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Sans transformation radicale, l'industrie des lanceurs européens va droit dans le mur

Stanislas Maximin

Publié le 28 octobre 2024 à 06:00 - Mis à jour le 28 octobre 2024 à 07:13

« Si rien ne change d'ici à la fin de la décennie, l'industrie européenne des lanceurs risque une disparition programmée, entraînant avec elle la perte de notre souveraineté spatiale  » (Stanislas Maximin, PDG de Latitude).

« Si rien ne change d'ici à la fin de la décennie, l'industrie européenne des lanceurs risque une disparition programmée, entraînant avec elle la perte de notre souveraineté spatiale » (Stanislas Maximin, PDG de Latitude).

DR

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

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OPINION - Le lanceur spatial super-lourd Starship fait trembler toute l'industrie des lanceurs européens. Pour Stanislas Maximin, PDG de Latitude, il faut changer complètement de paradigme. Sans transformation radicale, l'industrie des lanceurs européens va droit dans le mur. Par Stanislas Maximin, PDG et co-fondateur de Latitude.

Le lancement réussi de Starship il y a un peu plus d'une semaine a marqué une avancée planétaire qui redéfinit l'exploration spatiale. Face à ces progrès américains spectaculaires, l'Europe ne peut plus se permettre de rester spectateur ni de s'accrocher à des modèles dépassés. Si rien ne change d'ici à la fin de la décennie, l'industrie européenne des lanceurs risque une disparition programmée, entraînant avec elle la perte de notre souveraineté spatiale.

Une situation critique

Les succès de SpaceX et du lancement de Starship remettent en question ce que nous pensions acquis depuis plusieurs générations. Falcon 9 s'est posée après un lancement il y a presque 10 ans. Alors que nous sommes loin de rivaliser avec Falcon 9, Starship a déjà 15 ans d'avance sur le reste du monde. C'est un risque fatal pour les lanceurs européens, mais également une extraordinaire opportunité que nous devons saisir pour encourager de nouveaux modèles, de nouvelles approches, et permettre à une génération de nouveaux acteurs de repousser les limites de l'innovation.

Pour garantir notre souveraineté à long terme, il ne suffit pas d'avoir un lanceur européen coûteux et financé sans compter par le contribuable. Nous avons besoin d'un lanceur capable de rivaliser sur la scène internationale — technologiquement, commercialement, économiquement, et industriellement. L'enjeu n'est pas seulement de développer une solution européenne, mais d'assurer que cette solution puisse perdurer face à une concurrence mondiale féroce. Et cela ne se fait pas en pariant tout sur un seul acteur.

Aujourd'hui, l'Europe dépend en grande partie de quelques acteurs historiques pour ses lancements spatiaux. Bien que ces entreprises aient contribué à des réalisations majeures, il est crucial de reconnaître que l'avenir de l'accès à l'espace ne peut être garanti qu'en changeant drastiquement le modèle existant. Sans transformation radicale, l'industrie des lanceurs européens va droit dans le mur.

Pour un modèle tourné vers l'avenir

Je le répète souvent : seule l'acceptation de la culture du risque permettra à l'Europe de faire émerger une alternative viable aux offres de lancement américaines. Les entreprises et les talents prêts à relever le défi sont déjà là. C'est le cas de Latitude où nous entamons le développement d'un lanceur lourd conçu pour répondre aux enjeux futurs, tout comme d'autres de nos confrères européens. Des financements émergent de même, comme le fonds d'investissement Expansion. Cela prouve la viabilité d'un modèle privé-public, réduisant considérablement l'empreinte budgétaire. Seul un cadre innovant permettra à ces initiatives de prendre les raccourcis nécessaires pour revenir sur le devant de la scène.

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Un point essentiel : ce modèle ne doit pas être confortable pour les acteurs. L'octroi de contrats gigantesques sans mécanisme de contrôle strict ni risque de pénalité mène à des développements où les retards sont trop souvent tolérés. Un modèle sain doit accepter l'échec, et donc des perdants. Investir dans l'innovation est indispensable, mais pas à n'importe quel prix. En ce sens, le CNES par la structure même de son contrat passé avec quatre nouveaux lanceurs, peut se poser comme un modèle du genre.

Mais, rappelons-le. Les Etats-Unis ont leurs spécificités. La Chine a ses spécificités. L'Inde a ses spécificités. Nous de même. En Europe, nos ingénieurs sont parmi les meilleurs au monde. Nous sommes présents sur la quasi-totalité de la chaîne de valeur spatiale. Nous disposons de législations, spatiales, adaptées aux enjeux de notre temps. Exploitons ces atouts.

Une prise de risque obligatoire

La question n'est plus de savoir si l'Europe doit prendre des risques, mais de reconnaître que c'est en évitant ces risques qu'elle s'est trouvée déclassée. En continuant à privilégier uniquement des solutions classiques, éprouvées, sans encourager une réelle prise de risques et de nouvelles approches, nous manquerons une opportunité unique.

Pour que l'Europe reste dans la course, chaque acteur, nouveau et ancien, doit avoir les moyens de participer à cette compétition. Il ne s'agit pas simplement de diversifier, mais de donner à tous les acteurs une chance de contribuer à la pérennité et à la compétitivité de l'industrie spatiale européenne. Il est nécessaire de faire émerger plusieurs champions.

Les politiques publiques et les décideurs doivent se tourner vers l'avenir avec confiance, en soutenant activement ces nouveaux acteurs prêts à innover et à proposer des solutions disruptives. Il en va de la survie de l'Europe sur la scène internationale et de sa capacité à faire face à une demande croissante pour des lancements plus fréquents, plus flexibles et moins coûteux.

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La question qui se pose est simple : voulons-nous rester à la traîne de la révolution spatiale en cours, ou voulons-nous être des leaders qui encouragent l'innovation en soutenant une nouvelle génération d'entreprises et en assurant la prospérité de notre continent ?

Stanislas Maximin

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