Les crises financières reviennent toujours

 |  | 1513 mots
Lecture 7 min.
(Crédits : Reuters)
OPINION. Singulières, et dont les conséquences économiques et monétaires sont le dénominateur commun, les crises jalonnent l'histoire de nos économies interdépendantes. Complexes et imprévisibles, elles ne disparaissent jamais totalement. Par Nicolas Tarnaud, économiste.

Les crises ont toujours existé dans nos économies de plus en plus interdépendantes. Elles sont en sommeil et ne disparaissent jamais totalement. Les crises financières ont ébranlé les économies mondiales. Elles sont à la fois simples, complexes, prévisibles ou non. Même les économistes les plus éminents se trompent dans le calendrier des crises. Accordons-leur du crédit car la prévision des crises dans des sociétés de plus en plus imprévisibles relève d'un véritable défi.

Ce dernier reste toutefois passionnant pour les protagonistes comme pour les observateurs que nous sommes. Les crises financières sont en gestation dès lors que la déréglementation financière est installée et que les acteurs financiers souhaitent augmenter leur rentabilité au-delà de ce que permet l'activité. C'est exactement le cas lorsque le financement à faible coût représente un coût d'opportunité pour chaque opération financière.

Les crises sont singulières

Les crises sont paradoxales d'un certain point de vue. Elles viennent, s'installent, disparaissent, laissant toutefois une trace. Leurs durées peuvent être plus ou moins longues avec des points de similitude. Dans tous les cas, elles conservent leur singularité. Les crises financières deviennent de facto des crises économiques avec l'augmentation du chômage, de l'investissement et de la consommation. Sans la présence de cette dernière, il n'y aurait plus de croissance et les entreprises diminueraient leur production.

Ainsi, en temps normal, la consommation représente 70% du produit intérieur brut américain contre 60% du PIB français. La consommation est donc devenue plus que jamais le moteur essentiel de nos économies. Des économies fragilisées avec l'arrêt des deux tiers des capacités de production dans les grands pays. Nous sommes donc face aujourd'hui à une baisse considérable des demandes intérieures dans chaque pays et de la chute du commerce mondiale. D'une crise peut naître une récession voire une dépression.

Les deux dernières crises

Les deux dernières grandes crises financières ont été celles de 1987 et de 2008. Ainsi, ces deux crises ont été la conséquence d'une dérégulation financière tandis que la crise que nous vivons en ce printemps 2020 est la conséquence d'une pandémie aux conséquences mondiales. En effet, cette crise sanitaire n'a pas impacté toutes les régions du monde en même temps, ni de la même manière comme la grippe espagnole au début du vingtième siècle. Les sociétés ont toujours dû gérer de nombreuses maladies transmissibles via les endémies et les épidémies.

La crise de 2008 a montré le rôle primordial des États-Unis dans la mondialisation financière tandis que la crise de 2020 confirme le rôle essentiel de la Chine dans la globalisation industrielle. Même si elles n'ont rien en commun, au-delà de l'aspect humain dramatique de la crise sanitaire que nous traversons, la pandémie actuelle aura des conséquences économiques bien plus graves que la crise financière de 2008. Le monde a rencontré de nombreuses pandémies dans des économies qui étaient moins polluées, moins financiarisées, moins mondialisées et moins médiatisées qu'aujourd'hui. Le monde a réellement changé économiquement en quelques décennies. Nous sommes passés d'une économie industrielle à une économie tertiaire, technologique, touristique et financière.

Des conséquences distinctes

Les répercussions d'une crise peuvent être immédiates et multiples. Certains acteurs seront touchés bien plutôt que d'autres. Ainsi, en 2008 les classes moyennes du Nevada et de la Floride aux États-Unis ont été davantage impactées par la crise des subprimes que les catégories supérieures de la Silicon Valley. La correction du marché immobilier a été beaucoup plus forte en Espagne qu'en France à la suite de la crise des subprimes. L'Allemagne et la Suisse n'ont pas subi les mêmes conséquences que ces pays. Les
conséquences n'arrivent jamais seules. Il faut toujours une ou plusieurs causes pour faire éclater une bulle financière et immobilière. Comment anticiper précisément l'éclatement d'une bulle ? En effet, lorsque le marché du crédit fonctionne avec des taux très bas, les liquidités peuvent ainsi continuer de valoriser des actifs déjà surévalués. Dans tout contexte d'incertitude, les ménages ne consomment plus. Cela se traduit par la hausse d'une épargne de précaution.

Tous les secteurs d'activité sont actuellement concernés contrairement au lendemain de la crise internationale de 2008. En effet, selon l'assureur crédit Euler Hermes, les faillites d'entreprises françaises devraient augmenter de 8% cette année. Ce pourcentage est à prendre encore avec précaution tellement l'évolution de la situation sanitaire demeure incertaine. Les entreprises les plus fragiles seront les TPE et les PME puisqu'elles n'auront pas suffisamment de trésorerie pour compenser l'arrêt brutal de leur activité.

