« Mal diagnostiquer, c’est ajouter du malheur au monde »
Hervé Glasel

Photo d'illustration
DR
Hervé Glasel

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Aujourd'hui, de plus en plus d'élèves qui connaissent des difficultés scolaires sont désignés comme souffrant de « troubles de l'apprentissage » alors même qu'ils ne souffrent en réalité d'aucune pathologie. À l'inverse, des enfants victimes de troubles dys, de troubles de l'attention ou d'autres formes de handicaps, souffrent de plus en plus de diagnostics erronés, imprécis, ou changeants.
Les causes de cette situation sont multiples : des familles inquiètes qui suggèrent l'existence de certains troubles, des professionnels de santé qui posent des diagnostics hors de leurs champs d'expertise, et des institutions pédagogiques qui préfèrent imputer l'échec d'un élève à une pathologie plutôt que de questionner ses propres pratiques.
Les premières victimes de cette situation sont avant tout les élèves qui enfermés dans un diagnostic qui ne correspond pas à la cause de leurs difficultés et ne sont donc pas convenablement accompagnés. Quant aux familles, elles vont de spécialistes en experts, soumises à des injonctions contradictoires et désemparées de ne pas trouver « la solution » pour venir en aide à leurs enfants. Les équipes pédagogiques enfin qui sont confrontés à des instructions multiples qu'il est impossible à satisfaire faute de formation, de temps et de moyens.
Il serait présomptueux de prétendre qu'il est simple de résoudre cette situation tant elle est aussi complexe que multifactorielle. Pourtant, laisser des centaines de milliers d'élèves et leurs familles se noyer dans la jungle des diagnostics ne peut pas être une option. Deux pistes d'actions doivent être privilégiées.
D'abord, nous devons - tous, corps médical, comme enseignant - avoir le courage de tenir un discours de vérité : non, toutes les difficultés scolaires ne trouvent pas leur origine dans « un trouble ». Non, tout professionnel de santé n'est pas apte à poser un diagnostic de troubles de l'apprentissage. Et enfin, non, tous les enfants ne peuvent pas suivre la même scolarité dans les mêmes classes. Ni les élèves, ni les enseignants ne sont en mesure de convertir le mythe d'une inclusion scolaire à 100 %.
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Ensuite, nous devons faire preuve d'humilité et améliorer nos pratiques. Une bonne approche pédagogique, y compris dans la relation à l'élève et dans la manière de gérer une classe, constitue la solution la plus efficace pour réduire l'échec scolaire. Or, c'est souvent celui-ci qui conduit aux erreurs de diagnostic.
En somme, il faut le courage de dire les causes des difficultés scolaires, l'humilité de s'appuyer sur des experts identifiés et certifiés pour identifier les troubles - ou leur absence ! - et l'intelligence de penser des dispositifs adaptés à chacun, tout en améliorant nos pratiques pédagogiques de manière globale. Si mal diagnostiquer les troubles de l'apprentissage, c'est ajouter du malheur au monde, alors poser les bons diagnostics devrait contribuer - humblement - à rendre les élèves un peu plus heureux en classe.
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(*) Hervé Glasel a fondé le Centre de Référence pour l'Evaluation Neuropsychologique de l'Enfant (CERENE), pour améliorer les diagnostics des troubles des apprentissages (dyslexie, dyspraxie, dysorthographie, troubles de l'attention...).
Hervé Glasel
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