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Mali, du putsch au coup d’Etat ?

Joël Ruet

Publié le 25 mai 2021 à 09:54 - Mis à jour le 25 mai 2021 à 11:26

Un journaliste francais dit dans une video avoir ete enleve au mali

Photo d'illustration

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OPINION. Des membres de l'armée malienne ont arrêté lundi le président, le Premier ministre et le ministre de la Défense du gouvernement intérimaire après un remaniement, accentuant le chaos politique dans le pays après le putsch militaire de l'an dernier. Quelles options pour une sortie de crise inédite ? Par Joël Ruet qui préside The Bridge Tank, membre actif du groupe d'engagement du G20 avec les think tank.

A l'heure où Bamako s'enfonce dans la nuit, Bah Ndaw le président militaire de la transition et son Premier ministre civil Moctar Ouane, portés au pouvoir en 2020 par un coup d'état militaire même si se justifiant de la légitimité de la rue, sont bel et bien otages des mêmes militaires, dans la caserne de Kati. L'aéroport et la télévision sont bouclés par la garde nationale. Les mutins demandent à celui qu'ils ont porté au pouvoir de renoncer au remaniement gouvernemental promulgué aujourd'hui, de démettre son premier ministre... et surtout de ne pas démissionner avec lui.

L'enjeu est dans tout les cas de sortir du statut quo sur le rôle effectif de l'armée dans la transition. Le président Bah Ndaw par le remaniement gardait le même nombre de militaires dans le gouvernement mais plaçait « les siens », écartant une faction rivale avec le départ des ministres de la Défense et de la Sécurité. Les mutins veulent tout l'inverse, reprendre ces postes, se renforcer, mais en prétendant sauver l'apparence en conservant un Bah Ndaw caution... et otage politique.

Peu d'options

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L'issue reste incertaine mais si ce dernier est aujourd'hui otage physique c'est qu'il avait à juste titre considéré que l'armée n'a pas d'autre recours militaire présentable et encore mois de recours civil pour sauver les apparences, sauf à entrer dans une dictature ouvertement militaire ; mais cette dernière option n'est plus impossible. La communauté internationale (UE, ONU ce soir, CEDEAO dès demain) font valoir que ce serait une mise au ban et la fin de l'aide économique comme militaire pour le pays, mais l'analyse par Ndaw du rapport de force, descendu manu militari de la présidence de Koulouba reste-t-elle valable une fois engeôlé dans la caserne de Kati?

L'enjeu reste de toutes façons la non intégration des forces populaires, M5 en tête, à cette « transition » dépouillant la rue, de plus en plus intra-militaire. A cette heure les options sont minces : le recul des mutins et l'acceptation du nouveau gouvernement serait une auto-purge de facto ; un débarquement violent de Ouane et Ndaw, un coup d'état pur et une plongée dans l'inconnu sécuritaire d'un retrait international ; un double sacrifice du départ du Premier Ministre et du maintien du président comme caution à la théorie de la « concertation » un pari politique risqué pour Ndaw, à charge de se faire juger par l'histoire en éphémère sauveur de la stabilité.

Cette dernière reste au mieux la moins mauvaise, le Rubicon de Kati une énième fois franchi et dans cette quasi tragédie grecque sans issue ; elle n'a qu'un mérite : acheter du temps, sans doute peu, mais qui est parfois l'essence de la politique de sortie de crise. Pour ainsi attendre le 5ème acte et espérer la désescalade, de la tragédie au drame. Mince espoir pour des Maliens et des Maliennes fatigués qui, leurs putschistes se mettant les uns les autres en prison, ne peuvent que chanter avec le hip-hoppeur Master Soumy : « quand les voleurs crient au voleur, ça devient vraiment drôle »... La CEDEAO, elle, doit opposer la fermeté au mutins et proposer un « new deal » au Mali.

Joël Ruet

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