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Les profits du transport aérien européen devraient bondir de 27% en 2020, selon IATA

Fabrice Gliszczynski, à Genève

Publié le 11 décembre 2019 à 15:17 - Mis à jour le 11 décembre 2019 à 16:42

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Reuters

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Après une année 2019 difficile, au cours de laquelle elles devraient afficher un recul de leurs bénéfices cumulés de 32%, les compagnies aériennes européennes devraient, selon l'Association internationale du transport aérien (IATA), améliorer leur résultat de 27% en 2020, à 7,9 milliards de dollars. La révision à la baisse des plans de croissance des capacités constitue l'une des explications de cette prévision optimiste.

Après une année 2019 relativement difficile, marquée par une croissance mondiale moins forte que prévu en raison de l'impact de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, l'année 2020 s'annonce meilleure pour le transport aérien mondial. Selon l'Association internationale du transport aérien (IATA), les bénéfices cumulés de tous les acteurs du secteur, qui devraient chuter de 7,5% en 2019 par rapport à 2018, repartiraient fortement à la hausse l'an prochain.

"Nous prévoyons une croissance de l'économie mondiale de 2,7% en 2020 (contre une hausse inférieure à 2,5% en 2019) et une croissance du commerce mondiale de 3,3% contre 0,9% en 2019", a indiqué ce mercredi Brian Pearce, le chef économiste de l'IATA à l'occasion du "Media Day" annuel de cette association.

Un bénéfice opérationnel cumulé de 48,2 milliards de dollars

La hausse du trafic de 4% et la légère baisse de la facture carburant attendue l'an prochain devraient entraîner, selon IATA, une hausse de 13% du bénéfice opérationnel de tous les acteurs du transport aérien mondial, à 48,2 milliards de dollars. Le bénéfice net devrait augmenter dans les mêmes proportions, à 29,3 milliards de dollars. Un rythme largement supérieur à celui du chiffre d'affaires. Les recettes ne devraient en effet augmenter que de 4%, à 872 milliards de dollars. Au final, la marge d'exploitation et la marge nette devraient augmenter respectivement de 0,4 et 0,3 point, à 5,5% et 3,4%.

Hausse des profits en Europe, petite baisse en Amérique du Nord

L'augmentation des bénéfices s'annonce particulièrement forte en Europe. Après une baisse de 32% de leur bénéfice net attendue en 2019, à 6,2 milliards de dollars, les compagnies aériennes européennes devraient en effet voir leur profit cumulé bondir de 27% l'an prochain, à 7,9 milliards de dollars. Et ce, malgré la mise en place de plusieurs taxes environnementales, comme vont le faire la France et l'Allemagne par exemple.

Le bond des bénéfices en Europe en 2020 contrastera avec la stagnation des profits prévue l'an prochain en Amérique du Nord par rapport à 2019. Néanmoins, avec 16,5 milliards de dollars de bénéfices, le transport aérien américain restera de loin le plus rentable de la planète.

"La croissance économique devrait s'accélérer en Europe, et la hausse des capacité devrait être modérée en raison de la révision à la baisse des plans de croissance de manière substantielle", a expliqué Brian Pearce.

Selon CAPA Aviation, un cabinet de conseil spécialisé dans l'aviation, l'offre des compagnies aériennes en Europe ne progressera en effet que de 1% cet hiver.

Discipline en termes de capacités en sièges

En effet, contrairement aux années précédentes, on observe une discipline en termes de capacités de la quasi-totalité des acteurs européens, notamment des trois mastodontes, Air France-KLM, IAG et Lufthansa. Ces dernières années, en effet, IAG, mais surtout Lufthansa, n'hésitaient pas à augmenter fortement leurs capacités quand leurs concurrents modéraient leur croissance.

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Cette discipline attendue des capacités en 2020 (qui concerne essentiellement l'Europe de l'Ouest) devrait permettre à certaines compagnies de souffler. Elle

 devrait se traduire en effet par une hausse des recettes unitaires ou, du moins, par une baisse moins forte que celle observée ces derniers temps, du fait des guerres tarifaires que provoquaient une situation surcapacitaire du secteur. Cette année, par exemple, 

le marché intra-européen a été le deuxième marché aérien mondial en termes de croissance du trafic après le marché intérieur chinois !

