Entreprises familiales : face à la crise, des attributs à double tranchant
Denis Lafay
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Depuis l'irruption de la crise pandémique, les entreprises familiales « font-elles » mieux que les autres ? Si les études antérieures à 2020 ont démontré leurs capacités singulières de résistance, peu d'éléments, depuis, l'étayent. Celle du Crédit Suisse Research Institute, publiée en septembre 2020, est venue toutefois attester de la surperformance des entreprises cotées familiales par rapport à leurs alter egos non-familiales, les atouts intrinsèques des premières - croissance soutenue, vision à long terme de l'investissement, ratios d'endettement maîtrisés, priorité à la R&D, meilleure profitabilité, culture financière plus conservatrice, et de meilleurs données environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) - se révélant déterminants pendant la tempête.
A ces attributs il convient d'en ajouter d'autres, tout aussi précieux : un fort enracinement local, des relations au territoire et une sensibilité (par exemple à la solidarité, comme l'ont montré nombre d'entre elles ces derniers mois) qui dépassent le cadre économique, l'héritage d'un « vécu » possiblement séculaire qui incite au sang-froid et au recul, une gouvernance stable fondue dans un système de valeurs. Enfin, et peut-être surtout, une raison d'être et un sens eux aussi ensemencés il y a parfois longtemps et sur lesquels peuvent s'appuyer les arbitrages décisionnels les plus délicats. Voilà une vérité d'ensemble, chaque entreprise concernée y puisant plus ou moins pour constituer son ADN.
Cet éventail panégyrique forme toutefois un prisme angélique et caricatural, et ériger les entreprises à actionnariat familial, cotées ou non, au rang d'icônes serait une faiblesse. D'abord parce que ces attributs, même méthodiquement appliqués, peuvent ne pas suffire face à une déflagration aussi dantesque que celle du covid-19. Ensuite, parce que être entreprise familiale ne garantit aucunement être un exemple en matières sociale, managériale, sociétale, environnementale, et même éthique - lorsque le géant familial LVMH s'escrima par tous les moyens à s'emparer, contre son gré, de l'autre joyau familial du luxe Hermès, fournit-il une noble image de l'entreprise familiale ? -. Enfin, parce que de sensibles enjeux, exacerbés par la crise, viennent défier leur solidité.
Denis Lafay