Face à la tyrannie sécuritaire, cultiver le risque
Denis Lafay
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Photo d'illustration
Christian Hartmann
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J-24 avant le premier tour des élections régionales. Les guerres partisanes n'ont pas rendu leur verdict, comme toujours les stratégies politiciennes confisquent les plateaux TV et radios et obstruent la lisibilité des programmes et la connaissance des projets. A onze mois de l'échéance présidentielle, le scrutin régional est réduit à être un tour de chauffe, un round d'observation, manquant une nouvelle fois l'occasion de porter le débat public au niveau espéré : positionner la légitimité et le périmètre de compétences des Régions dans une organisation administrative gangrénée par le tropisme centralisateur et tentée par la stratégie de métropolisation. Certes, à la faveur de la pandémie de Covid-19, l'utilité des Régions s'est davantage affichée, et d'ailleurs, d'Auvergne-Rhône-Alpes aux Hauts-de-France, de la Nouvelle Aquitaine à l'Ile-de-France, la « prime au sortant » devrait largement s'appliquer.
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Mais c'est sur le terrain des programmes et des déclarations des candidats que l'asservissement du scrutin régional au « grand » rendez-vous de mai 2022 est le plus spectaculaire. Trône en effet parmi les principaux sujets l'un de ceux qui concernent le moins les Régions : la sécurité. Cherchez l'erreur... La sécurité a fait irruption dans la campagne parce que la menace Rassemblement national la propulsera au premier rang du débat public dans les prochains mois. Selon un récent sondage IFOP, 70% des Français positionnent le thème parmi les plus prioritaires ; au printemps précédent, au cœur du premier confinement, ils étaient « seulement » 46%. Qui de la réalité de l'insécurité et du ressenti d'insécurité - largement colporté par certains médias, notamment les chaines d'informations en continu - dicte cette tendance ? Difficile d'y voir clair. Et après tout, peu importe. Il est un fait, en revanche indiscutable : depuis seize mois, l'effroi pandémique a plongé dans la peur et donc dans l'insécurité toute la société. Une insécurité polyforme : sanitaire, économique, sociale, financière, aussi bien pour soi qu'à l'égard de ses proches, de toute la nation et même de la planète. Le terreau des « hérauts » de la sécurité n'a sans doute jamais été aussi fertile, et c'est en conscience de ce contexte particulièrement favorable à Marine Le Pen que le chef de l'Etat a engagé un tour de vis sécuritaire.
Denis Lafay