OPINION. La représentation de la Nation doit être au cœur de la nouvelle stratégie de défense française
Par un collectif de 18 parlementaires socialistes*
« Les tensions en Indo-Pacifique s'aggravent et notre pays est d'autant plus concerné que nous y avons des territoires d'Outre-mer. Cela demande aussi, de par l'éloignement, une stratégie particulière ».
Armée de l'air et de l'espace
Dix-huit parlementaires socialistes demandent dans une tribune à Emmanuel Macron que la représentation nationale soit associée aussi bien à la réflexion qu'à l'adoption de la révision de la Revue nationale stratégique (RNS) souhaitée par le président de la République. La rédaction de ce document stratégique a été confiée au Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN). Par un collectif de 18 parlementaires du Parti socialiste*.
A l'occasion des vœux aux armées prononcés le lundi 20 janvier, le président de la République Emmanuel Macron a annoncé la révision de la Revue nationale stratégique (RNS) répondant ainsi favorablement à la demande des sénateurs socialistes à l'occasion de la discussion budgétaire 2025 sur la mission Défense. Ce document produit une analyse des relations internationales, hiérarchise les menaces, revient sur les alliances et les partenariats de la France. Il détermine ainsi l'orientation de notre politique de défense, depuis le format de nos forces armées jusqu'aux priorités de notre base industrielle et technologique de défense (BITD).
Depuis 2017, ces documents stratégiques sont uniquement produits par l'administration, sans implication d'acteurs démocratiquement élus. Ils sont la démonstration d'une centralisation excessive du pouvoir par l'exécutif. En tant que républicains, nous considérons qu'un tel exercice doit être « parlementarisé ». C'est une nécessité pour légitimer l'exercice et le rendre plus efficace. Concrètement, les sénateurs et députés doivent être force de proposition et pleinement associés à l'exercice, de la réflexion à son adoption. Surtout, le résultat de l'exercice doit être débattu dans les deux chambres du Parlement.
Mise à l'écart de la représentation nationale
Personne ne conteste l'unité de commandement pour la direction des forces armées. Celle-ci s'incarne dans les prérogatives du président de la République, avant tout pour l'emploi de l'arme nucléaire. Nous regrettons la mise à l'écart de la représentation nationale dans la définition des orientations stratégiques de la défense nationale. Il ne s'agit pas non plus de remettre en question le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), qui a été investi de cette mission par le Président.
Nous considérons que l'accélération des bascules stratégique, géopolitique, militaire technologique et climatique commande un rôle déterminant pour la représentation nationale. [Les dernières élections législatives de juillet 2024 ont abouti à une Assemblée nationale divisée. Le président Macron avait alors parlé en juin d'un « acte de confiance » en redonnant la parole au peuple. Il est donc logique que le Parlement soit saisi d'une question aussi centrale que la défense nationale.]
Un travail parlementaire collégial permettra de dévoiler les postures et de révéler les bonnes idées. La politique de la défense nationale ne doit pas rater le coche de la « parlementarisation ». Il est temps de revenir au principe fondamental démocratique de la délibération.
Newsletter
Ma Tribune
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.
Le retour de la guerre à haute intensité
Notre pays fait face à un contexte stratégique exceptionnel, où de nombreux phénomènes se conjuguent. La guerre de haute intensité est de retour sur le continent européen, avec l'agression russe contre l'Ukraine. En parallèle, la France et ses alliés européens subissent directement des attaques hybrides comme l'ont démontré les conclusions de la commission d'enquête sénatoriale à l'initiative des socialistes, qui a conduit à proposer une politique publique de lutte contre les influences étrangères malveillantes en mobilisant toute la Nation face à la néo-guerre froide. Nous y ajoutons la section de câbles sous-marins jusqu'à la manipulation des flux migratoires à la frontière polonaise en passant par des tentatives d'assassinat. Comment ne pas ajouter également les prises de position de l'administration Trump qui s'inscrivent dans un temps nouveau, celui des « Empires puissances ».
La France a aussi adopté des traités bilatéraux (Italie, Espagne, Grèce, Royaume-Uni) qui transforment nos relations à nos alliés en Europe et dont il faut tirer les conséquences en termes stratégique. Notre présence en tant que nation-cadre en Roumanie (opération Aigle) et notre participation à des exercices européens (opération Lynx en Estonie) indiquent un glissement des priorités vers les opérations de réassurance au niveau européen. Elles méritent aujourd'hui d'être complètement intégrées dans notre stratégie.
