050.
Tout l'enjeu de la France est donc d'accompagner cette hausse de demande en électricité et garantir la qualité de sa fourniture dans la durée. Or l'Europe n'est plus en situation de surcapacité de production : de nombreuses centrales à charbon vont fermer, tout comme les centrales nucléaires allemandes et belges, qui contribuaient largement à l'équilibre du réseau au niveau européen.
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Par ailleurs, les risques avérés qui pèsent désormais sur l'approvisionnement de l'Europe en gaz russe à la suite de l'invasion de l'Ukraine, rendent encore plus prégnante l'atteinte d'une souveraineté énergétique aux bornes de l'Europe.
Cette situation, peu anticipée, doit conduire à court, moyen et long terme à :
La hausse récente des prix de l'électricité nous a fait entrer dans un nouveau monde, probablement parti pour durer. En effet, le prix de l'électricité dépend du coût de la dernière centrale appelée sur le réseau, qui sera souvent une centrale à gaz. Le gaz : énergie de substitution préférée au niveau mondial pour remplacer le charbon et pallier l'intermittence des renouvelables car moins émettrice de CO2. La demande de gaz va donc s'intensifier, et maintenir les prix à un niveau élevé, sans compter les incertitudes liées à la guerre actuelle en Ukraine et les pressions géopolitiques imposées par la Russie. Cette hausse a un impact direct sur les ménages, mais aussi sur les industries dont le modèle économique est extrêmement sensible aux soubresauts des prix de l'électricité.
Une politique énergétique de qualité devra donc anticiper les conséquences de cette hausse : Comment réguler les prix de l'électricité pour qu'ils soient davantage dépendants des coûts réels de production et d'investissement ? Comment éviter une forte volatilité des prix aux industriels ? Et comment protéger les ménages les plus fragiles ?
Une réflexion politique de fond au niveau européen est donc indispensable : elle obligera à être créatif et à remettre en question des évidences autrefois admises, comme l'interdiction des aides d'État ou l'application rigoureuse des règles de concurrence au secteur de l'électricité.
Bruno Bousquié et Jérémie Haddad