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Seuls les pays arabes producteurs de pétrole et de gaz qui ont misé sur la diversification garderont leur indépendance

Sébastien Boussois (*)

Publié le 02 mai 2020 à 10:31 - Mis à jour le 02 mai 2020 à 11:21

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Reuters

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OPINION. Face aux crises majeures à venir, quels pays du monde arabo-musulman peuvent amortir le mieux le choc ? Par Sébastien Boussois (*), docteur en sciences politiques, chercheur Moyen-Docteur en sciences politiques, chercheur Moyen-Orient relations euro-arabes/ terrorisme et radicalisation.

La crise économique et financière que traverse le monde depuis le début de la pandémie du Covid-19 est déjà pronostiquée comme la plus grave de l'après seconde Guerre Mondiale. Dans beaucoup de pays, l'effondrement guette. C'est le cas, notamment en particulier, pour les pays qui ont toujours construit leur économie sur la rente pétrolière et qui n'ont jamais entamé un profond et long processus de diversification économique et sociale. Il y a, il faut le reconnaître, des pays plus visionnaires que d'autres, moins corrompus, ou tout simplement persuadés qu'on ne peut jamais prendre le risque, comme le dit l'expression populaire, de mettre tous ses œufs dans le même panier. C'est d'autant plus valable dans le monde arabo-musulman, traditionnellement et historiquement confronté à une série de crises politiques mais également économiques. Et des pays gâtés par des dons de Dieu pas toujours gérés à bon escient depuis leur révélation. Parmi eux, certains s'en sortiront mieux dans l'après Covid-19, une fois encore, parce qu'ils ont misé sur la diversification économique, le maître mot et le seul avenir possible pour les pays producteurs et exportateurs d'hydrocarbures s'ils veulent exister encore avant même l'après pétrole et la fin des énergies fossiles.

Cette nouvelle crise économique et énergétique majeure a démarré il y a quelques semaines mais couvait largement depuis le début de la pandémie en Chine : chute de la demande historique de pétrole. La décision de Riyad, au nom de sa survie éternellement remise en cause, d'augmenter alors sa production de, a fait chuter les prix du baril de brut en inondant un marché en pleine récession, affectant par là même l'ensemble des pays producteurs déjà en grande difficulté. Pire : nous sommes passés, fait historique majeur, sous la barre des 0 dollars le baril de brut ces derniers jours. Pris dans une concurrence à qui affaiblirait l'autre, plutôt que de soutenir l'économie mondiale, Riyad et Washington pourtant grand alliés régionaux au Moyen-Orient ont cherché à s'affaiblir et les conséquences sont mondiales. Alors qu'il faudrait stabiliser au mieux le système sans pousser des pays à la ruine, certains tentent de faire cavalier seul pour assurer leur propre existence, comme le fait l'Arabie Saoudite aujourd'hui : pousser Washington à réduire sa production de pétrole de schiste, en augmentant sa propre production, afin d'éviter que les prix chutent.

Mais il était déjà trop tard, et des pays comme l'Algérie, ne dépendant officiellement que des hydrocarbures, ou comme le Nigeria qui a beaucoup misé sur le secteur depuis les années 1970 au détriment des secteurs traditionnels, ont été pris également dans la tempête pour faire face. Réduire leur production ne ferait remonter aucun cours. Pourquoi tant de pays ne parviennent pas à s'en sortir dans de telles situations qui risquent d'être de plus en plus récurrentes? Parce que la caractéristique de ces trois pays évoqués précédemment est la même : aucune diversification suffisante et simple économie de rente souvent plus confortable quand tout va bien. Donc quand tout va bien pour le monde, tout va bien pour eux. Mais en cas de crise majeure, ils se retrouvent à nu et n'ont rien pour compenser la chute des prix. Quand on pense que l'Algérie avec les milliards qu'elle a engrangé depuis des décennies n'a même pas de fonds souverain, et que le Nigéria est le 136e pays le plus corrompu au monde, on voit bien que leurs dirigeants n'ont pas fait du développement durable une priorité.

