Transition énergétique et digitalisation, il est temps de lever l'ancre !

La perspective d'une marine marchande moins polluante, à propulsion électrique, s'approche. Par Jacques Mulbert, Président de ABB France
(Crédits : DR)

Après la COP 22, le secteur maritime est appelé à apporter sa contribution à la lutte contre le réchauffement climatique. D'ici 2050, les émissions de gaz à effet de serre liées au transport maritime international pourraient représenter 14 % des émissions mondiales contre 2,2 % en 2012[1]. Sans oublier les émissions polluantes (NOx, SOx, particules) et la pollution des eaux générées par les activités maritimes.

Aujourd'hui, nous voulons dire aux acteurs de la mer que les conditions sont réunies pour une marine plus durable et compétitive : la technologie est prête et la valeur ajoutée d'une telle transformation est significative, en termes de bénéfice environnemental comme de coûts d'exploitation.

 La propulsion électrique progresse

L'électrification de la propulsion des navires a fait ses preuves depuis près de 80 ans, permettant à des paquebots, ferries, navires de pêche, ou même brise-glaces de réduire significativement (jusqu'à 30 %) leurs consommations de carburants. La transformation du secteur maritime se poursuit, en s'attachant également aux autres modes de transport jusqu'ici peu concernés par ces avancées technologiques : porte-conteneurs, remorqueurs, péniches... Le nombre de navires équipés d'une propulsion électrique progresse de 12 % par an [2], soit 3 fois plus que la progression de la flotte mondiale.

 Les avancées rencontrées dernièrement dans les batteries, plus légères, plus performantes, et moins chères, permettent à présent leur intégration à bord de navires hybrides et ouvrent ainsi la voie des opérations « 0 émission » en mer ou à proximité des ports. Les navires « short sea » (remorqueurs, aquaculture, navires scientifiques, navires fluviaux...) sont les cibles idéales pour profiter de ces avancées. Elu navire de l'année au dernier salon SMM à Hambourg le « Vision of the Fjords », qui bénéficie des dernières technologies développées par ABB, transporte ainsi 400 passagers avec zéro émission en entrant dans l'écosystème fragile des eaux du Nærøyfjord en Norvège, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Notons qu'au-delà de l'autonomie qu'offrent les batteries, elles permettent également d'optimiser le dimensionnement et l'utilisation des moteurs pour plus d'efficacité énergétique.

Connexion électrique à quai

Premiers bénéficiaires de ces avancées avec une meilleure qualité d'air, les collectivités et les ports doivent également être acteurs de cette transformation : en offrant aux armateurs des possibilités de connexion électrique à quai pour leur permettre d'arrêter leurs moteurs et ainsi réduire leurs émissions, et en travaillant avec eux à la transition énergétique des navires. La Scandinavie nous ouvre là aussi la voie avec le plus grand projet de conversion 100 % électriques de 2 ferries, le « Tycho Brahe » et le « Aurora ». Ces navires relieront l'année prochaine la Suède et le Danemark sans émission polluante, et se rechargeront de façon automatisée en moins de 10 minutes à quai grâce un à un robot ABB.

Une route économie en énergie

 La transformation du secteur maritime ne s'arrête pas là. La filière ne reste pas en marge des avancées du big data et profite de la couverture satellite des océans pour découvrir de nouveaux services avancés : supervision, maintenance prédictive, diagnostics à distance, aide à la décision... Des économies de carburant peuvent également être réalisées grâce à ces nouvelles technologies. À partir de paramètres météorologiques et de comportement du navire, le logiciel Octopus d'ABB, qui équipe notamment les navires de la CMA CGM, trace ainsi la route la plus sûre et la plus économe en énergie pour arriver à l'heure souhaitée à destination.

Des freins restent néanmoins à lever pour généraliser ces évolutions. La transition énergétique et la digitalisation peinent encore à prendre leur essor dans un secteur maritime qui doit se détacher de sa culture mécanique pour accueillir la transformation et aller vers une marine connectée, durable et efficiente. Le second point concerne le régulateur, qui doit encourager cette transformation. Si des mesures ont réduit les polluants issus des véhicules terrestres, les mesures pour les carburants maritimes commencent tout juste à être mises en place et restent peu contraignantes. À l'inverse, la Californie a par exemple rendu obligatoire la connexion électrique des navires à quai.

 En France, la loi sur l'économie bleue votée en juin dernier et la loi de transition énergétique de 2015 dessinent un cadre de mesures concernant les rejets de résidus, le déploiement de l'électricité et du GNL à quai, ou encore le recyclage des navires... Pour notre pays, grand ordonnateur des Accords de Paris sur le climat et détenteur du second domaine maritime mondial, cette question n'est pas anodine. L'économie de la mer représente en effet une part non négligeable de l'activité économique française, estimée à plus de 69 milliards d'euros de valeur produite[3]. Et la croissance bleue peut elle aussi être durable.

 Qu'attendons-nous pour écrire le futur de la marine ?

 Jacques Mulbert, Président de ABB France

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Commentaires 2
à écrit le 01/02/2017 à 13:01
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Parfaitement d'accord avec Citoyen Blasé ; et pour enfoncer le clou au sujet de sa remarque " la pollution générée par les cargos citernes est monumentale", j'ajouterais les croisièristes !... qui rendent malades, en plus de tout le reste, les habita...

à écrit le 30/01/2017 à 10:15
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C'est une excellente et indispensable idée, la pollution générée par les cargos citernes est monumentale et comme le kérosène n'est pas taxé ils ne sont pas incités à chercher à moins polluer. J'ai vu que déjà quelqu'un s'attaquait au transport de ma...

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