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Pourquoi Merkel et le patronat allemand veulent des réfugiés

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Alexandre Mirlicourtois, Xerfi

Publié le 09 septembre 2016 à 12:20

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, pourquoi Merkel et le patronat allemand veulent des réfugiés.

Il ne faut pas être naïf, si l'Allemagne accueille à bras ouvert les migrants c'est qu'elle y trouve son compte. Bien entendu, on ne peut pas balayer d'un revers de main la dimension éthique, mais les intérêts bien compris de l'économie allemande tiennent une grande place dans ce choix. Les migrants c'est en effet une nouvelle opportunité historique de déjouer une fois de plus tous les pronostics sur le déclin démographique allemand et ses conséquences.

C'est un fait bien établi, en raison d'une faible fécondité (1,4 enfant par femme en moyenne ces 15 dernières années), le solde naturel allemand, c'est-à-dire la différence entre la naissance et les décès est structurellement déficitaire depuis 1972. En cumul, cela représente 5 millions de personnes en moins. Cela n'a pourtant pas empêchée la population allemande de s'accroitre de 20 millions d'habitants.

L'histoire est passée par là : la réunification en 1989 apporte 14 millions de personnes supplémentaires ; l'arrivée massive durant les années 90 d'Aussiedler ces Allemands vivant dans les pays du bloc de l'Est (Pologne et ex-URSS principalement) lui en procure 4 millions supplémentaires. La différence est le fait d'autres migrations.

La photo est trompeuse

L'essentiel de ce bond démographique s'effectue jusqu'au début des années 2000. Après, à partir de 2002, les flux migratoires ne compensent pas le déficit naturel et la population décline et l'Allemagne perd 1 million trois cents mille habitants entre 2002 et 2010. A titre de comparaison la France en gagne quasiment 3. Là c'est certain vieillissement et déclin sont assurés et certaines projections vont jusqu'à prévoir que la population française doublerait celle de l'Allemagne en 2045. Ce tableau ne correspond plus à la réalité et depuis 2013 la population allemande croit plus vite que celle de la France et même maintenant beaucoup plus vite : à peine 300.000 de plus pour nous en 2015, près de 1 million pour eux.

Pas de miracle, les Allemands ont décidé de mener une politique très active d'immigration. Et les chiffres sont spectaculaires. Le solde migratoire, c'est-à-dire la différence entre l'émigration et l'immigration, a bondi. En 2010, il atteignait 128 000 personnes, puis 280 000 en 2011, la barre des 300 000 est franchie en 2012, celle des 500 000 en 2014 puis le million en 2015, record absolu !

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Tout se passe comme si ce pays devenait une gigantesque pompe aspirante à main d'œuvre. Jusqu'en 2015, le gros des contingents sont formés d'une main d'œuvre qualifiée en provenance, pour l'essentiel de l'Union européenne, voire de Russie. Il y a, bien sûr, les immigrés des pays de l'Est, souvent pour assurer des emplois de services mais aussi entrée massive de jeunes diplômés provenant d'Espagne, du Portugal, de Grèce, d'Italie voire de France. Des jeunes, qui ne trouvent plus ou pas assez d'emplois chez eux et qui sont recrutés par les groupes allemands.

Pour l'Allemagne, c'est tout bénéfice !

Cette main d'œuvre jeune et qualifiée ne lui a rien couté en formation ; 2 cela va l'aider à éponger le déficit de main d'œuvre dans un pays où 46% des chefs d'entreprises déclarent avoir des problèmes de recrutement. Leurs cotisations, leurs impôts vont être directement injectés dans le système de protection sociale et financer le système de retraite. Enfin, c'est l'assurance d'augmenter le potentiel de croissance de la nation.

Bien entendu, avec l'accueil massif de réfugiés du Proche Orient depuis plusieurs mois la problématique n'est pas la même. Mais si c'est une population moins qualifiée elle est qualifiable. C'est bien pourquoi le gouvernement est bien décidé à leur facilité l'accès à l'hébergement et au marché du travail quitte à créer des dérogations qui peuvent choquer (les fameux des mini-jobs à 0,80 euros de l'heure). Un volontarisme qui fait écho au mot d'ordre du ministère du travail : un migrant qui reste en Allemagne n'a pas vocation à devenir un chômeur longue durée.

C'est très clair un migrant doit être un futur travailleur c'est bien sous cette condition que l'Allemagne est se conçoit comme une terre d'accueil.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

Alexandre Mirlicourtois, Xerfi

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