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Les régions à front renversé

Photo de Philippe Mabille

Philippe Mabille

Publié le 03 décembre 2015 à 10:00 - Mis à jour le 10 décembre 2015 à 13:33

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L'édito de Philippe Mabille, directeur de la rédaction de La Tribune.

La forte poussée du vote Front national enregistrée par les instituts de sondage au lendemain des attentats sanglants du 13 novembre, qui ont fait 130 morts, plus de 600 blessés et conduit plus de 4.000 personnes (témoins, proches) à être traitées pour un syndrome post-traumatique (du jamais vu, selon Patrick Pelloux), en dit long sur l'état du moral de la Nation. Les élections régionales, qui vont avoir lieu les 6 et 13 décembre, en porteront la trace logique.

Si l'on en croit les sondages, qui surpondèrent peut-être la progression du FN, ce sont au moins deux régions, Nord-Pas-de-Calais-Picardie et PACA, voire plus (Alsace-Lorraine, Bourgogne-Franche-Comté et peut-être Normandie en ballotage) qui seront, au soir du premier tour ce dimanche, à la portée du parti dirigé par Marine Le Pen. Que feront le PS et Les Républicains face à ce séisme politique ? Fusion des listes, désistements ? Inévitablement, ce scrutin de portée locale aura une résonance nationale et fera figure de premier tour de l'élection présidentielle prévue en 2017.

Colère et peur

La montée du vote extrême, pour peu surprenante qu'elle soit dans le climat actuel de tension, traduit une exigence d'autorité et une réaction de peur et de colère de la part des Français. Les électeurs se sentent probablement confortés par les décisions de François Hollande qui a repris à son compte la plupart des mesures sécuritaires préconisées de longue date par le Front national. Le chef de l'Etat a d'ailleurs regagné 20 points de popularité, mais ce regain de confiance en l'exécutif ne semble pas aller jusqu'au parti socialiste...

La principale victime de ce mouvement de l'opinion, c'est le parti "Les Républicains", qui voient ses électeurs fuir vers le FN. Avec sans doute un argument : pourquoi ne pas préférer l'original à la copie, tant les discours sécuritaires se ressemblent désormais à droite et à l'extrême-droite.

Le risque de guerre civile

Ce réflexe autoritaire des Français constitue une victoire pour ceux qui ont fomenté ces odieux attentats. Déstabiliser la nation, diviser la république, monter les Français les uns contre les autres, voilà exactement ce que veulent provoquer les idéologues ivres de sang de l'Etat islamique. Ils l'ont écrit, noir sur blanc, dans leurs manuels de terreur. L'Occident, en particulier l'Europe, et tout spécialement la France sont considérés comme des « ventres mous », où les musulmans seraient ignorés, maltraités et humiliés. Une France dirigée par le Front national, ce serait pour eux la consécration suprême et la première étape vers une guerre civile.

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La seule réponse que la République peut adresser aux terroristes, c'est de faire exactement le contraire de ce qu'ils imaginent dans leur folie. A la division, opposer l'union. A l'idéologie sanguinaire, répondre par la laïcité sereine. Dans une période aussi instable que celle que nous traversons, ajouter l'instabilité politique à celle de la société et de l'économie ne peut guère aider au sursaut qui s'impose.

L'Etat de droit, le refus de l'arbitraire

Car les défis qui nous attendent vont bien au-delà de la guerre contre Daech, qui risque d'être longue, avec une coalition internationale hétérogène et aux intérêts antagonistes. Ils vont même au-delà des mesures de sécurité qui s'imposent et ne sont contestées par personne. « C'est le terrorisme qui menace les libertés aujourd'hui, pas l'état d'urgence», a rappelé Bernard Cazeneuve, le ministre de l'intérieur. Celui-ci ne signifie pas l'abandon de l'Etat de droit, ni de céder à l'arbitraire. Il est placé sous le contrôle du parlement et de la presse, qui sera vigilante pour dénoncer les dérives.

Mais les vrais enjeux, si l'on veut la paix et la sécurité, sont ailleurs : ils sont économiques, sociaux, sociétaux, culturels. Car, comme l'a dit Emmanuel Macron, nous ne devons pas faire l'autruche : le modèle français qui nous rend si fiers et orgueilleux n'est peut-être pas aussi parfait que cela. Certes, le terreau du terrorisme est avant tout idéologique et pas social. Mais voir des jeunes de moins de 30 ans nés et éduqués en France massacrer d'autres jeunes Français qui ne voulaient que s'amuser un vendredi soir sans avoir aucune conscience que notre pays était en état de « guerre », cela ne peut pas ne pas nous remettre en question.

L'égalité réelle à la hauteur des égalités formelles

Donc oui, nous avons « une part de responsabilité » : c'est d'agir pour faire en sorte que l'égalité réelle soit à la hauteur des égalités formelles dont nous nous prévalons. C'est aussi en faisant tomber les plafonds de verre qui empêchent l'ascenseur social de fonctionner que l'on vaincra le terrorisme à l'intérieur. En démontrant que l'on veut donner à tous les enfants de France leur chance de réussir en France. Voilà de vraies pistes pour nos régions, dont les compétences économiques seront renforcées, à la pointe du combat pour l'emploi.

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En tout cas, ce n'est pas en accusant, comme le fait le Front national, la mondialisation ou l'Europe, bouc-émissaires de la crise, ni en agitant les fausses solutions de la « préférence régionale », avant celles de la préférence « nationale », pas plus qu'en proposant un dirigisme digne - comme l'a dit Pierre Gattaz, le président du Medef - "du programme commun de la gauche des années 1970", que l'on trouvera des solutions au drame que traverse notre pays.

Philippe Mabille

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