Pétrole  : nouveau revirement stratégique de la Russie

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Gérard Vespierre.
Gérard Vespierre. (Crédits : Valérie Semensatis)
IDEE. En réponse au « niet » de Moscou, le 6 mars, de diminuer la production russe, l'Arabie Saoudite a immédiatement baissé ses prix. Le résultat fut un écroulement du prix du baril. Quatre semaines plus tard, le président russe veut stabiliser le marché en réduisant sa production. Pourquoi ce revirement stratégique, et comment s'est-il mis en place ? Par Gérard Vespierre (*) Directeur de Recherche à la FEMO, Fondation d'Etudes pour le Moyen-Orient, Président de Strategic Conseils.

La décision du Kremlin de refuser la réduction de production de l'OPEP, le 6 mars, a créer une situation nouvelle dans le marché pétrolier mondial. La réduction proposée par Riyad avait pour objectif d'absorber la baisse de consommation chinoise et de maintenir les prix. La Russie, et singulièrement Igor Setchine, président de Rosneft, ont décidé de redistribuer les cartes. En maintenant sa production et donc enclenchant une baisse des prix, la Russie déclarait ouvertement la guerre aux producteurs américains de pétrole de schiste. L'objectif était clair. Il consistait à créer une situation de marché, avec production haute et donc prix bas. Cette option devait conduire de très nombreux producteurs des Etats-Unis à la faillite ! Comment et pourquoi cette orientation russe s'est-elle mise en place ?

Objectif et stratégie russe

Igor Setchine fut très clair, la Russie veut interrompre la progression de la part de marché américaine et même la réduire. Cette dernière est en effet passée, au cours de ces 10 dernières années, de 7% à plus de 14%, au détriment notamment de la Russie et de l'Arabie Saoudite. La disparition de plusieurs millions de barils par jour de la production américaine, car c'est de ce niveau de volume dont il s'agit, ferait perdre aux Etats-Unis de nombreux points de part de marché. La Russie, et l'Arabie Saoudite, les regagnant à leur profit.

Cette stratégie de combat, de guerre, car c'est de cela dont il s'agit, s'est affichée par la décision du 6 mars. Mais elle avait été encore plus ostensiblement exprimée 48 heures plus tôt, à la fin de l'ultime réunion de préparation russe.

Présidée par Vladimir Poutine, cette réunion s'est déroulée le 4 mars à l'aéroport de Moscou. Un des participants a résumé, on ne peut plus clairement, la vision générale: « On va leur faire voir ». « On » signifie naturellement la Russie, et « leur » les producteurs américains de pétrole de schiste....!

Cette stratégie d'affrontement avec les producteurs américains de pétrole de schiste est-elle née à l'approche de la réunion du l'OPEP du 6 mars ? Pas du tout.

Il suffit de reprendre les déclarations du ministre russe de l'Energie le 28 décembre 2019, soit plus de deux mois avant le « désaccord » de Vienne. Alexander Novak, ce jour-là, a en effet très clairement exprimé que « nous ne pourrons pas indéfiniment continuer à baisser les volumes de production. Il faut se préparer l'an prochain à de nouvelles orientations ». La période festive et cet étonnant retournement de stratégie ne permirent pas à cette déclaration d'être sérieusement considérée. Rétrospectivement, elle apparaît de la plus grande importance.

Et maintenant, Vladimir Poutine avalise un nouveau changement de stratégie. Il propose une diminution, même très importante (10 millions de barils par jour) des volumes de production dans le monde.

Pourquoi un tel revirement en... 4 semaines ? Il y a pour expliquer ce nouveau choix de très nombreuses raisons, le « timing », l'économie russe, et les difficultés de ses alliés.

Le manque d'actualisation

Comme il vient d'être rappelé, la stratégie de ré-augmentation des niveaux de production de pétrole russe a été exprimée par Alexander Novak en fin d'année 2019. Elle fut donc préparée et arrêtée dans la deuxième moitié de l'an passé. A cette période, y avait-il une menace de Covid-19 ? Absolument aucune.

En outre, le 4 mars, quand fut décidé cette nouvelle stratégie, l'Etat russe ne considérait nullement le Covid-19 comme une menace réelle, ni pour la Russie, et encore moins pour le reste du monde.

Or, le marché pétrolier, en quelques semaines, à cause du Covid-19, est passé d'une baisse de consommation chinoise de 2 à 3 millions de barils par jour, à une forte réduction de la demande mondiale, dépassant les 10 millions de baril jour.

