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Gérard Onesta : « Si je suis élu, toutes nos aides aux entreprises seront éco-conditionnées »

Photo de Cécile Chaigneau

Cécile Chaigneau

Publié le 30 novembre 2015 à 14:13 - Mis à jour le 30 novembre 2015 à 14:42

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Gérard Onesta, tête de liste « Nouveau monde en commun » aux élections régionales, répond à Objectif Languedoc-Roussillon et fait le point sur ses propositions pour répondre aux enjeux majeurs de la grande région Languedoc-Roussillon/Midi-Pyrénées.

La campagne des élections régionales bat son plein. Les candidats tournent dans toutes la région pour délivrer leur programme. Objectif Languedoc-Roussillon a initié un tour de table en invitant cinq candidats à venir débattre individuellement devant un panel d'acteurs économiques régionaux : Dominique Reynié le 3 novembre, Carole Delga le 6 novembre, et Philippe Saurel le 19 novembre.

Pour des raisons indépendantes de notre volonté, les débats avec Gérard Onesta (liste « Nouveau monde en commun », EELV-Front de Gauche-PCF) et Louis Aliot (Front National) n'ont pu avoir lieu. Nous donnons aujourd'hui la parole à Gérard Onesta, sur les différentes thématiques à enjeux de la future grande région.

Quel type de gouvernance souhaitez-vous ?

Gérard Onesta : « On est dans un présidentialisme exacerbé, avec des dérives autocratiques insupportables ! Les élus confondent communication et concertation... On doit débattre avec les forces vives et les citoyens en amont. C'est plus exigeant mais on obtient des projets politiques bien calibrés à l'arrivée. Il faut « déprésidentialiser » l'assemblée régionale... Mettre l'assemblée délibérante à Montpellier, c'est un détail : la plénière, c'est un jour tous les trois mois ! On est dans le décorum. Je ne veux pas de maisons de Région par département. Ça s'appellerait au mieux une boîte aux lettres ! »

Quel équilibre des territoires ?

« Tous les autres candidats parlent de compétitivité, donc de compétition, donc de victimes et de perdants. Nous, nous parlons de coopération. Il serait logique de mettre la viticulture à Montpellier, les céréales à Toulouse, les énergies renouvelables à Montpellier, l'aéronautique à Toulouse, le Parlement de la montagne à Tarbes, le Parlement de la mer à Sète, les services de l'Eurorégion à Perpignan... On peut très bien travailler en visioconférence. »

Moins d'argent public signifie-t-il moins d'action publique ?

« Nous demandons à nouveau d'être en prise directe sur la fiscalité régionale, supprimée par Nicolas Sarkozy et non rétablie par le Parti Socialiste. Les Régions vivent au bon vouloir du gouvernement. Alors que je rappelle que 75 % des investissements viennent des collectivités publiques. Si on veut vraiment développer l'économie sur les territoires, il faut penser biotope : qualité de l'environnement, maillage complet des services publics - car aucun chef d'entreprise n'est prêt à s'installer dans un désert. Il faut un véritable équilibre des territoires, qui se fera dans un rapport de force avec l'État. Ce sera donnant-donnant : quand l'État viendra demander de faire tel et tel équipement, il faudra qu'il fasse quelque chose pour les services publics en région. Aide-toi et la Région t'aidera ! »

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Faut-il rendre la clause de compétence à la Région ?

« On ne fait de la politique que si on répond aux besoins d'un territoire. La clause de compétence permet de répondre aux vrais besoins et de démontrer la plus-value de l'action régionale. »

Comment trouverez-vous les moyens de vos ambitions ?

« On économise chaque sou. En coupant dans les projets inutiles, par exemple : la gare de la Mogère en zone inondable et qui coûtera presque 50 M€, ou la LGV Toulouse-Bordeaux, 9 M€. Nous voulons le TGV à Toulouse et qu'il se prolonge vers Narbonne et Montpellier, mais pourquoi chercher à gagner un quart d'heure pour aller à Paris ! On ferait 7 Mds € d'économies à conserver la vitesse à laquelle toute l'Europe fait circuler ses trains, soit 250 km/h... Chaque euro doit être utilisé de manière intelligente : plutôt que subventionner, on prête de l'argent à taux zéro. Quand une entreprise a besoin d'une aide, la puissance publique se mobilise et ainsi, le même euro sert plusieurs fois. »

Quelle agriculture voulez-vous ?

« Nous voulons des campagnes vivantes, donc des paysans nombreux... Nous avons toujours été contre l'utilisation irraisonnable de l'eau. Nous avons besoin d'une agriculture infiniment plus raisonnable, certainement pas la monoculture irriguée du maïs, car nous ne sommes pas dans une région de production naturelle ! Nous sommes une région d'élevage qui n'a pas trouvé son marché alors qu'il existe des débouchés réels, via les circuits courts par exemple, avec des prix rémunérateurs. Il faut aider à l'installation des jeunes ou à la transmission des exploitations. Concernant la viticulture, si on ne fait rien pour le changement climatique, dans vingt-cinq ans, les trois-quarts des parcelles de la région ne pisseront plus une goutte de vin. Ce serait un désastre total ! Il faut que la profession se mette autour de la table, instaurer une surveillance directe avec des aides régionales sur les végétaux, donner les moyens d'éradiquer tout de suite les maladies et aider le paysan à remplacer sa vigne. »

Comment pensez-vous favoriser la transition écologique à l'échelle de la Région ?

