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Ogossagou : au Mali, les questions d'un massacre

Photo de Ibrahima Bayo Jr.

Ibrahima Bayo Jr.

Publié le 26 mars 2019 à 15:10 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:48

Massacre Ogossagou

Massacre Ogossagou

Reuters

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Le village d’Ogossagou a littéralement été rayé de la carte du Mali. En guise de première réponse à l’émoi suscité par le massacre samedi dernier du village peul situé près de Bankass dans le centre du Mali, le gouvernement a procédé à des limogeages en série dans les rangs de l’armée, une dissolution de milice et l’ouverture d’une enquête. Ce lundi 25 mars, Ibrahim Boubacar Keïta, le chef de l’Etat malien s’est même rendu sur les lieux de la tragédie, sans véritablement convaincre. La tragédie laisse...

Le dernier bilan du massacre à Ogossagou fait état de 160 morts et plus de 55 blessés. Ce bilan «sera probablement plus lourd encore», a affirmé à l'AFP Amadou Diallo, conseiller municipal de Bankass, cercle où se trouve le village peul décimé par une attaque attribuée à des miliciens dogons présumés. Lors d'une visite ce lundi 25 mars à Ogossagou, Ibrahim Boubacar Keïta a pu visiter un village désert pour constater

«Ce que j'ai vu là, ces gamines qui n'ont rien fait, criblées de balles, (...) ces personnes âgées calcinées, ces maisons où l'on sait qu'il y a des êtres humains à l'intérieur et que l'on enflamme, ça rappelle des horreurs que nous croyions définitivement enfouies dans la mémoire historique», témoigne le président malien lors de sa visite durant laquelle, il promet la justice aux victimes et aux rescapés mais aussi le retour de la paix. Mais pour l'heure, les questions fusent.

Aucun suspect, l'identité des assaillants encore incertaine

Trois jours après la tragédie, on tarde encore à mettre des noms et des visages sur les auteurs présumés de l'attaque. Pour l'heure, aucune annonce officielle ne mentionne l'arrestation de suspects ou de complices présumés. Les seuls témoignages de rescapés mentionnant une attaque menée par des assaillants vêtus de chasseurs dozos Dogons, ont suffi à orienter les regards vers la milice d'autodéfense dénommée «Dan Na Ambassagou», dirigée par Youssouf Toloba.

Dans un curieux timing avec la date de l'attaque, coupable d'avoir annoncé dans un communiqué daté du 20 mars, la reprise de ses patrouilles d'autodéfense des Dogons à l'est de Mopti, cette milice est désormais officiellement dissoute par décret suite au Conseil des ministres extraordinaire du dimanche 24 mars. En dépit de ses dénégations, Dan Na Ambassagou semble être pointé du doigt comme le suspect numéro un, enfoncé par la décision des autorités qui sonnent comme une accusation frontale. Cela en fait-il le suspect principal? C'est une des équations de l'enquête qui semble piétiner

Des risques de représailles d'autres milices armées?

Le nord et le centre du Mali sont confrontés tantôt aux groupes armés ou rebelles, tantôt aux terroristes de tout poil qui ont essaimé dans la région. Avec la recrudescence de l'insécurité dans le sillage de la guerre au Mali, l'Etat ne contrôle plus toute l'étendue du 1,2 million de kilomètres carrés de son territoire.

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Avec la multiplication des menaces sécuritaires, certains groupes ethniques ont dû s'organiser en sorte de «vigies locales». Pour pallier l'absence de l'Etat, ces comités de veille se sont ensuite armées pour faire face à des menaces de plus en plus exacerbées. Puis rapidement, les amalgames ont pris le dessus.

L'apparition en 2015 dans la région de Mopti (centre) d'Amadou Koufa, un prédicateur d'origine peul avec sa Katiba Macina, groupe djihadiste qui opère dans le centre du Mali. Ses appels aux Peuls à rejoindre son mouvement enfoncent le clou. Aux chicanes entre Peuls, éleveurs, et les Dogons et Bambaras, agriculteurs, s'ajoutent désormais des oppositions communautaires souvent armées.

Le massacre d'Ogossagou pose désormais le risque de représailles de certaines milices, non encore désarmées malgré le processus de DDR lancé par le gouvernement. Aujourd'hui, la dissolution qui a frappé avec célérité Dan Na Ambassagou, épargne des milices encore armées. L'on redoute des expéditions punitives de milices peules pour «venger» leurs morts ce qui risque de créer un regain de tension inter-communautaires qui ont déjà fait plus de 500 morts parmi les civils selon l'ONU.

De possibles «crimes contre l'humanité» pour saisir la CPI

Le drame d'Ogossagou n'est pas sans rappeler celui de Koulogon. Dans cette localité peul situé dans le cercle Bankass, 36 personnes ont été massacrés par des chasseurs dozos, poussant le gouvernement central à y édifier une base permanente de l'armée. des événements suivis de près par le Bureau de Fatou Bensouda, plusieurs fois interpellé sur de possibles crimes contre l'Humanité, la compétence de la Cour pénale internationale (CPI).

Cette semaine, Fatou Bensouda va envoyer ses experts-éclaireurs à la rencontre des autorités maliennes. Au cours de leurs entretiens, les violences dans le village d'Ogossagou, seront au menu des discussions. Rien ne dit encore que le Bureau du Procureur va s'auto-saisir pour enquêter pour une qualification de possibles crimes contre l'Humanité ou si ce dossier sera versé dans le cadre de l'enquête qu'elle a ouverte depuis 2013 sur les exactions de la guerre au Mali

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Néanmoins, le Bureau du procureur a réagi dans une déclaration sur son site. « Je condamne fermement ces crimes et appelle toutes les parties concernées à s'abstenir de recourir à la violence. Mon Bureau est en contact étroit avec les autorités maliennes, notamment dans le cadre de ces événements signalés récemment. Il prendra toutes les mesures qui s'imposent, en complémentarité avec le système de justice pénale du Mali, afin de veiller à ce que ceux qui ont participé ou contribué de toute autre manière à ce qui semble être des crimes abominables susceptibles de relever de la compétence de la Cour pénale internationale fassent l'objet d'une enquête et de poursuites», annonce Fatou Bensouda

Ibrahima Bayo Jr.

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