Planifiée dans un environnement pétrolier mondial « normal », et de croissance, la décision russe s'est retrouvée mise en œuvre dans un marché mondial « anormal » et en forte régression.

Cette situation non prévue a créé un écroulement du prix du baril, qui est passé, pour le Brent, sous le seuil des 30 dollars pendant 3 semaines.

Les répercussions sur la Russie devenaient inévitables...

L'impact sur l'économie russe

Les déclarations russes ont souvent repris au début du mois de mars la notion de marge confortable pour l'économie russe et son budget équilibré sur la base d'un baril à 42 dollars. Mais un baril à moins de 30 dollars créait une situation non acceptable.

Dans un précédent article paru le 17 mars, Pétrole : la Russie a-t-elle tout prévu ?, nous évoquions un réel étonnement vis-à-vis de ce niveau de parité budgétaire, alors que le cours moyen du baril s'était établi à 69 dollars en 2018 et 65 dollars en 2019 ! Mais au-delà de la question de l'hypothétique équilibre du budget, c'est le risque sur la monnaie russe qui devient primordial, et sa conséquence immédiate, le retour de l'inflation.

L'impact du cours du pétrole sur le Rouble est en effet bien connu depuis 5 ans. Il suit une parfaire corrélation avec les hauts et bas du prix du baril. Coté 67 Roubles pour 1 Euro au début du mois de janvier, il est descendu à 88 Roubles, pour s'établir ce jeudi à 80 soit une dévaluation de 16%.

Ce niveau de dévaluation peut être acceptable, quelques jours, quelques semaines, mais pas plusieurs mois, car il impacte directement le prix à la consommation sur tous les produits importés. Il devient donc pour la Russie nécessaire de résorber la crise pétrolière qu'elle a lancée.

Ces conséquences financières et économiques se sont traduites dans la communication russe. Initialement, les acteurs pétroliers ont eu la parole, à l'exemple d'Igor Setchine président de Rosneft. Maintenant ce sont les financiers qui s'expriment, en particulier Kirill Dimitriev, président du fonds souverain russe d'investissement. Changement de discours, changement de communicant, changement de stratégie...

Kirill Dmitriev a affirmé, au lendemain de la réunion du G20, fin mars, que si d'autres pays rejoignaient l'initiative (de baisse de production) un nouvel accord dans le cadre de l'OPEP+ serait possible. «Des actions conjointes entre pays sont nécessaires pour rétablir l'économie mondiale».

Du « niet » unilatéral, le Kremlin s'est tourné vers la négociation multilatérale.

Mais, la Russie n'est pas la seule à subir les conséquences de sa décision du 6 mars.

Les difficultés des alliés de la Russie

L'Algérie est particulièrement proche de Moscou. Difficile d'imaginer que ces relations privilégiées n'aient pas été utilisées pour passer quelques messages, afin de faire remonter les cours. L'Algérie voit depuis plusieurs années fondre ses réserves en devises, employées à soutenir une très difficile situation économique. Depuis 2015 et la baisse du prix du baril, ce sont plus de 100 milliards de dollars qui ont ainsi été « brûlés » au rythme de 20 à 25 milliards de dollars par an ! Absolument insoutenable.

De l'autre côté de l'Atlantique, un autre allié de la Russie est aussi dans une situation insoutenable, le Venezuela, un des 5 pays fondateurs de l'OPEP, avec en plus des exportations très réduites par les sanctions américaines. Cette situation est intenable.

Sans aller aussi loin, le Kazakhstan, l'Azerbaïdjan, très dépendants de leurs exportations de pétrole, et proches de Moscou ne peuvent que demander un changement de la stratégie russe, et une remontée des prix.

L'effondrement des cours en deçà des planchers escomptés, les nécessités économiques intérieures, et les pressions extérieures expliquent donc la rapidité et la radicalité du changement du cap stratégique du Kremlin.

Il convient d'ajouter également la rapidité et la force de la réponse saoudienne à la décision russe du 6 mars

Le « blitzkrieg » saoudien

Il n'est pas inutile de préciser que tous les experts et observateurs du marché pétrolier ont été plus que surpris de la réactivité saoudienne. Quelques heures après la décision russe du 6 mars, Riyad annonçait en effet une réponse à deux gâchettes : baisse immédiate de ses prix, et annonce d'une hausse de production de 2 millions de barils par jour à partir du 1er avril...