Les tensions en Indo-Pacifique s'aggravent et notre pays est d'autant plus concerné que nous y avons des territoires d'Outre-mer. Cela demande aussi, de par l'éloignement, une stratégie « particulière.
Nous devons logiquement repenser nos partenariats avec l'Afrique puisque nous assistons à la fin d'une période avec la fermeture d'un certain nombre de bases à la demande des pays d'accueil. Dès lors, nous devons repenser aussi comment nous allons coopérer, notamment sous l'angle de la formation et du partage des équipements. L'avenir du financement de l'OTAN sous Trump et la volonté de la nouvelle commission européenne d'être actrice de la défense en Europe doivent également être intégrés.
Quel équilibre ?
Nos armées sont donc à la croisée des chemins : quel équilibre trouver entre l'Indo-Pacifique et la sécurité du continent européen ainsi que notre capacité expéditionnaire ? Cette question est lourde de conséquences pour les modèles de chacune des armées ainsi qu'en matière d'investissement industriel, notamment à l'aune des nouvelles donnes dans les domaines du spatial, du cyber et de l'intelligence artificielle. La question du financement de notre défense nationale doit également être au cœur des travaux. Nous avons proposé la création d'un « livret d'épargne défense souveraineté » qui impliquerait les Français dans la défense nationale.
Face à ces défis, nous, parlementaires socialistes, faisons le choix du volontarisme et de la vision du temps long en nous inscrivant dans la pensée de Jean Jaurès, auteur de « l'Armée nouvelle », et de notre attachement à nos valeurs universelles et à nos alliances. L'implication des parlementaires est plus que jamais nécessaire pour consolider et légitimer nos choix, surtout s'il faut accentuer l'investissement dans la défense. Seuls une conscience claire des enjeux et un débat éclairé pourront renforcer l'adhésion à la défense nationale et la résilience des Français. En démocratie, il ne peut y avoir de défense nationale sans l'implication des représentants de la Nation.
Hélène Conway-Mouret, secrétaire nationale à la défense du Parti socialiste, sénatrice des Français établis hors de France, vice-présidente de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat
Rachid Temal, sénateur du Val-d'Oise, vice-président et chef de file des sénateurs socialistes de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, président délégué du groupe Socialiste,Écologiste et Républicain du Sénat
Anna Pic, députée, cheffe de file des députés socialistes de la commission de la défense nationale et des forces armées de l'Assemblée nationale
Boris Vallaud, député des Landes, président du groupe Socialistes et Apparentés de l'Assemblée nationale, membre de la Commission de la défense nationale et des forces armées de l'Assemblée nationale
Patrick Kanner, sénateur du Nord, président du groupe Socialiste, Écologiste et Républicain du Sénat
Marie-Arlette Carlotti, sénatrice des Bouches-du-Rhône, questeure du Sénat
Jérôme Darras, sénateur du Pas-de-Calais, secrétaire de la délégation sénatoriale aux entreprises et membre de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat
Guillaume Garot, député de la Mayenne, membre de la commission de la défense nationale et des forces armées de l'Assemblée nationale
Patrice Joly, sénateur de la Nièvre, membre de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat
Gisèle Jourda, sénatrice de l'Aude, vice-Présidente de la commission des affaires européennes, membre de la délégation parlementaire au renseignement et de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat
Didier Marie, sénateur de la Seine-Maritime, vice-Président de la commission des affaires européennes et membre de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat
Marie Récalde, députée de la Gironde, secrétaire de la commission de la défense nationale et des forces armées de l'Assemblée nationale, secrétaire nationale adjointe à la défense nationale du Parti socialiste
Aurélien Rousseau, député des Yvelines, vice-Président de la délégation parlementaire au renseignement et membre de la commission de la défense nationale et des forces armées de l'Assemblée nationale
Sébastien Saint-Pasteur, député de la Gironde et membre de la commission de la défense nationale et des forces armées de l'Assemblée nationale
Isabelle Santiago, députée du Val-de-Marne et membre de la commission de la défense nationale et des forces armées de l'Assemblée nationale
Thierry Sother, député du Bas-Rhin et membre de la commission de la défense nationale et des forces armées de l'Assemblée nationale
Mickaël Vallet, sénateur de la Charente-Maritime, secrétaire du Sénat, membre de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat
Jean-Marc Vayssouze-Faure, sénateur du Lot, secrétaire de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat
Par un collectif de 18 parlementaires socialistes*