Finances publiques : cinq chiffres vertigineux qui montrent l'ampleur de la crise

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(Crédits : Benoit Tessier)
Le gouvernement a présenté mercredi un nouveau projet de loi de finances rectificative pour 2020 tablant sur une récession historique, avec une contraction de 8% du PIB cette année, un déficit public de 9% et une dette publique de 115%.

Déficit, dette, dépenses... les finances publiques vont être mises à rude épreuve cette année. Face à la récession, le gouvernement a annoncé des mesures de soutien aux entreprises et aux salariés pour tenter de limiter la casse économique et sociale. Ce premier éventail de dispositifs a été enrichi de nouvelles mesures ces derniers jours pour affronter une crise qui s'installe dans la durée. Le programme de stabilité présenté mercredi 16 avril en conseil des ministres et qui doit être envoyé dans quelques jours aux institutions européennes traduit les efforts pour tenter de surmonter l'impact du confinement. Le coup d'arrêt violent et brutal de l'économie devrait nécessiter la mise en oeuvre d'un plan de relance encore à définir. Ce qui signifie que les chiffres présentés dans le document pourraient être fortement revus à la hausse. Les dépenses actuelles servent surtout à combler les pertes entraînées par la crise en plaçant l'Etat comme assureur. La reprise va obliger le gouvernement à mettre en oeuvre une stratégie de relance complexe avec des choix à opérer. A l'issue du conseil, le Premier ministre Edouard Philippe s'est montré pessimiste.

"La crise sanitaire sans précédent contre laquelle nous luttons tous ensemble exige des réponses à la hauteur du choc que nous subissons. Ce choc est brutal pour les Français. Brutal par les inquiétudes face à la maladie, brutal s'agissant de l'effet sur le système hospitalier, brutal compte tenu de l'impact sur notre économie que vont avoir ce confinement et le ralentissement voire l'arrêt complet de l'ensemble des systèmes productifs des pays voisins. Devant un tel choc, il faut faire face, et nous faisons face".

110 milliards d'euros

"Sur le plan budgétaire, alors que nous avions présenté dès la mi-mars une enveloppe exceptionnelle de 45 milliards d'euros en soutien à l'économie et au système sanitaire, nous avons porté le plan d'urgence à un total de 110 milliards d'euros" a affirmé le chef du gouvernement. La stratégie du gouvernement vise à accompagner les agents économiques au moment où ils traversent un recul de l'activité historique. Ainsi, cet arsenal comporte des reports de créances fiscales et sociales, la mise en oeuvre du chômage partiel, des prêts garantis par l'Etat et un fonds de soutien aux indépendants. Sur l'ensemble de ces 110 milliards, une grande partie, soit 42 milliards d'euros, correspondent à des dépenses budgétaires.

-9% de déficit public

La hausse des dépenses de l'ensemble des administrations publiques contribuerait à plonger le déficit public de 9% en 2020. L'essentiel de la détérioration serait liée à l'impact de la conjoncture (5,3 points). Les mesures ponctuelles et temporaires ne contribueraient que très partiellement à la dégradation du solde des finances publiques. Le solde structurel est quant à lui évalué à -2% du PIB.

Il reste malgré tout beaucoup d'incertitudes à ce stade, notamment sur les scénarios de sortie de crise même si le Président de la république Emmanuel Macron a précisé lundi dernier que le confinement allait se prolonger au moins jusqu'au 11 mai prochain. "Cette évaluation du déficit structurel a une signification très limitée elle repose sur l'évaluation du PIB potentiel pour 2020 inscrite dans la loi de programmation publiée en janvier 2018 : celle-ci pourrait être révisée en baisse à l'avenir, compte tenu de l'ampleur du choc économique de cette année et des conséquences potentiellement durables qu'il peut avoir sur les capacités de production de l'économie française", rappelle à juste titre l'avis du haut conseil des finances publiques (HCFP).

115% de dette des administrations publiques

Selon le second projet de loi de finances rectificative (PLFR), le ratio de dette de l'ensemble des administrations publiques devrait s'établir à 115% du PIB. Là encore, de nombreuses inconnues demeurent. Compte tenu des risques qui pèsent sur la croissance et le solde public, la montagne de dettes pourrait encore augmenter. A ce stade, il est encore difficile d'évaluer le niveau des risques. Les charges d'intérêt sur la dette française demeurent relativement faibles et les capacités de la France pour emprunter sur les marchés restent favorables.

Le risque est qu'après la crise, le retour très rapide des règles budgétaires européennes entraîne une volonté de réajustement brutal des finances publiques. Ce qui pourrait une nouvelle fois plomber fortement l'activité comme en 2011-2012. Là, encore les craintes d'une austérité ont été exprimés par plusieurs économistes. Lors d'une audition devant la commission des finances de l'assemblée nationale mercredi 15 avril, Bruno Le Maire a clairement rappelé la ligne du gouvernement. "Entre la dette et les faillites des entreprises, nous avons fait le choix de la dette. Ce n'est pas un choix durable et nous savons parfaitement qu'il faudra rétablir les finances publiques sur le long terme." En outre, de nombreuses interrogations subsistent sur le financement de cette dette. Le gouvernement a affirmé à plusieurs reprises qu'il n'allait pas augmenter les impôts. Il pourrait cependant se retrouver face à un véritable casse-tête.