La rapidité de la réaction et sa puissance allaient produire une plongée immédiate des cours. Tel était le but recherché.

Moscou était pris au piège de sa propre stratégie. Tel était l'autre but recherché. En moins de 3 semaines, Vladimir Poutine se disait favorable à une diminution de production, qu'il avait refusé le 6 mars, opérant ainsi un changement de cap à 180°.

Le « Blitzkrieg » pétrolier saoudien était couronné de succès en moins d'un mois. Les négociateurs russes sont de retour « autour de la table », avec une volonté de négocier une baisse des volumes de production. Ces faits s'opposent aux commentaires de Philippe Chalmin, qualifiant « d'irresponsable » la stratégie saoudienne (Challenges). Elle a au contraire pleinement réussi et atteint son but : faire changer de 180° la stratégie russe, et amener Moscou à reprendre des négociations organisant des baisses de production.

La stratégie saoudienne a-t-elle été élaborée en moins de 24 heures ? Certainement pas.

ll serait naïf de considérer les décisions saoudiennes comme relevant d'une partie de dés, joué par un seul homme, le Prince héritier, Mohammed ben Salman. L'Arabie Saoudite dispose de la première compagnie pétrolière du monde, par le chiffre d'affaires et les profits. Saudi Aramco est puissamment organisée et sa direction financière est dotée d'un département « Stratégie et Développement ». C'est donc très probablement au sein de cette structure que fut étudiée et préparée la réponse au changement de cap annoncé, dès fin 2019, par la Russie.

Un process classique d'entreprise, aboutissant à une décision, et qui s'oppose à la description d'une « réaction solitaire » et « brutale », prise par « un adolescent despotique », MBS, prince héritier, comme le décrit Philippe Chalmin.

De nouvelles négociations internationales ont été reconduites qui n'avaient ce dimanche pas encore abouti.

L'implication américaine

Quand aux Etats-Unis, il est de l'intérêt de Washington de voir les cours du baril se reprendre de façon significative. Les tweets du président des Etats-Unis ont déjà œuvré dans ce sens, la semaine passée.

Mais la structure américaine, libérale et décentralisée, se situe à l'opposé de la structure des « sociétés d'Etat » russes et saoudienne. Les milliers d'entreprises américaines impliquées dans le pétrole de schiste, et la loi anti-trust, rendent impossible toute décision présidentielle, ou gouvernementale, autoritaire et verticale. La loi du marché se doit d'opérer, ce qu'elle a commencé à faire.

Les premiers signes sont venus de la diminution depuis mi-mars du nombre de machines de forage. De 815, il y a 3 semaines, leur nombre est descendu à 603 le 9 avril, soit 26% de baisse.

Parallèlement, la production américaine a baissé fortement pour la première fois, de 600.000 barils, passant de 13 à 12,4 millions de barils par jour, selon les statistiques parues le 8 avril.

Les Etats-Unis ne sont donc pas les mains vides dans des négociations de réduction de production.

Il y a également des possibilités de contacts directs entre la structure réunissant les producteurs texans et les autorités russes, et de tels échanges ont déjà eu lieu. La loi anti-trust n'interdit pas de parler avec la Russie...

Des décisions importantes pour l'ensemble du secteur pétrolier mondial sont donc à l'aube d'être prises.

Non pas par l'OPEP, ni l'OPEP+, mais paradoxalement par un OPEP++.

Un aboutissement, certes ponctuel, mais un résultat que la Russie n'avait sûrement pas prévu en prenant sa décision le 6 mars !

 _________

(*) Diplômé de l'ISC Paris, Maîtrise de gestion, DEA Finances, Paris Dauphine.
Auteur du site : www.le-monde-decrypte.com