Depuis des années, de scandale en scandale, de guerre en guerre, d'assassinat en purge, Riyad n'est pas mieux lotie : la diversification n'a jamais été une priorité.

Quels pays du monde arabo-musulman peuvent amortir le mieux le choc ? Justement avant tout ceux qui ne sont certes pas très gros, mais qui ont misé depuis des années sur une véritable stratégie nationale de diversification, de modernisation, d'investissement, d'ouverture au tourisme, de construction d'un véritable hard power, soft power et smart power. Et c'est à nouveau vers le Golfe qu'il faut regarder. Le Qatar, après le blocus déclenché par ses voisins le 5 juin 2017, est parvenu à juguler la crise, la perte des investissements, la fuite des capitaux régionaux, en réinvestissement massivement dans les premiers mois 10% de son fonds souverain pour compenser. Depuis, même si le pays a perdu des milliards, il a résisté à cette crise comme il résistera à celle qui vient. L'exemple de Qatar Airways qui a profité de la pandémie le prouve : car au-delà d'être une simple compagnie aérienne, Qatar Airways est devenue depuis presque trois ans l'exemple parfait de la capacité de résilience de l'Émirat, mais aussi la compagnie experte en temps de crise comme c'est le cas depuis le début de la pandémie de Covid-19 en couvrant massivement les rapatriements d'étrangers et en acheminant vivres et matériel médical dans le monde entier.

Contrairement à ses concurrents directs, Etihad et Emirates, dont la plupart des avions sont cloués au sol depuis plus d'un mois, Qatar Airways a cherché rapidement à contourner les difficultés rencontrées, comme lors du début de l'embargo par l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, pour compenser les pertes financières colossales à chacune des épreuves qu'elle a rencontré. Et c'est peut-être ce qui différencie actuellement le Qatar de son concurrent direct : les Émirats Arabes Unis. Ébranlés largement par la crise bancaire et financière de 2008, ils avaient payé un lourd tribut, en particulier Dubaï, déjà paradis de l'immobilier et du blanchiment d'argent dans ce secteur. Doha depuis 1995, et immédiatement après l'exploitation du champ Gazier de South Pars, a mis en place une véritable stratégie de développement basée sur l'indépendance énergétique, l'exportation de son gaz, l'investissement dans de nombreux domaines partout dans le monde, et le développement des secteurs d'avenir du tertiaire (évènementiel, éducatif, sportif, culturel, et recherche).

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Les Émirats Arabes Unis risquent d'être rapidement touchés avec la crise économique, financière, immobilière et touristique, mais ils ont l'atout de la diversification. Comme l'exposition universelle Dubaï 2020 qui sera sûrement reportée d'un an. Mais quoi qu'ils en soient, ces deux pays pourront résister. Pendant que l'Arabie saoudite elle, à l'origine de l'ébranlement planétaire en pleine pandémie, cherche toujours les traces de sa Vision 2030, qui a toujours peiné à émerger, trop tard surtout, et sans les moyens pour désormais. En effet, la guerre au Yémen pendant cinq ans l'a ruiné tout comme la multiplication des erreurs stratégiques du prince héritier Mohamed Ben Salmane ont plombé son image, tué tout espoir de libéralisation massive des droits élémentaires, et tout fait pour faire fuir par la même les investisseurs étrangers.

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(*) Sébastien Boussois est docteur en sciences politiques, chercheur Moyen-Docteur en sciences politiques, chercheur Moyen-Orient relations euro-arabes/ terrorisme et radicalisation. enseignant en relations internationales, collaborateur scientifique du CECID (Université Libre de Bruxelles), de l'OMAN (UQAM Montréal) et de SAVE BELGIUM (Society Against Violent Extremism).

Sébastien Boussois (*)

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