Les régions à front renversé

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La montée du vote extrême, pour peu surprenante qu'elle soit dans le climat actuel de tension, traduit une exigence d'autorité et une réaction de peur et de colère de la part des Français.
La montée du vote extrême, pour peu surprenante qu'elle soit dans le climat actuel de tension, traduit une exigence d'autorité et une réaction de peur et de colère de la part des Français. (Crédits : © Pascal Rossignol / Reuters)
L'édito de Philippe Mabille, directeur de la rédaction de La Tribune.

La forte poussée du vote Front national enregistrée par les instituts de sondage au lendemain des attentats sanglants du 13 novembre, qui ont fait 130 morts, plus de 600 blessés et conduit plus de 4.000 personnes (témoins, proches) à être traitées pour un syndrome post-traumatique (du jamais vu, selon Patrick Pelloux), en dit long sur l'état du moral de la Nation. Les élections régionales, qui vont avoir lieu les 6 et 13 décembre, en porteront la trace logique.

Si l'on en croit les sondages, qui surpondèrent peut-être la progression du FN, ce sont au moins deux régions, Nord-Pas-de-Calais-Picardie et PACA, voire plus (Alsace-Lorraine, Bourgogne-Franche-Comté et peut-être Normandie en ballotage) qui seront, au soir du premier tour ce dimanche, à la portée du parti dirigé par Marine Le Pen. Que feront le PS et Les Républicains face à ce séisme politique ? Fusion des listes, désistements ? Inévitablement, ce scrutin de portée locale aura une résonance nationale et fera figure de premier tour de l'élection présidentielle prévue en 2017.

Colère et peur

La montée du vote extrême, pour peu surprenante qu'elle soit dans le climat actuel de tension, traduit une exigence d'autorité et une réaction de peur et de colère de la part des Français. Les électeurs se sentent probablement confortés par les décisions de François Hollande qui a repris à son compte la plupart des mesures sécuritaires préconisées de longue date par le Front national. Le chef de l'Etat a d'ailleurs regagné 20 points de popularité, mais ce regain de confiance en l'exécutif ne semble pas aller jusqu'au parti socialiste...

La principale victime de ce mouvement de l'opinion, c'est le parti "Les Républicains", qui voient ses électeurs fuir vers le FN. Avec sans doute un argument : pourquoi ne pas préférer l'original à la copie, tant les discours sécuritaires se ressemblent désormais à droite et à l'extrême-droite.

Le risque de guerre civile

Ce réflexe autoritaire des Français constitue une victoire pour ceux qui ont fomenté ces odieux attentats. Déstabiliser la nation, diviser la république, monter les Français les uns contre les autres, voilà exactement ce que veulent provoquer les idéologues ivres de sang de l'Etat islamique. Ils l'ont écrit, noir sur blanc, dans leurs manuels de terreur. L'Occident, en particulier l'Europe, et tout spécialement la France sont considérés comme des « ventres mous », où les musulmans seraient ignorés, maltraités et humiliés. Une France dirigée par le Front national, ce serait pour eux la consécration suprême et la première étape vers une guerre civile.

La seule réponse que la République peut adresser aux terroristes, c'est de faire exactement le contraire de ce qu'ils imaginent dans leur folie. A la division, opposer l'union. A l'idéologie sanguinaire, répondre par la laïcité sereine. Dans une période aussi instable que celle que nous traversons, ajouter l'instabilité politique à celle de la société et de l'économie ne peut guère aider au sursaut qui s'impose.

L'Etat de droit, le refus de l'arbitraire

Car les défis qui nous attendent vont bien au-delà de la guerre contre Daech, qui risque d'être longue, avec une coalition internationale hétérogène et aux intérêts antagonistes. Ils vont même au-delà des mesures de sécurité qui s'imposent et ne sont contestées par personne. « C'est le terrorisme qui menace les libertés aujourd'hui, pas l'état d'urgence», a rappelé Bernard Cazeneuve, le ministre de l'intérieur. Celui-ci ne signifie pas l'abandon de l'Etat de droit, ni de céder à l'arbitraire. Il est placé sous le contrôle du parlement et de la presse, qui sera vigilante pour dénoncer les dérives.