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Commentaires
a écrit le 14/04/2020 à 17:09 :
l’Algérie restée au temps de la préhistoire du pétrole ne pourrait pas redresser (un peu) la tête si les russes n'étaient pas là ! Sans liberté économique pas de résultats !
a écrit le 14/04/2020 à 13:22 :
L'article résume simplement le résultat des négociations à un échec pour la Russie, un parti pris (habituel) qui ne correspond pas à la réalité. Il a échappé à l'auteur que personne n'est gagnant dans cette affaire, sauf les consommateurs qui bénéficient des prix en baisse en raison de la baisse de la demande. Les États Unis, avec leur politique de sanctions impériales envers les pays non alignés, ne peuvent plus contrôler seuls la politique énergétique mondiale. D'autre part, ils doivent se préparer à la faillite de leur industrie de pétrole de schistes. La planche à billets compensera, comme d'hab !
a écrit le 13/04/2020 à 16:27 :
Il est très facile de dire qu'on réduit la production alors que les capacités de stockage s'épuisent. Je ne suis pas sûr que la décision de Poutine soit contrainte par l'Arabie Saoudite ou par les Etats Unis. Il se peut que Trump ait mis aussi quelque chose dans la balance pour obtenir la diminution de la production russe. Toujours est-il, que bientôt il y aura un autre accord pour diminuer la production, faute de possibilité de stockage.
Réponse de le 13/04/2020 à 19:11 :
Il se peut que Trump ait mis quelque chose ? Il se peut aussi qu'il n'ait rien mis parce qu'il n'a rien à mettre. La guerre c'était entre la russie et l'Arabie Saoudite.
Les russes ne se seraient pas privés de le crier sur tous les toits si les USA avaient concrètement mis quoique ce soit sur la table.
Inutile de chercher midi à 13h. La russie n'a pas tenu longtemps et à cédé vite fait. Elle avait hyper besoin de cet accord. Peut-être ne le savez-vous pas, mais la russie perdait 150 millions de dollars par jour à cause de cette guerre. En plus du fait qu'elle ne vendait pratiquement plus de pétrole. L'Arabie Saoudite proposant directement du pétrole hyper moins cher aux clients de la russie.
L'Arabie Saoudite à gagné sur toute la ligne. Faut trouver autre chose pour sauver la face.
a écrit le 13/04/2020 à 12:07 :
Commentaire vu sur l'éducation enligne:

"Oskar Lafontaine
le Sat Apr 11 2020 22:22:22 GMT+0800 (CST)

Ne pas perdre de vue qu'à l'origine de l'effondrement du cours du baril de pétrole, avant même le coronavirus, il y avait déjà excès d'offre par rapport à la demande et que la réduction de production était déjà à l'ordre du jour, mais Poutine, en plus de tous ses autres défauts, piètre anticipateur des réalités du marché du pétrole, avait cru malin de refuser de réduire la production russe de pétrole, et c'est bien ce qui déclencha la "guerre du pétrole" avec l'Arabie saoudite, le coronavirus n'ayant fait, en précipitant la baisse de la demande, qu'accélérer la chute.
Au final, et Poutine ayant perdu sur toute la ligne, la Russie doit accepter une baisse de sa production pétrolière de cinq à dix fois supérieure à ce que Poutine refusa début mars.
Et certains osent le considérer comme presque un "génie", on croit rêver. Ce type est bien plutôt une catastrophe ambulante et pour la Russie d'abord."
Réponse de le 13/04/2020 à 16:02 :
Je voulais dire "Commentaire vu sur LEFIGARO enligne"
Réponse de le 14/04/2020 à 0:58 :
Vive la Russie
Réponse de le 14/04/2020 à 7:42 :
Vive l'Arabie Saoudite
a écrit le 13/04/2020 à 8:40 :
Les nouveaux suzerains du marché de l'or noir, l'opep+ou++ est morte, texans et russes font la guerre, de vendeurs d'armes qui se transforme en suzerains de pétrole, il ya une decenie que l'opep, à leur tête l'Arabie saoudite, aurait décidé d'imposer un prix plancher de 65,65 $, comme un prix de référence non franchissable quelque soit la situation économique, le dumping est devenu un vilain verus du monde des bourses !
a écrit le 13/04/2020 à 7:02 :
Article hyper objectif. Bravo
a écrit le 13/04/2020 à 0:48 :
Article objectif et intéressant mais qui ne me semble pas convaincant.
Comment imaginer une seule seconde que les Russes n'aient pas prévu les conséquences que vous citez (budget déficitaire, alliés en difficulté etc.) ? On peut penser tout ce qu'on veut de Poutine mais tout le monde s'accorde à dire que c'est un fin stratège qui voit plusieurs coups à l'avance.
Tout cela était donc prévu et il y a forcément autre chose. Je ne serais pas étonné si l'on apprenait dans quelques semaines un allègement des sanctions, sur le Nord Stream II par exemple...
Réponse de le 13/04/2020 à 9:03 :
Poutine est un fin stratège de la propagande uniquement. Sinon, il navigue à vue en pensant plus à lui-même qu'à son pays. Des milliers d'exemples et de faits réels sont là pour prouver ceci.
Réponse de le 13/04/2020 à 11:32 :
> mais tout le monde s'accorde à dire que c'est un fin stratège qui voit plusieurs coups à l'avance.