Laproblématique du retour du B737 MAX sur les capacités

À l'exception de la compagnie low-cost hongroise Wizz Air, les compagnies low-cost vont modérer leur croissance, certaines de manière forcée comme Ryanair, en raison de l'immobilisation du B737 MAX, d'autres pour protéger leur rentabilité. Ce mardi, le directeur général du groupe, Michael O'Leary a indiqué que Ryanair pourrait ne pas recevoir de Boeing 737 MAX avant l'été 2020 en raison des retards pris par l'homologation en Europe des nouveaux tests de sécurité de l'appareil.

"Ce qui paraît probable aujourd'hui, c'est que nous en aurons peut-être 10, peut-être aucun, peut-être 15 [avions] avant l'été 2020. Les conséquences pour les 12 prochains mois, c'est que nous n'atteindrons pas nos objectifs initiaux d'accroissement de notre flotte", a-t-il indiqué.

Avant l'immobilisation de l'avion de Boeing en mars dernier à la suite de deux accidents mortels faisant 346 morts, Ryanair comptait recevoir 60 avions du constructeur américain d'ici à l'été 2020.

La remise en service du B737 MAX sera un sujet clé pour le transport aérien. Elle pourrait en effet provoquer un afflux de capacités, notamment en Amérique du Nord et en Europe. Près de 400 avions, qui volaient avant l'immobilisation de l'appareil, sont stockés chez les compagnies. Plus de 400 autres, construits après l'immobilisation, le sont chez Boeing, qui, chaque jour, produit au moins un avion supplémentaire.

"L'évolution de la capacité sera la grosse question pour 2020, notamment avec la remise en service du B737 MAX", a indiqué Alexandre de Juniac, le directeur général de l'IATA.

Pour autant, le MAX pourrait davantage remplacer des avions existants qu'à permettre du développement.

Beaucoup d'acteurs fragiles

Les solides résultats prévus pour le transport aérien européen en 2020 ne doivent pas occulter les énormes différences entre les compagnies aériennes.

"La relative bonne performance globale du transport aérien européen cache une longue liste de compagnies qui parviennent à peine à équilibre financier ou sont déficitaires, ce qui explique la série de disparitions en 2019", explique IATA.

Plusieurs compagnies ont en effet disparu comme Wow Air, Thomas Cook Airlines, Adria Airways ou encore les transporteurs français Aigle Azur et XL Airways.

Concentration du secteur?

Ces disparitions entraînent une concentration du secteur. Celle-ci se poursuit également par le rachat de certaines compagnies, comme l'a montrée récemment l'annonce du rachat d'Air Europa par IAG. Pour autant, contrairement à l'Amérique du Nord, le secteur reste très fragmenté en Europe, avec un nombre de compagnies aériennes très élevé. Et la question d'une nouvelle vague de concentration continue de se poser.

Il y a effectivement l'éternel dossier de la reprise d'Alitalia, soutenue à bout de bras par l'État italien. Mais aussi celui de Norwegian, en cours de redressement, et ceux de toutes les compagnies de "second rang" comme SAS, Finnair, Lot, TAP Portugal...

À lire également

  • Les compagnies aériennes dénoncent "l'hypocrisie" des Etats sur le climat (IATA)
  • "Honte de prendre l'avion", les compagnies aériennes s'inquiètent et se mobilisent (IATA)
  • Les profits des compagnies aériennes européennes font du surplace (IATA)
  • Air France-KLM : Ben Smith veut augmenter les bénéfices de 117% d'ici à 2024

Si ces dossiers sont récurrents, ils dépendent aussi de l'environnement concurrentiel et économique. Combinée à la stabilité attendue du prix du pétrole en 2020 au prix acceptable de 65 dollars en moyenne, la faible croissance des capacités pourrait permettre à certaines compagnies fragiles de garder la tête hors de l'eau encore un certain temps.

Fabrice Gliszczynski, à Genève

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