Lire aussi : Covid-19 : la sortie de crise ne passera pas par "une augmentation d'impôts", promet Darmanin

24 milliards d'euros de chômage partiel

La mise à l'arrêt de pans entiers de l'économie et la fermeture d'un grand nombre d'établissements de restauration, de brasseries, de bars a obligé beaucoup d'employeurs à inscrire leurs salariés au chômage partiel. Selon un récent décompte communiqué par le ministère du Travail, plus de 8,7 millions de salariés étaient concernés par des demandes de chômage partiel formulées par 732.000 entreprises. Là encore, les sommes annoncées par le gouvernement ont gonflé passant de 8,5 milliards d'euros environ dans le premier PLFR à 24 milliards dans celui présenté cette semaine. Cette enveloppe pourrait encore augmenter avec l'allongement du confinement jusqu'au 11 mai et la mise à l'arrêt prolongée de beaucoup d'entreprises.

- 8% de croissance, une prévision optimiste pour le HCFP

Les prévisions macroéconomiques présentées dans le document budgétaire par le gouvernement semblent optimistes aux yeux des magistrats du Haut Conseil des finances publiques. "Le Haut Conseil constate que ce scénario économique repose sur l'hypothèse forte d'un retour assez rapide à la normale de l'activité, au-delà du 11 mai. Il suppose en particulier que les mesures de politique économique prises pour faire face à la crise permettront de préserver l'appareil productif et que la demande, tant intérieure qu'étrangère, ne portera pas de séquelles durables de la crise. Au total, le Haut Conseil relève que, si cette hypothèse forte ne se réalisait pas, la chute d'activité pourrait se révéler supérieure encore à celle de -8 % en 2020 prévue par le gouvernement" expliquent les auteurs de l'avis.

Là encore, le scénario de sortie de crise est soumis à de nombreux aléas nationaux et internationaux. La perspective d'une reprise vigoureuse en forme de V paraît de moins en moins crédible pour un grand nombre d'économistes. En Chine, l'activité économique est loin d'avoir retrouvée un niveau d'avant crise et de nombreux paramètres pourraient venir bousculer le rebond de l'activité. La désorganisation des chaînes de production pourrait par exemple provoquer de nombreux retards dans l'appareil productif et les stratégies de déconfinement dans chacun des pays va dépendre du bilan humain et des capacités de chaque économie à répondre aux chocs d'offre et de demande. Les craintes d'une seconde vague d'épidémie se multiplient alors que des Etats souvent montrés en exemple en Asie ont dû prendre de nouvelles mesures de restriction.