Tout le monde, c'est la propagande russe et ce qui reçoivent l'argent russe. La réalité est tout l'autre, il est difficile de trouver des exemples (mais pas impossible, certes) où il a démontré la moindre capacité de stratège.
a écrit le 12/04/2020 à 21:15 :
La réduction de la production était de fait inéluctable ... les capacités de stockage débordent.
Au mieux, ils ne peuvent plus écouler que ce qui est consommé.
Dit autrement, si ils remontent les prix, il suffit que les acheteurs qui ont suffisamment de réserves n'achètent plus ... et les cours rechuteront.
a écrit le 12/04/2020 à 20:29 :
Bon article, bien documenté mais qui je pense passe à côté de ce qu'est vraiment la stratégie russe. Je crois que Russe et Saoudiens se sont rapprochés en 2019 et ont élaboré une stratégie de lutte commune contre le schiste américain qui prenait une part des marchés traditionnels des deux pays, avec en plus les sanctions humiliantes pour Moscou. Russes et Saoudiens ont donc profité de la baisse de consommation chinoise pour mettre en place leur stratégie en simulant un conflit entre eux pour ne pas afficher une hostilité trop évidente aux américains. Les saoudiens pouvaient difficilement faire autrement et les américains ne pouvaient pas les critiquer de s'attaquer à leur enemies russes.
La baisse des prix à été certainement plus rapide et importante que prévue mais cela n'est pas mauvais en soit, au contraire, cela met à terre plus rapidement les producteurs américains et permet d'envisager une remontée des prix plus rapidement.
Je crois que le but recherché est une redistribution des cartes aux EU avec les grands groupes pétroliers traditionnels qui reprendront les producteurs de schiste en faillite. Avec eux, parce qu'ils ont des intérêts importants dans la production de pétrole traditionnel russes et saoudiens pourront s'entendre pour réguler le marché et permettre aux prix de rester rémunérateurs pour tous sans déboucher sur une guerre pour les parts de marché.
Réponse de le 12/04/2020 à 21:08 :
@Jack: Votre conception est jolie, mais elle ne colle pas avec les faits, certes, peu connus. Lors de ce conflit, L'Arabie Saoudite a particulièrement cherché de couler les exportations russes. Il y a eu une période de plus de deux semaines quand la Russie n'a vendu aucun baril en provenance du port de Saint-Pétersbourg (donc, surtout pour l'Europe), parce que les Saoudites donnaient des remises encore plus importantes à tous clients de la Russie. Encore un signe: La Biélorussie, pourtant en conflit avec la Russie à ce moment, a acheté le pétrole russe pour 4 dollars/baril pendant cette période.
Effectivement, c'est un fait que Poutine et MBS s'entendaient bien, mais c'est aussi la cause qui a amplifié la colère de MBS après que la Russie a claqué la porte du sommet de l'OPEP, malgré un effort demandé assez faible, en plus, selon certaine information, MBS a essayé de joindre Poutine, mais le dernier a ignoré son appel et est parti pour se reposer.
Pour ce qui concerne les grands groupes américains et les petits producteurs de schiste, c'est un sujet probable.
a écrit le 12/04/2020 à 19:12 :
Bon article, mais quelques points à ajouter.
a). A la réunion de Poutine avec les capitaines du pétrole qui s'est déroulée le 4 mars à l'aéroport Vnoukovo, la majorité d’eux était contre cette stratégie, selon le vice-président de Lukoil L. Fedoun et d’autres sources non citées. Ce n’est pas étonnant, il est évident que l’industrie du pétrole de schiste est très flexible, la production peut être rapidement diminuée ou augmentée, mais ce n’est pas le cas pour la plupart de gisements classiques. Ainsi, oui, en subissant des pertes, on peut créer les difficultés pour l’industrie de schiste à court terme, mais au cas de la hausse de prix du brut elle repartira. Mais Setchine et Poutine ont imposé leur point de vue. Il y a aussi des rumeurs que Setchine avait besoin de la hausse de production suite aux problèmes avec le pétrole de Venezuela (production + sanctions contre les intermédiaires) vendu comme celui de Rosneft (donc, il en avait besoin pour respecter les contrats).
b). > la description d'une « réaction solitaire » et « brutale », prise par « un adolescent despotique », MBS, prince héritier…
La réaction a été certes brutale, mais pas sans raison et calculée.
