Girondins de Bordeaux : manifestation populaire, mobilisation des élus et 14 millions sous séquestre
Jean-Philippe Déjean

Les Ultramarines en première ligne de la manifestation de ce samedi 9 juillet.
Agence Appa
Jean-Philippe Déjean

Les Ultramarines en première ligne de la manifestation de ce samedi 9 juillet.
Agence Appa
Ce vendredi 8 juillet dans l'après-midi, à la veille de la manifestation populaire du 9 juillet consacrée à la défense des Girondins de Bordeaux, relégués administrativement en National 1 par la décision en appel de la DNCG (Direction nationale du contrôle de gestion), une phrase couperet est tombée de la bouche de l'un des deux commentateurs spontanés installés à la terrasse d'un café de la place Gambetta.
Avec près de 3.000 manifestants recensés le lendemain dans les rues du port de la Lune, la journée du 9 juillet a balayé d'un revers de crampon cette comparaison hasardeuse avec l'OM.
Comme le 27 juin 2020, le maire de Bordeaux, Pierre Hurmic, était en première ligne de cette manifestation organisée à l'initiative des Ultramarines. Et il se trouvait non loin de son prédécesseur au palais Rohan, Nicolas Florian, également dans la rue pour appeler à la sauvegarde du club bordelais, fondé par des marins en 1881. Une nouvelle réussite protestataire même s'il en faudra davantage pour impressionner les autorités du football professionnel et les convaincre d'annuler la rétrogradation du club en National.
Ce lundi 11 juillet une lettre cosignée par une dizaine de députés et sénateurs girondins de droite et du centre a été adressé à la ministre des Sports et des Jeux Olympiques et Paralympiques, Amélie Oudea-Castera, pour l'appeler à rapidement recevoir "une délégation mandatée par le club des Girondins de Bordeaux". Comme dans la plupart, pour ne pas dire toutes, des autres réactions officielles à cette situation les élus citent notamment et avec raison l'excellente équipe de football féminin des Girondins de Bordeaux, menacée par cette relégation en National, tout en faisant l'impasse sur l'armature des clubs de foot amateur de Gironde en général et de la Métropole en particulier, qui sont à la base de l'écosystème bordelais, avec des milliers d'enfants et d'adolescents pour lesquels le FCGB est un panthéon.
Comme il se passe toujours quelque chose dans ce dossier, ce dimanche 10 juillet le propriétaire du club, Gérard Lopez, a sorti une nouvelle carte de sa manche en annonçant avoir placé 14 millions d'euros sous séquestre ! A-t-il trouvé la parade pour convaincre les autorités du football ? En tout cas, en essayant de relancer la partie avec ces 14 millions d'euros bloqués, Gérard Lopez aura tenté jusqu'au bout de convaincre.
Quand le plan de financement du club bordelais pour la saison 2022-2023 en Ligue 2 a été recalé par la DNCG, le créancier et actionnaire numéro un du club, le fonds d'investissement américain Fortress Investment Group, qui gère pour 53 milliards de dollars d'actifs dans le monde, avait accepté de mettre en place une ligne de financement obligataire avec un droit de tirage automatique, c'est-à-dire non négociable pour Fortress.
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Objectif de cette ligne de crédit : garantir la vente des joueurs du club pendant le mercato d'été. Autrement dit, Fortress se montrait prêt à couvrir les ventes de joueurs à concurrence de 14 millions d'euros si ces dernières venaient à ne pas aboutir ou à être d'un montant inférieur. Mais ce choix d'un prêt obligataire en lieu et place d'un montant en cash mis sous séquestre, bloqué, n'a visiblement pas plu à la DNCG.

Les Ultramarines ont été entendus ce samedi. (Crédits : Agence Appa)
De son côté, le fond d'investissement Fortress n'était pas tenté d'immobiliser autant d'argent juste pour servir de garantie au cas où. Ce qu'avait défendu Gérard Lopez, interrogé à ce sujet par la presse, expliquant que cette immobilisation de fonds non placés coûterait de l'argent à Fortress. Le coup de poing sur la table mis par la DNCG, avec cette décision de frapper très fort le FCGB semble avoir fait comprendre le niveau réel des enjeux aux investisseurs américains.
Pourtant de nombreuses zones prêtant à interprétation demeurent. Le refus le 5 juillet dernier de la DNCG de valider le budget 2022-2023 des Girondins de Bordeaux en Ligue 2, alors même que le tribunal de commerce de Bordeaux avait assuré la veille que le club bordelais ne courrait aucun risque de mise en cessation de paiement pendant la saison a frappé les esprits. Un choc psychologique et financier auquel à réagi le dernier conseil de Bordeaux Métropole, présidé par Alain Anziani (PS), qui s'est tenu ces jeudi 7 et vendredi 8 juillet.

Des Girondins de Bordeaux qui n'entendent pas s'arrêter. (Crédits : Agence Appa)
La réponse à cette question vient de tomber ce lundi : le CNOSF devrait se pencher sur le dossier du FCGB le 19 juillet prochain. Un délai qui semble raisonnable.
Le maire (EELV) de Bordeaux a de son côté surenchéri sur l'intervention du président de la Métropole.
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Comme l'a confirmé Alain Anziani, "la délibération d'aujourd'hui est la confirmation de la mesure de suspension du loyer pour l'utilisation du stade Matmut, son versement étant reporté jusqu'à la fin de la saison 2025-2026". Notons que le recours au CNOSF est un premier pas qui doit être fait le plus rapidement possible mais qui ne règlera rien en soi, même dans le meilleur des cas, puisqu'il n'est que consultatif. La balle sera alors dans le camp du comité exécutif de la FFF.
Jean-Philippe Déjean