« Il faut s'appuyer sur le scénario Négawatt (dont le fondateur figure sur la liste de Gérard Onesta, NDLR) : nous nous donnons une dizaine d'années pour transformer la région en région à énergie positive, en développant les énergies renouvelables bien sûr. On a la chance incroyable d'avoir le bouquet complet dans la région. Il y a plusieurs façons de faire de l'éolien. Il faut impliquer les gens pour faire tomber les freins. Si la population ne veut pas de nouveaux parcs, on se tournera vers l'éolien off-shore... Concernant la rénovation énergétique de l'habitat, il faut un mécanisme encore plus important, celui du tiers-investisseur, car ce sont les populations les plus précaires qui vivent dans les bâtiments les moins isolés. La puissance publique doit donc intervenir avec un fonds de péréquation qui finance les travaux. C'est possible et indispensable ! »

Soutiendrez-vous le logement social ?

« À partir du 4 janvier 2016, du fait de la loi NOTRe, on ne pourra plus agir sur le logement. C'est un scandale démocratique. On essaiera de contourner en faisant pression sur la filière et sur les collectivités pour qu'elles agissent. »

Comment aiderez-vous les entreprises ?

« Si demain je suis président, toutes nos aides seront éco-conditionnées. Il faut mettre en place un label « entreprise en transition » pour une nouvelle façon de concevoir l'économie : économie circulaire, circuits courts, etc. Pour lutter contre les licenciements et la délocalisation, il y aura une clause en fluo dans chaque contrat d'aide à l'entreprise. Hors de question de laisser une entreprise siphonner les aides sur le territoire et partir ensuite ! Notre région ne fera pas que du vin et des avions. Elle fera du vin et des avions, et tout le reste. En terme de création d'emplois, l'économie sociale et solidaire représente un vivier très intéressant. D'autant qu'elle crée aussi du lien social. Nous sommes pour le retour des emplois associatifs, au besoin en mutualisant de l'emploi partagé. Ce n'est pas du budget de fonctionnement, c'est de l'investissement car ces richesses deviennent pérennes. »

Vous voulez créer un « statut social jeune ». C'est à dire ?

« Le jeune est abordé uniquement comme un consommateur. Pour mobiliser l'énergie créative de la jeunesse, il faut recréer un biotope avec le milieu associatif, mais aussi faire un package où chaque jeune à des droits et des devoirs : mobilité gratuite, passe-mutuelle ou passe-santé. Le service civique fait partie de notre approche globale. »

Quelle stratégie pour les aéroports et ports de la région ?

« La région est richement dotée en aéroports. Il faut repenser la carte aéroportuaire : les charters d'un coté, les avions en fin de vie de l'autre, les cargos ailleurs, etc. Et pourquoi le gouvernement privatise-t-il ? On donne la compétence aux Régions sur les transports et ensuite, on donne l'aéroport de Toulouse aux Chinois ! Concernant les ports, je rappelle que Toulouse est officiellement le port sec de Barcelone ! Les autoroutes de la mer ont été sous-évaluées et le transport maritime est celui qui est le moins impactant d'un point de vue environnemental, il aura tout notre soutien. Mais il ne faut pas mettre les ports en concurrence frontale, afin qu'ils ne se retrouvent pas fragilisés. Pourquoi ne pas les spécialiser ? »

Le tourisme sera une pièce majeure sur l'échiquier économique régional. Que faut-il changer ?

« Une concentration sur quelques semaines et quelques mètres de littoral, c'est un mal-développement. Le seul tourisme pour nous, c'est un tourisme à l'année, un tourisme « 4 saisons tous territoires ». Il faut reformuler l'offre. »

Quel nom pour la région ?

« Il sera choisi par les citoyens via un référendum dès 1e semestre 2016. Je ne veux pas d'un nom dont le sigle est SDF (Sud de France, NDLR)... Occitanie et Catalogne sont des termes très sollicités. Je suis prêt à maintenir un nom plébiscité par les habitants de la région, même si l'État en choisit un autre. S'il le faut, j'irai jusqu'au tribunal. »

L'année 2016 sera-t-elle une « année blanche » ?

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« Non. À condition que les services de l'État nous donnent les moyens de fonctionner. Or la loi NOTRe prévoit une dotation « Personnels » ridicule... La vraie difficulté ne sera pas politique mais structurelle. Notre crainte serait plutôt une « année grise ». Par exemple, les logiciels ne sont pas harmonisés. On va vivre un grand moment de poésie politique. Peut mieux faire ! »

Cécile Chaigneau

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