D’après certaines infos, la Russie n’a pas seulement claqué la porte lors du sommet de l’OPEP (la seule et d’une manière difficile à avaler), mais aussi Poutine a refusé de discuter avec MBS quand le dernier a essayé de le joindre après le sommet par téléphone ce que MBS n’a pas avalé surtout que leurs relations étaient bonnes.
Mais derrière il y a une stratégie de cette blitzkrieg. Déjà l’Arabie Saoudite attaquait surtout la Russie en cherchant ces acheteurs et en proposant de très grosses remises, donc, elle a cherché à minimiser l’impact sur les autres. Ensuite, elle a gonflé sa production afin d’avoir une possibilité de la réduire facilement suite à un accord futur. En réalité, malgré une forte diminution officielle, elle sera presque au niveau avant ce conflit, tandis que la Russie qui n’a pas de marge de manœuvre au niveau de la production sera obligée de la réduire fortement.
c). La Russie a perdu cette guerre, malgré que sa propagande essaie de dire le contraire. Cependant, ses pertes peuvent être limitées. Dans le passé la Russie a déjà annoncé plusieurs fois la réduction de la production, mais en réalité rien ne s’est passé, les déclarations communes avec l’OPEP étaient suffisantes pour maintenir le cours. En plus, la réduction est difficile de réaliser techniquement sur une bonne part de gisements russes avec un risque de les dégrader. Donc, probablement, cette fois la Russie fera pareil, peut-être en baissant légèrement la production. Le problème est que si cette fois les autres joueurs décident que cette fois c’est trop, les sanctions contre le secteur pétrolier de la Russie deviennent probables.
Réponse de le 12/04/2020 à 22:52 :
Je ne suis pas d'accord avec l'ex-moscovite pour deux raisons
La première les exemples cités ne sont pas convainquant.
La Biélorussie est en discussion avec la Russie sur le prix du pétrole livré depuis que le système de taxation du pétrole a changé en Russie, l'argument des bielorusses qui n'est pas sans valeur est que puisque leur pays fait partie de l'union douanière il n'y a pas de raison qu'ils payent le prix du pétrole augmenté des taxes à l'exportation. Ils veulent le même prix qu'en Russie. Dans le cadre d'une solution à ce problème il est possible que la Russie compense temporairement le trop payé avec des prix bas.
Avec un rouble à 76/$ le prix de production russe est au maximum à 15$ et le budget fédéral est équilibré avec un pétrole à 35, il n'y a pas le feu au lac !!
Deuxième argument il ne faut pas confondre la quotation de la bourse et le prix des livraisons physiques surtout spots. Le pétrole est aujourd'hui vendu avec de gros rabais par rapport au premier mois quoté sur les deux bourses. Des transactions se font même aux États-Unis à des prix négatifs.
La compétition sur le marché du spot n'est donc pas inhabituelle pour des livraisons en tankers mais les russes livrent l'essentiel de leur pétrole par pipe.
Afficher la mésentente va de toute façon dans le sens de mon argument qu'il s'agit d'un jeu, d'une pièce de théâtre, jouée par les russes et les saoudiens pour affoler le marché et surtout dégoûter les banques américaines qui financent l'exploitation du schiste
Réponse de le 13/04/2020 à 0:09 :
@Ex Moscovite :Je ne partage pas le point de vue qui est de considérer que la flexibilité de l'industrie du pétrole de schiste lui permettra de repartir facilement et de se stabiliser à la suite du cours qui remonterait.
Cette industrie demande beaucoup de financements et les financiers ont horreur du risque politique aléatoire :
La Russie vient de démontrer qu'elle peut agir sur les cours avec une force destructrice de l'industrie du pétrole de schiste américain.
De plus la Russie vient de créer une nouvelle compagnie publique pétrolière qui a racheté la branche Vénézuelienne du Russe Rosneft qui était visée par Washington.
En clair la Russie a un accès privilégié sur 296 milliards de barils que sont les réserves Vénézuéliennes , lesquelles sont supérieures à celles de l'Arabie Saoudite.
Ajoutez les aux réserves Russes , et vous aurez le tourni.
La Russie gardera donc une influence stratégique sur les cours après la disparition du Coronavirus.
-Surtout avec nos amis Russes, ne regardez pas les pions qu'ils vont perdre dans une partie pour essayer de l'interpréter, mais regardez le résultat.