Les conséquences monétaires

Les conséquences économiques et monétaires ont toujours été le dénominateur commun des dernières crises. La question de la valeur et de l'aspect monétaire reste omniprésente lorsqu'une crise voit le jour. C'est d'autant plus le cas lorsque les marchés sont irrationnels par rapport aux fondamentaux économiques. Le prix de certains actifs se déprécie dans un marché baissier avec un effet domino touchant ainsi d'autres actifs.
C'est à ce moment-là que les économies ont besoin plus que jamais de liquidités et de l'intervention des banques centrales.

Néanmoins, dans le contexte actuel, de nombreux agents économiques s'interrogent : Jusqu'où les banques centrales vont-elles pouvoir assurer le rôle de prêteur en dernier ressort ? La création monétaire est-elle illimitée ? Comment les nouvelles dettes seront-elles financées ? Par l'augmentation de l'inflation ? Par l'augmentation des impôts ? Par une croissance forte ? Par l'annulation des dettes publiques détenues par les banques centrales ? Dans tous les cas, la décision finale devra relancer l'activité économique touchée par un chômage de masse, la baisse de la consommation et de la production par voie de conséquence.

Les mesures devront être optimales afin d'éviter que les problèmes sociaux et sociétaux prennent le relais. En effet, des entreprises vont réduire leur effectif d'autres vont fermer. Ces emplois seront perdus tant qu'il n'y aura pas une réelle compensation économique. Celle-ci se fera qu'avec la création nette d'emplois dans les secteurs et des zones les plus touchées.

La crise et le monde de la dette

L'épargne et la collecte de l'impôt permettent de financer les dettes publiques et privées.
L'argent dans l'économie n'est pas nouveau. C'est la quantité d'argent qui a changé depuis les années 2000. En effet, depuis cette période, le commerce mondial et le montant des dettes publiques et privées dans le monde ne s'est jamais autant développé. Les pays industrialisés ont construit leurs économies en s'endettant pour financer la baisse de leur recette fiscale et une augmentation de leur déficit public et commercial.

En temps de crise, l'économie d'un pays doit disposer d'une monnaie en quantité suffisante comme le rappelle Roosevelt : « En fin de compte, dans le chemin qui nous fait avancer vers la création d'emplois, nous avons besoin de deux garde-fous pour éviter le retour des problèmes passés : nous devons mettre en place une stricte surveillance des banques, de la distribution des crédits et des investissements ; nous devons mettre fin à la possibilité de spéculer avec l'argent des autres, et nous devons prendre des mesures pour disposer d'une monnaie en quantité suffisante mais saine. » Franklin Delano Roosevelt 1933.

La mémoire des crises

Depuis un siècle, les populations ont vécu plusieurs crises. Souvenons-nous des différentes crises majeures : la crise boursière d'octobre 2007, la crise immobilière du début des années 90, la crise obligataire de février 1994, la crise Internet de 2001 et la crise des subprimes de 2008. Les crises financières restent peu de temps dans nos mémoires individuelles et collectives. Nous nous sommes habitués au flux d'informations immédiat. Nous avons parfois besoin de temps et de discernement nécessaire se souvenir d'un passé pas si lointain que cela. Un passé souvent riche d'enseignements permettant de mieux comprendre l'histoire économique et financière du monde moderne.

La mémoire financière ne s'inscrit jamais dans la durée comme le mentionne Galbraith : « Le premier facteur qui contribue à l'euphorie spéculative, c'est l'extrême brièveté de la mémoire financière. [...]. Le second facteur, qui contribue à l'euphorie spéculative et à l'effondrement programmé, c'est l'illusion que l'argent et l'intelligence sont liés ». John Kenneth Galbraith. La faillite de Lehman Brothers a eu un impact financier et psychologique immédiat dans le monde. En effet, les économies mondiales se sont figées au lendemain de la chute de cette institution américaine créée en 1850. Dans 50 ans les générations futures auront-elles oublié les conséquences de la crise des subprimes ou celle de 2020 ?

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 21/04/2020 à 10:54 :
Roosevelt : Du bon sens.
Rétablir le Glass Steagall Act.
Taux marginal d'imposition 90%.
...Revenir aux Accords de Bretton Woods ?
"L'argent est trop important pour la confier aux banquiers".
a écrit le 21/04/2020 à 9:05 :
Mais à une époque, quand les spéculateurs et la finance mettait en péril les caisses du royaume, on leur coupait la tête en place publique ce qui actait de suite la fin du moindre début de crise.

On comprend pourquoi ils ont financé la révolution du coup, ils voulaient pouvoir mettre à plat sans arrêt la trésorerie nationale la pompant sans cesse du fait de leur pathologique cupidité.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :