Lafarge-Holcim, le malaise

Denis Lafay
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Najah Albukaï
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... but, car elle éclaire, subconsciemment, sur le supportable et l'intolérable de la realpolitik.
Oh, l'annonce n'a pas fait la une de la presse. Qui pouvait-elle bien préoccuper ? Et surtout, étonner ? Le 4 mai, l'assemblée générale de Lafarge-Holcim votait la disparition du patronyme Lafarge, confiné depuis à une simple marque commerciale, au profit d'une nouvelle raison sociale sobrement baptisée... Holcim. Une étape de plus dans l'effacement du français Lafarge depuis son mariage en 2015 avec le Suisse, un mariage vendu alors comme égal et qui, très vite, révélera un profond déséquilibre des rapports de force au sein de la gouvernance - autant actionnariale qu'opérationnelle - en faveur du plus petit des contractants, le cimentier helvétique.
Définitivement enterrée donc, la culture managériale et sociale singulière de Lafarge, enracinée dès le XIXe siècle dans un sillon catholique et paternaliste assumé, une exigence éthique et une sensibilité à la responsabilité qu'Olivier Lecerf (1974 - 1989) et Bertrand Collomb (Pdg puis président du conseil d'administration entre 1989 et 2007) successivement s'efforceront de consolider en les adaptant au nouveau contexte de mondialisation. Une sensibilité à la responsabilité qui confèrera à ce dernier, conscient des dégâts environnementaux considérables provoqués par l'activité de cimentier, d'engager le groupe très tôt sur la voie de l'innovation et de la RSE.
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Enterrée aussi, à travers l'éradication du patronyme Lafarge, la « tache » qui a éclaboussé et même déshonoré l'image et la réputation de l'entreprise. En 2016, une enquête du Monde révélait des liens entre la filiale syrienne du groupe, Lafarge Cement Syria, installée à Jalabiya, et les groupuscules djihadistes État islamique et Front Al-Nosra (affilié à Al-Qaida). L'objectif était de conserver l'activité dans cette région du nord de la Syrie qui avait échappé au contrôle central de Damas, et de contourner l'embargo sur le transit de marchandises dicté par l'Union européenne en 2011.
Denis Lafay