Le luxe et l’ESG, un engagement de long terme
Guillaume des Rotours et Raquel Navalón De La Rosa

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L'industrie du luxe affronte actuellement des vents contraires qui soufflent notamment de Chine qu'elle n'avait pas connus depuis longtemps mais qui tiennent également au climat d'incertitudes économiques et géopolitiques. Certains groupes français ont affiché en conséquence des performances moindres de leur chiffre d'affaires et de leur résultat opérationnel pour le premier semestre 2024. Cette légère baisse de régime intervient à un moment où les groupes de luxe ont beaucoup investi dans leurs stratégies environnementales et digitales. Depuis plusieurs années, ces entreprises ont consacré d'importantes ressources pour limiter leurs impacts environnementaux, qu'il s'agisse du « sourcing » des matières, de leurs opérations, de la conception des produits, de la protection de la nature et de la biodiversité, sans oublier le respect des droits humains.
Cette démarche doit absolument se poursuivre, quelle que soit la conjoncture économique. La récente étude conduite par KPMG, « Future of Luxury », montre que les valeurs écologiques et durables prennent une place de plus en plus importante dans l'acte d'achat de produits de luxe. Les consommateurs sont en effet de plus en plus conscients des impacts environnementaux et sociaux de leurs choix. Les professionnels du luxe interrogés dans cette étude, énoncent trois priorités : garantir une qualité et un savoir-faire exceptionnels (41%), assurer l'unicité des produits (38%) et mettre l'accent sur la durabilité, notamment dans les domaines de la réduction des déchets et de l'empreinte carbone (37%). Ils sont également conscients que cette démarche s'avère nécessaire pour assurer la croissance des activités du luxe dans le futur : 43% d'entre eux estiment que les préoccupations environnementales constituent une menace importante pour leur industrie.
La transformation majeure que les groupes de luxe sont en train d'opérer consiste à trouver le juste équilibre entre continuer de proposer à leurs clients des expériences hors du commun en matière de singularité des produits, tout en travaillant sur la frugalité de leur impact environnemental et l'innovation produit en particulier dans les matières nouvelles. Cela ne va pas de soi et exige des investissements significatifs concernant la sécurité des approvisionnements en matières premières durables, mais aussi les modes de conception et de fabrication du produit en passant par les emballages. La réglementation elle-même est en train d'évoluer. La mise en œuvre prochaine du « Digital Product Passport » européen (DPP) qui s'appliquera aux industries du luxe dès 2027, rend nécessaire l'enregistrement digital de la composition, de l'origine et du cycle de vie d'un produit. La traçabilité et la remontée d'information tout le long des chaînes de valeurs des entreprises est un sujet crucial qui va impacter chaque fonction et département de l'entreprise. La mise en œuvre du DDP demandera un effort supplémentaire sur la gouvernance de la donnée et les outils informatiques associés.
Les dirigeants interrogés dans l'étude KPMG ont d'ailleurs parfaitement pris la mesure des enjeux technologiques qu'ils devront relever dans les années qui viennent, notamment dans le domaine de l'IA générative et prédictive. Elle contribuera puissamment à enrichir l'expérience client, en ligne et en boutique, mais aussi à optimiser le fonctionnement de la chaîne d'approvisionnement (prévision et planification des commandes, estimation des volumes de ventes...). Enfin, sa contribution à l'innovation dans les matières pourrait également être un enjeu.
Ainsi, l'industrie du luxe affronte des défis majeurs en matière de durabilité et de transition numérique alors même qu'elle doit continuer de protéger ce qui constitue son héritage patrimonial et culturel, ainsi que le caractère artisanal de sa production. L'innovation en matière d'impact environnemental reste donc un élément essentiel dans sa stratégie pour garantir des rêves durables et explorer de nouveaux territoires.
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Guillaume des Rotours et Raquel Navalón De La Rosa
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