-Washington reçoit le boomerang des sanctions américaines contre la Russie dont la cause sont les conséquences de la déstabilisation américaine illégale de l'Ukraine ; déstabilisation financière et politique par les 5 milliards reconnus en 2014 par Victoria Nuland (ex vice Secrétaire d'État Américaine chargée de l'Europe) comme ayant été dépensés (a t'elle dit) en 2 décennies par les États Unis pour accrocher l'Ukraine à l'Europe.
...c'est à dire en traduisant : pour essayer de prendre aux Russes la base stratégique navale de Sébastopol qui est leur seul accès aux mers chaudes.
Pascal Rendu Présidentielle 2022
Réponse de le 13/04/2020 à 7:22 :
@Ex-moscovite: Très très très bonne analyse. Merci et bravo.
Réponse de le 13/04/2020 à 12:30 :
@Jack: Le fait est que la Russie ne pouvait rien vendre de son gros point d’exportation. Oui, tout le monde pratique de gros rabais en ce moment, mais les Saoudites visaient particulièrement la Russie, ainsi, personne ne voulait acheter le pétrole russe. Quelques exemples de prix négatifs au E.-U., ce n’est pas pareil par rapport au hub principal de la Russie. Pour ce qui concerne la Biélorussie, je n’ai pas détaillé, mais la vente de millions tons à la Biélorussie à 4 dollars/baril était pour la cause la possibilité écouler quelque chose et l’utiliser comme intermédiaire. Les détails du conflit entre la Russie et la Biélorussie ne sont pas importants ici, je suis d’accord avec vous sur les faits, même s’il y a des choses importantes à rajouter.
Par contre, la phrase sur 15$ du coût et 35$ de l’équilibre budgétaire me semble douteuse. 15$, c’est sur les meilleurs gisements avec les taxes à zéro. La moyenne est bien supérieure, surtout si on prend bien en compte l’amortissement, pour beaucoup de gisements c’est tout à fait comparable avec le pétrole de schiste. En plus, le coût de production ne diminue pas pour autant avec la baisse de rouble. Et un moment essentiel, le budget russes est, certes, important, mais les sommes que les notables russes mettent dans leurs poches, c’est bien plus important. Et là, il y a un soucis.
Pour ce qui concerne l’essai de dégoûter les banques américaines qui financent l'exploitation du schiste, c’est une vision court-termiste. Oui, plusieurs exploitants du schiste feront faillite, mais ils seront rachetés par des grands groupes qui n’ont pas de problèmes avec le financement, et dès que le prix repart à la hausse, le pétrole de schiste revient dans la course. En moyen terme, la stratégie de couler le schiste est vouée à l’échec. Récemment, l’industrie de schiste a montré sa capacité de survivre, même si la crise a été bien moindre.
Pour ce qui concerne le jeu, comme j’ai dit, l’hypothèse est jolie, mais vous surestimez largement le niveau des Russes pour jouer ce jeu. Je vais terminer par citer de nouveau Leonid Fedoun, le vice-président de Lukoil, sur le compromis trouvé : « Chaque compromis a, certes, toujours deux côtés – positive et négative. Je l’aurais comparé (pour nous) avec le traité de Brest-Litovsk de 1918, quand les bolcheviques ont été obligés de trouvé un accord avec l’Allemagne ». Celui qui connait les conditions extrêmement dures qui ont été imposés par les Allemands à la Russie bolchevique, comprend que M. Fedoun ne le considère pas comme une victoire.
Réponse de le 13/04/2020 à 13:07 :
@PASCAL RENDU: Désolé, mais votre remarque contient tellement de l’information issue de la propagande russe qu’il est difficile de la considérer sérieusement.
Pour ce qui concerne l’essai de dégoûter les banques américaines qui financent l'exploitation du schiste, c’est une vision court-termiste. Oui, plusieurs exploitants du schiste feront probablement faillite, mais ils seront rachetés par des grands groupes qui n’ont pas de problèmes avec le financement, et dès que le prix repart à la hausse, le pétrole de schiste reviendra dans la course. En moyen terme, la stratégie de couler le schiste est vouée à l’échec. Récemment, l’industrie de schiste a montré sa capacité de survivre et s’adapter, même si la crise précédente a été bien moindre. En plus, les Etats-Unis sont un importateur net du pétrole, ainsi, même s’il y a des problèmes pour l’industrie de schiste, la baisse de pétrole est bénéfique pour l’économie américaine.

