Le coronavirus révèle (déjà) les failles du système de santé indien

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(Crédits : RUPAK DE CHOWDHURI)
IDEE. La pandémie de Covid-19 doit être gérée en Inde dans un contexte économique tendu et avec un système de santé largement privatisé. Par Yves-Marie Rault Chodankar, Université de Paris

Alors que l'Inde dénombre moins d'une centaine de cas de contamination au nouveau coronavirus (Covid-19), les inquiétudes se multiplient déjà concernant la capacité de son système de santé à faire face à cette menace sanitaire potentielle.

Il s'agit là d'un test politique majeur pour le gouvernement nationaliste hindou, qui doit juguler des résultats économiques décevants - la croissance est au plus faible depuis dix ans - et aujourd'hui faire face à la crise sociale et politique qui ébranle le pays suite à l'adoption de lois discriminatoires. Ces dernières ont donné lieu à des émeutes et des pogroms anti-musulmans à travers le pays et tout particulièrement à New Delhi où l'on recense 40 morts et de nombreux blessés.

Dans ce contexte particulièrement tendu, le gouvernement de Narendra Modi est-il capable de gérer la pandémie ?

Urine de vache et homéopathie

Sur les réseaux sociaux, des blagues circulaient déjà sur son incapacité à gérer cette crise alors que certains hauts responsables du parti mettaient en avant les vertus anti-coronavirus des produits issus de la vache, quand le Ministère des médecines alternatives (AYUSH) préconisait lui l'utilisation de l'homéopathie.

Certains praticiens ayurvédiques du sud de l'Inde en profitaient même pour proposer des remèdes miracles contre le coronavirus.

Cette pseudoscience nationaliste a en effet ses adeptes, y compris parmi la population éduquée et anglophone qui a activement twitté l'hashtag #NoMeat_NoCoronaVirus aux premiers moments de la contagion en Chine, encourageant des cas de racisme à l'encontre des Indiens originaires du nord-est.

Des mesures de prévention classiques

S'il a appelé à éviter la panique, le gouvernement de Narendra Modi affirme toutefois avoir pris la menace au sérieux. Le ministère de la Santé a rapidement mis en place une cellule de crise, un numéro d'information, et prévu deux centres de quarantaine dans les environs de Delhi.

Comme dans de nombreux pays, les autorités indiennes ont aussi diffusé des messages de prévention concernant le port du masque et insisté sur la nécessité de se laver les mains régulièrement, d'éternuer dans son coude, et d'éviter les évènements publics comme le festival de Holi qui se tenait le mardi 10 mars.

Malgré des doutes concernant leur efficacité, le gouvernement a également choisi d'établir des tests de température dans les aéroports ainsi que dans certains ports maritimes et frontières terrestres, dont certaines (Bangladesh et Myanmar) ont été complètement fermées. Le pays a également interdit l'entrée aux visiteurs venant de Chine, de France, d'Italie, d'Iran, de Corée du Sud et du Japon.

Mais c'est finalement les États indiens qui ont pris les décisions les plus radicales. Plusieurs États ont fermé les écoles primaires dans certaines villes (Delhi, Bangalore, etc.) et districts, quand d'autres comme le Kerala, un épicentre de l'épidémie en Inde, se sont déclaré en alerte haute et pris des mesures drastiquesde confinement et de fermeture au public.

Les carences d'un système de santé largement privé

Le Kerala, avec ses 162 hôpitaux, tous gouvernementaux, possède toutefois le meilleur système de santé du pays. Le nombre élevé de cas positifs identifiés dans cet État de tradition socialiste met donc probablement plus encore en lumière l'incapacité des autres États en matière de dépistage.

Seuls 52 laboratoires publics sont équipés pour identifier la présence du coronavirus, même si 54 laboratoires privés pourraient aussi être mobilisés à terme. Et, contrairement à la Chine, où la capacité d'hospitalisation est supérieure à celle des pays à haut revenu avec 4,2 lits pour 1000 habitants, ce taux est de seulement 0,7 lit en Inde en moyenne.


À lire aussi : Violences anti-musulmanes en Inde : quelle responsabilité pour le gouvernement Modi ?


Ces carences sont d'autant plus préoccupantes que les recommandations faites au plus haut niveau de l'État suggèrent de contacter directement son médecin en cas de survenue des symptômes.

Malgré un récent projet d'assurance maladie pour les plus démunis (Ayushman Bharat), il est probable que les patients les plus pauvres ne se tournent pas immédiatement vers le système hospitalier, ce qui favoriserait la propagation du virus.

En effet, après trente années de stagnation de la part des dépenses publiques dans la santé, le développement des infrastructures a largement été pris en charge par le secteur privé, à tel point que moins d'un tiers des cas de maladie sont aujourd'hui traités par les services publics.

L'industrie pharmaceutique touchée

C'est d'ailleurs vers ces entreprises pharmaceutiques privées florissantes comme Cipla, Sun Pharma et Dr Reddy's que les autorités indiennes se sont immédiatement tournées pour s'assurer de la disponibilité de certains produits nécessaires en cas d'épidémie majeure.

Le gouvernement a restreint les possibilités d'exporter une vingtaine de produits comme des équipements de protection et certains principes actifs comme le Lopinavir et Ritonavir. Ces antirétroviraux sont actuellement utilisés ensemble contre le VIH et pressentis par les docteurs indiens, à l'instar de leurs homologues chinois, comme utiles contre le coronavirus.

Malgré les assurances des grandes entreprises concernant la solidité de leurs stocks, les craintes gouvernementales ne sont pourtant pas infondées.

Entre 80 et 85 % des principes actifs utilisés dans les médicaments assemblés en Inde proviennent de Chine, dont 25 % sont de la région d'Hubei, épicentre de l'épidémie.

