VU DE LA SILICON VALLEY. À l'approche de l'élection présidentielle américaine, qui aura lieu le 3 novembre prochain, Facebook se retrouve dans une position très inconfortable, piégé entre sa volonté de donner la parole à chacun sans discrimination et le risque que la désinformation fait peser sur la démocratie. Mais en voulant ainsi ménager la chèvre et le chou, Facebook s'est mis à dos les deux camps politiques.Mark Zuckerberg apportant son soutien à Donald Trump : cette information pour le moins étonnante, nombre d'Américains l'ont vue apparaître sur leur fil d'actualité Facebook, illustrée par une photo du jeune entrepreneur serrant la main du président américain. Mais ceux qui ont pris le temps de lire le petit texte accompagnant la publication se sont vite rendu compte qu'elle n'avait rien d'authentique. Il s'agit en réalité d'une publicité achetée par Elizabeth Warren, candidate à l'investiture démocrate. Son objectif : montrer comment le refus de Facebook de modérer le discours des politiciens permet à ceux-ci de mentir ouvertement au public et de manipuler l'opinion.
En effet, les équipes de modérateurs chargés par Facebook de combattre la désinformation sur sa plateforme, qui peuvent diminuer la viralité des contenus dangereux et mensongers comme les campagnes anti-vaccins, ont pour ordre de ne pas toucher aux publications des politiques, qu'il s'agisse de publicités ou de simples prises de parole. Un choix que Facebook justifie par sa volonté de ne pas prendre position dans l'arène politique.
Position inconfortable
Début octobre, quelques jours avant le canular diffusé par l'équipe d'Elizabeth Warren, ce principe a suscité la controverse lorsque le réseau social a refusé de retirer une vidéo publicitaire de la campagne de Donald Trump colportant des informations mensongères sur Joe Biden, autre candidat à l'investiture démocrate. Un refus également exprimé par Twitter.
Mais contrairement à Facebook, l'entreprise de Jack Dorsey a depuis retourné sa veste en interdisant purement et simplement sur sa plateforme les spots publicitaires diffusés par des candidats à une élection. Un changement de cap que Mark Zuckerberg se refuse à adopter, mettant en avant le premier amendement américain, qui protège la liberté d'expression et rend toute velléité de censure très délicate aux États-Unis. À l'approche de l'élection présidentielle, qui aura lieu le 3 novembre prochain, Facebook se retrouve ainsi dans une position très inconfortable, piégé entre sa volonté de donner la parole à chacun sans discrimination et le risque que la désinformation fait peser sur la démocratie.
Guillaume Renouard, à San Francisco