>De plus la Russie vient de créer une nouvelle compagnie publique pétrolière qui a racheté la branche Vénézuélienne du Russe Rosneft qui était visée par Washington.

Effectivement, c’est ce que j’ai dit. Suite aux sanctions, ils ont été obligés de faire des manœuvres avec les dépenses importantes pour l’Etat russe. Pour ce qui concerne la phrase sur 296 milliards de barils des réserves Vénézuéliennes, c’est un bon signe de l’incompétence. L’industrie pétrolier de Venezuela est dans un état catastrophique, ces reserves sont inexploitables à moyen treme, et le pays même est un « failed state » dirigé par des narcotrafiquants incapables.

>Surtout avec nos amis Russes, ne regardez pas les pions qu'ils vont perdre dans une partie pour essayer de l'interpréter, mais regardez le résultat.

C’est un argument très populaire dans la propagande russe. Je l’observe depuis plusieurs années. A quelques exceptions près, c’est le parcours d’un échec à un autre. Par exemple, six années sans croissance et de la baisse de pouvoir d’achat de ménages même selon la statistique russe complètement bidonne, l’impasse et les défaites en Ukraine, des conflits permanents avec tous les partenaires et les alliés.

Je vais terminer par citer de nouveau Leonid Fedoun, vice-président de Lukoil, sur le compromis trouvé : « Chaque compromis a, certes, toujours deux côtés – positive et négative. Je l’aurais comparé (pour nous) avec le traité de Brest-Litovsk de 1918, quand les bolcheviques avaient été obligés de trouvé un accord avec l’Allemagne ». Pour celui qui connait les conditions extrêmement dures imposées par les Allemands à la Russie bolchevique, doit comprendre que M. Fedoun le considère comme un gros échec.
a écrit le 12/04/2020 à 17:09 :
Quand finira-ton avec ce chantage permanent sur les économies par des pays qui ont une économie fonctionnant comme un racket permanent de type mafieux sur les économies des pays.
Les richesses du sous sol sont une partie de la planète, avec effet sur l'environnement, ils n'ont pas à en disposer comme bon leur semble.
Ces pays doivent construire leur économie et ne pas vivre sur une spéculation permanente.
a écrit le 12/04/2020 à 16:39 :
La morale de tout cela, c'est que plupart des pays producteurs de pétrole sont dans une fuite en avant. Ils ne savent plus quoi faire pour maintenir leur PIB, qui va finir par inexorablement baisser. Mais ces pays sont dans une logique de "Encore un instant, monsieur le bourreau". Là dedans, évidemment, l'écologie est totalement oubliée.
Réponse de le 12/04/2020 à 16:58 :
L'Australie compte beaucoup sur le charbon qu'elle consomme et exporte, la Pologne se chauffe et produit de l'électricité au charbon, ressource naturelle extraite par des gens qualifiés pour ça, comment "basculer" par raison vertueuse ? Et se "condamner" financièrement (la Pologne voudrait 500 milliards de l'UE, je crois, pour se décarboner, ou acheter des avions US :-) ).
Le pétrole même si ça sort en filet dans le futur il leur faudra bien trouver une "solution" pour moins voire ne plus se reposer dessus.
a écrit le 12/04/2020 à 16:37 :
Le conseil de développement stratégique de l'Aramco s'appelle la CIA. Le royaume americano saoudien connait une situation économique particulièrement difficile, et a les plus grande difficultés a boucler son budget national. Poutine à l'occasion unique de couler par le fond se tandeme de vautour que sont les Usaoudies. 2 ans d'inflation ou 30 années à subir les pétroles de shistes US, peut-être que les russes hésiterons moins que vous le pensez a appuyer sur la détente, augmentation de la production. Asalamaleikum.
Réponse de le 12/04/2020 à 20:55 :
@Hawat: Les russes ont déjà perdu cette bataille, si vous ne l'avez pas remarqué. Leur coût de production est largement supérieure à celui de l'Arabie Saoudite et sur nombreux gisements il est tout à fait comparable à celui du schiste américain. En plus, ils n'ont pas de marge pour augmenter la production, la capacité actuelle est proche à la maximale.

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