Pour faire face à la rupture de leurs approvisionnements, les entreprises pharmaceutiques ont récemment dû importer une partie des principes actifs par les airs avec le soutien de l'aviation militaire indienne. Si cette situation de dépendance aux importations chinoises a eu pour effet immédiat de renchérir le coût des principes actifs, elle pourrait à terme se répercuter sur le prix de ventedes médicaments indiens.

Ces derniers jours, le manque de produits désinfectants et l'explosion du prix des masques de protection en vente privait déjà d'accès une bonne partie de la population indienne, dont 21 % vit toujours sous le seuil de pauvreté.

Avec ses 1,3 milliard d'habitants, l'Inde prendra donc difficilement en charge tous les patients contaminés en cas de propagation importante du coronavirus. Seule la présence d'une population très jeune - la moitié a moins de 25 ans) -, pourrait minimiser son impact sanitaire.

The Conversation ______

Par Yves-Marie Rault ChodankarChercheur associé au Centre d'études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques, Université de Paris

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Commentaires
a écrit le 24/03/2020 à 17:23 :
Entre autre bêtises : le Kerala n'est pas socialiste mais communiste. Vos écrits servent votre idéologie.
a écrit le 23/03/2020 à 16:54 :
Quel satisfaction pour ce Monsieur d'épingler de cette manière l'Inde. Monsieur, l'ayurvédique n'est pas une pseudoscience nationaliste comme vous dites. Ne vous laissez pas étrangler par la haine et cessez vos divagations.
a écrit le 23/03/2020 à 3:01 :
" le gouvernement nationaliste hindou " ....! "indien " serait plus juste ........
Réponse de le 23/03/2020 à 18:53 :
non car il ne s agit pas d'un nationalisme à l'américaine , mais d'un nationalisme se revendiquant dans la religieux hindou !
en oppositions par exemple avec les musulmans indiens, voir des chrétiennes
a écrit le 22/03/2020 à 15:00 :
Tous les systèmes de santé en déroute dans le monde due à cette pandémie est causée au fait que les hommes ont fait passer le travail , l’argent au premier plan , aujourd’hui nous le constatons dans plusieurs pays , surtout en Europe.
Réponse de le 22/03/2020 à 18:35 :
surtout en Europe !!!!! moi je trouve que l'Europe est plutôt pas mal, regardez mieux…………...même aux USA ou un simple teste coûte 4000 $ ...alors les soins combien ?
Réponse de le 23/03/2020 à 3:03 :
...tout a fiat d'accord : la politique des épiciers porte ses fruits ! : pénuries et dysfonctionnements sont au rendez-vous !
a écrit le 22/03/2020 à 11:51 :
Sans oublier les difficultés de diagnostics de cas de personnes infectées en Inde mais surtout en Afrique, avec certainement une sous estimation forte du nbre de personnes atteintes, peut on émettre l'hypothèse d'une forme d'immunité à ce virus de l'ensemble des populations de ces pays ??
Par ex, le cas du Nigeria est particulièrement étonnant avec une population très dense à 200 millions et une très forte promiscuité des milieux populaires ds une mégapole comme Lagos sachant que les 1ers cas de contamination ont démarré fin fév. Et on ne recence que 22 contaminations sans décès à ce jour, soit près d'un mois plus tard.
Pour les autres pays africains, moins densément peuplés ( hormis l'Afrique du Sud) avec de vastes zones rurales où la dissémination est plus difficile, on enregistre également des TX de contamination très faibles à ce jour.
L' expérience douloureuse du virus Ebola en Afrique de l'W est certainement pour qcq chose ds ce bilan actuel ( expérience ds le dépistage, confinement, protection individuelle, traitement, développement d'une immunité individuelle à la suite de cette épidémie??...).
Pour l'Inde, comment expliquer une si faible dissémination depuis fév où le virus est apparu ( 332 cas 4 décès à ce jour pour 1300 millions d'habitants, sachant que chaque "petite ville" fait en moyenne 300 000 hab et que Mumbai abrite le plus gd bidonville d'Asie...)??
Réponse de le 22/03/2020 à 15:13 :
L'espérance de vie moyenne en inde est de 66 ans et les causes de morbidité précoce liée a des affections respiratoires nombreuses, notamment chez les plus pauvres.

L'espérance de vie au Nigéria est de 52 ans. Les gens n'ont pas le loisir de trop se demander de quoi ils vont mourir et comme ça ressemble beaucoup à une grippe qui tourne mal.

Pour détecter un virus, aussi peu symptomatique il faut le rechercher, ce qui veut dire des moyens et une volonté politique.
a écrit le 22/03/2020 à 9:58 :
ne feront pas l'erreur historique de stopper le pays tout entier pendant des mois pour des raisons politiques. De toute manière ce serait totalement impossible dans un pays où une grosse partie de la population n'a rien à perdre, puisqu'elle n'a rien.

Les indiens n'ont pas du tout le même rapport à la mort que nous et ils n'attendent rien de l'état en matière sanitaire.
Ils vont faire le gros dos, pleurer leurs mort, les bruler et dans 6 mois leur galère sera de nouveau à flot.
Réponse de le 22/03/2020 à 12:01 :
quelle compassion et n'importe quoi, ah bon donc tu es trop riche alors. combien tu gagnes par mois alors. lol arrête de regarder les mêmes documentaires qui se diffusent milliers de fois dans qq chaines françaises. depuis 15 ans on voit les mêmes replays
Réponse de le 22/03/2020 à 12:01 :
quelle compassion et n'importe quoi, ah bon donc tu es trop riche alors. combien tu gagnes par mois alors. lol arrête de regarder les mêmes documentaires qui se diffusent milliers de fois dans qq chaines françaises. depuis 15 ans on voit les mêmes replays

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