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Commentaires
a écrit le 19/04/2020 à 19:08 :
Au delà des chiffres, j'aurais aimé connaître la répartition de la dette française, que je crois avoir tourné autour d'un tiers en France, un tiers en Europe, et un tiers hors-europe (en 2010..). La répartition des détenteurs de dette est plus importante que son niveau exact, car elle détermine qui possède un pouvoir d'infléchissement sur l'Etat -- hors contrôle démocratique.
a écrit le 19/04/2020 à 14:56 :
LES CHOSES SONT CLAIRES. POUR SAUVER L.EUROPE IL FAUT PRODUIRE 90 pour cent de notre consommation en Europe. Dans ce schéma la le chômage de masse disparaît et l.economie devient florissante en augmentant le salaire des métiers manuels et en baissant celui des cols blancs.
a écrit le 17/04/2020 à 12:34 :
Il a été élu. Il a mené sa politique avec ses clowns à roulette. Maintenant, il faut savoir reconnaître que tout est terminé. Il n'y a plus d'argent. Il doit aller au tribunal constater la faillite de la maison France.
Réponse de le 18/04/2020 à 13:17 :
C'est plus vieux que cela. Rappelez-vous Hollande: "c'est gratuit, c'est l'Etat qui paye". Je crois qu'il en était réellement convaincu.
a écrit le 17/04/2020 à 5:25 :
Vivre a credit est impossible. Au pretexte de preserver la paix sociale, tous les gvts ont pratiques cette methode.
Helas pour les assistes en tout genre cette equation est morte.
Pour ceux qui ont encore un job, les taxes et impots vont pleuvoir.
D'ores et deja les lendemains qui chantent. c'est de l'histoire ancienne. Ca va saigner.
a écrit le 17/04/2020 à 3:18 :
Budgets en deficits depuis 40 annees. Ne vous etonnez pas. Encore un petit effort et vous serez comme la Grece. 115%, reste encore un peu de marge.
a écrit le 16/04/2020 à 20:31 :
Comme ce pays est incapable de se réformer pacifiquement, l'histoire nous enseigne que seules les révolutions ont permis des changements radicaux. C'est je pense ce qui va se produite mais les conséquences en seront incalculables, banqueroute, dislocation de l'union, émeutes, grèves, et ce jusqu'à l'arrivée d'un pouvoir fort, l'histoire ne repasse pas les plats mais cela me rappelle les années trente.
Réponse de le 17/04/2020 à 5:43 :
Dans les annees 30, le tiers monde etait sous developpes. Des pays emergeants n'attendent une chose, c'est que l'Europe face ses revolutions comme vous dites, pour lui passer devant et devenir les MAITRES.
a écrit le 16/04/2020 à 19:49 :
D'après le rapport de l'INSERM (facile à trouver, par contre en anglais) dans le confinement actuel, 1 contaminé infecte 0.6 personnes. Avec le nombre de contaminés actuel, il faudrait 6 mois de confinement MINIMUM pour éliminer le virus du territoire. A condition de mettre une muraille autour de la France évidemment.
De plus ce rapport dit que si on cesse le confinement , avec des tests massifs, la fermeture des écoles, l'isolation des cas et des mesures de distanciation sociale , il y aura un second pic épidémique inévitable qui forcera à revenir au confinement 3 mois plus tard.
Et même après le second pic il n'y aura pas d'immunité collective !!!
Voila le traitement que ce gouvernement nous réserve, nous allons ruiner la France, notre système de santé n'aura plus d'argent pour nous soigner, nos retraites vont être détruites, nous allons sacrifier les générations futures pour préserver les seniors.
Pendant 1 an , peut-être 2 ans la natalité va s'effondrer.
On nous fait croire qu'on pourra maitriser la situation avec des tests. C'est faux.
Ils ont choisi les tests sérologiques justement pour évaluer à quel moment on pourra revenir à une vie normale grâce à l'immunité collective si il n'y pas de vaccin.
A votre avis pourquoi ils reouvrent les écoles?
Ce choix peut être légitime ou pas mais le gouvernement doit consulter les français.
Nous voulons protéger nos ainés, mais même nos ainés on ne leur demande pas leur avis. On leur dit de s'isoler pour leur bien. Ils ont le droit de savoir ce qui se prépare.
Eux aussi ont le droit de choisir.
Je ne prétend pas avoir la réponse à ces questions mais les français doivent être consultés.
Réponse de le 17/04/2020 à 2:02 :
Ce gouvernement...
Ce gouvernement...
Quelqu'un d'autre n'aurait pas fait mieux. Ni Melenchon ni la Lepen. La situation est la même dans la quasi totalité des pays occidentaux. Au cas où vous ne le sauriez pas la France n'est pas seule. Alors si vous avez une boule de cristal ou une baguette magique, allez y n hésitez pas à vous en servir pour le bien commun.
Réponse de le 17/04/2020 à 9:52 :
@Matt712
Ta réponse est complètement à côté de la plaque. Je ne te parle pas de ce qu'il faut faire, je te parle de ce que pour moi il est hors de question de faire.
Pour toi affronter le virus de face est inimaginable. Alors je vais te dire ce que je vois dans ma boule de cristal, c'est que bientôt ça va l'être.
a écrit le 16/04/2020 à 18:48 :
On récolte ce que l on sème.

50 années de budgets en déficit merci les politiques inconscients.

On va faire de l'austérité encore et toujours.

Mais avec du déficit ça ne sert à rien

Un puit sans fond et maintenant quand la bise est venue la France se trouve fort dépourvue.

Apres c est dommage un stock suffisant des services de réa adaptés une réserve sanitaire combien cela aurait coûté ? 200 millions par an ?
Réponse de le 17/04/2020 à 1:08 :
Le Maire est insincère en évoquant l'endettement :

Il cherche à berner Bruxelles, BCE, FMI, OCDE,
et les Marchés : note de Crédit de la FR
Réponse de le 17/04/2020 à 2:02 :
Facile à posteriori
a écrit le 16/04/2020 à 17:32 :
La pression économique aura in fine raison face au défi sanitaire.
Il ne peut en être autrement.
Il faut espérer que le gouvernement aura mis à profit ces 2 mois de confinement pour ouvrir des lits, recruter du personnel, fait construire des respirateurs, acheté des masques et tout le nécessaire pour soigner les malades. Sur le plan psychologique, l'histoire va mal se terminer si le confinement doit durer. Une petite étincelle suffit à mettre le feu à la poudre et il y a beaucoup de poudre comprimée qui je ne demande qu'à exploser.
a écrit le 16/04/2020 à 17:31 :
Si je peux pas répondre au mec qui m'insulte directement ou faire supprimer son insulte vous virez mon mail vous ne m'imposez pas cette modération déprimante, merci.
a écrit le 16/04/2020 à 15:32 :
Nos ancêtres les gaulois, faut rigoler, faut rigoler, hi,hi,hi.....

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