Mais les vrais enjeux, si l'on veut la paix et la sécurité, sont ailleurs : ils sont économiques, sociaux, sociétaux, culturels. Car, comme l'a dit Emmanuel Macron, nous ne devons pas faire l'autruche : le modèle français qui nous rend si fiers et orgueilleux n'est peut-être pas aussi parfait que cela. Certes, le terreau du terrorisme est avant tout idéologique et pas social. Mais voir des jeunes de moins de 30 ans nés et éduqués en France massacrer d'autres jeunes Français qui ne voulaient que s'amuser un vendredi soir sans avoir aucune conscience que notre pays était en état de « guerre », cela ne peut pas ne pas nous remettre en question.

L'égalité réelle à la hauteur des égalités formelles

Donc oui, nous avons « une part de responsabilité » : c'est d'agir pour faire en sorte que l'égalité réelle soit à la hauteur des égalités formelles dont nous nous prévalons. C'est aussi en faisant tomber les plafonds de verre qui empêchent l'ascenseur social de fonctionner que l'on vaincra le terrorisme à l'intérieur. En démontrant que l'on veut donner à tous les enfants de France leur chance de réussir en France. Voilà de vraies pistes pour nos régions, dont les compétences économiques seront renforcées, à la pointe du combat pour l'emploi.

En tout cas, ce n'est pas en accusant, comme le fait le Front national, la mondialisation ou l'Europe, bouc-émissaires de la crise, ni en agitant les fausses solutions de la « préférence régionale », avant celles de la préférence « nationale », pas plus qu'en proposant un dirigisme digne - comme l'a dit Pierre Gattaz, le président du Medef - "du programme commun de la gauche des années 1970", que l'on trouvera des solutions au drame que traverse notre pays.

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a écrit le 04/12/2015 à 22:20 :
2500 milliards de dette, le record de chômeurs, champion de l'imposition au même rang que le Danemark, une sécurité d'apparence et à la limite de la dictature, une industrie en ruine et une justice en décrépitude, alors si vous pensez que c'est la faute du FN le gros hic c'est que le FN n'a jamais dirigé quoi que ce soit a ce jour. Alors réveillez vous Philippe Mabille.
a écrit le 03/12/2015 à 18:08 :
le plus drôle avec ces régions, c'est qu'elles ne sont pas encore constituées.
Çà va être le big bazar, et en plus elles sont toutes atrocement endettées.
Finalement, on peut se demander si la déroute prévue du ps n'est pas une chance pour eux.
a écrit le 03/12/2015 à 17:47 :
les attentats n'expliquent pas à eux seuls le rejet des français pour la classe dirigeante ; le mal est sans doute plus profond : les réformes des retraites ,bonnes pour le peuple mais non appliquée à ceux qui l'ont votée , des ministres avec des comptes à l'étranger ,des députés encore en mandat qui ne paient pas leurs impôts etc....... le FN n'est peut être pas la solution mais c'est une proposition, il faudra sans doute envisager une réforme sèrieuse des institutions ou elle s'imposera dans la douleur
a écrit le 03/12/2015 à 17:17 :
De tout temps la France a connu des malheurs ( mais tous les pays aussi).
Les habitants se sont alors scindé en 2 parties inégales . L'un représentant la masse presque total des individus du pays , l'autre une petite poignée...
La première pleure sur leurs problèmes , la seconde leur vend des mouchoirs.

Même pour ceux qui aujourd'hui rient de la vie , demain ils prendront leurs mouchoirs comme tout le monde.
a écrit le 03/12/2015 à 12:20 :
Je me demande s'il ne faut pas quitter la France dès à présent. En 2017 il sera peut-être déjà trop tard. L'Histoire a toujours montré que les premiers à partir avaient eu raison et les autres tort. Je suis très sérieux. En tout cas je commence à envisager sérieusement la chose, même si ce n'est pas simple à mettre en œuvre, qu'il faut trouver un logement, deux emplois, une école pour les enfants. Une chose est sûre m'en voudrais jusqu'à la fin de mes jours si je laissais mes enfants grandir dans un pays FN alors que par manque de motivation je n'ai pas quitté le pays quand j'en aurais eu l'occasion.
Réponse de le 03/12/2015 à 13:26 :
C'est le premier pas le plus difficile. Mais si vous cherchez un pays garant des libertés de ses habitants/prisonniers, c'est mission impossible.
Réponse de le 03/12/2015 à 14:20 :
Vous avez peur de la dictature que Bruxelles est entrain de mettre en place ou d'une France traditionnelle? Dans les deux cas je vous donne raison!
a écrit le 03/12/2015 à 11:49 :
Quand je veux vendre des antivirus, j'infecte votre machine du virus adéquat, c'est ainsi que procède le gouvernement et, les médias en font la pub!

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