La Tribune - Il y a une semaine, Robert Ménard, maire de Béziers (élu en 2014 avec le soutien du FN, et réélu en juin dernier) et désormais président de l'agglomération lâchait cette phrase sibylline sur le plateau de CNews : « Quand je serais président de la république, on en reparlera... ». L'élu maîtrise parfaitement les codes de la communication politique. Quel crédit faut-il donner à ces propos ?
Emmanuel Négrier, directeur de recherche CNRS en science politique au Centre d'Études Politiques de l'Europe latine (CEPEL) à l'Université de Montpellier - On connait suffisamment l'art de communiquer de Robert Ménard pour savoir que ce n'est pas dit au hasard, même si c'est sous la forme d'une demi-boutade... Qu'observe-t-on aujourd'hui de la situation politique de Robert Ménard ? Il est un féodal, assis sur la ville mais aussi l'agglomération de Béziers. Aux élections municipales de 2020, il a essayé d'asseoir encore plus cette position au niveau départemental en adoubant des candidats, notamment à Frontignan ou à Sète, et en essayant d'étendre son empire façon 3e république. Mais on a pu voir que lorsqu'il veut jouer sur un autre niveau territorial, il n'y arrive pas. Ce qui marque son épopée, c'est que son succès relatif aux élections cantonales en 2015 ne pèse presque rien à l'échelle départementale. Il avait créé "Oz' ta droite" en 2016 pour essayer de sortir du carcan que peut être le bastion de Béziers et réinventer la droite, mais ça a été un échec total. En 2017, il a observé l'échec de Marine Le Pen aux présidentielles et pris ses distances, au risque d'apparaitre comme un félon pour ce parti qui l'avait soutenu en 2014. Aujourd'hui, Robert Ménard, qui se voyait en intronisateur de la nouvelle droite, se retrouve le bec dans l'eau, tout seul sur un fief, ce qui ne suffit certainement pas à son égo.
Quelles ambitions peut-il avoir et à quelle échelle ?
La solution qu'il a devant lui, c'est de tisser sa toile et de viser des postes à l'échelle au-dessus. Les cantonales ? Ça ne marchera pas car c'est impossible sur le plan politique, il n'aura pas la légitimité. D'autant que le Conseil départemental n'est pas un endroit où l'on brille politiquement, et encore moins avec la crise que l'on traverse. Or Robert Ménard aime que ça brille... Aller conquérir la Région ? Sauf que Robert Ménard et le Rassemblement national, aujourd'hui, ça fait deux. Donc où sont les armées du capitaine Ménard ? Nulle part. Pour moi, ce que dit Robert Ménard en évoquant l'hypothèse de sa candidature à la présidentielle, c'est son extrême solitude. Il ne peut pas plus qu'une élection en son nom personnel. Il ne diffuse pas, il ne transmet pas. Avec son bagou, il peut rallier des sympathies sur la base de sa surface médiatique alors même qu'il n'a pas de troupes. Mais cette absence de troupes finira par lui poser un gros souci. Donc aujourd'hui, il n'est pas dans une logique de construction mais de déstabilisation.