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RégionsPays de la Loire

Réalité virtuelle : Laval en piste pour la labellisation French Tech

Photo de Les correspondants de La Tribune

Frédéric Thual

Publié le 07 juin 2016 à 15:00 - Mis à jour le 24 août 2016 à 15:55

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Pionniers dans le développement de la réalité virtuelle et augmentée, les Lavallois rêvent d'intégrer l'écurie de la French Tech. Tous les milieux économiques, politiques et universitaires locaux sont derrière la candidature d'une des plus petites villes de France qui se transforment pour accueillir investisseurs, startups, ETI et filiales de grands groupes.

Terre d'élection pour le tourisme équestre et terre de champion pour les courses hippiques, haut lieu de l'industrie laitière et agroalimentaire, Laval c'est aussi un écosystème complet tourné vers la réalité virtuelle et augmentée. "Et ça ne date pas d'hier!", se plaisent à rappeler les protagonistes de la filière, engagés de concert et de tous bords pour une labellisation French Tech dans le cadre des réseaux thématiques dont le verdict devrait être rendu le 13 juin prochain. Les atouts de Laval?...

"Immanquablement, c'est l'histoire. Ici, la thématique de la réalité virtuelle et augmentée n'est pas opportune au regard de l'intérêt médiatique grandissant pour cette technologie. C'est un judicieux pari inscrit dans la durée. À mes yeux, c'est donc un  vrai atout de crédibilité", affirme Alexandre Bouchet, responsable scientifique du Centre de recherche Clarté, né il y a près d'un vingtaine d'années pour promouvoir et transférer cette technologie.

Le centre de recherche Clarté élabore des solutions visant à améliorer les collaborations entre les mondes virtuels de manière à pouvoir intervenir et interagir sur plusieurs sites virtuels en même temps.

Une vision qui devient réalité

C'est en 1999, sous l'impulsion de l'ancien ministre du Budget et de la Recherche François D'Aubert, ex-maire de Laval et ex-président de la cité des sciences et de l'industrie que nait le concept de Laval Virtuel, imaginé par Bernard Taravel Professeur à l'Université d'Angers, cocréateur du Futuroscope, Guy Le Bras, directeur général du GART (Groupement des Autorités responsables des Transports) et Simon Richir, Professeur aux Arts et Métiers ParisTech. Il s'agissait alors de réunir sur un même lieu, un grand nombre d'acteurs de la réalité virtuelle, allant de l'enseignement à la recherche en passant par les entreprises et le grand public.

"Un pari visionnaire", reconnait Alexandre Bouchet,"Car, depuis deux à trois ans, la technologie s'est démocratisée. Les matériels ont progressé et ont ouvert de nouveaux usages. Et surtout, les coûts d'acquisition ont été diminués par cent. Le prix d'un casque équivaut celui d'un Smartphone haut de gamme.  Le retour sur investissement est aujourd'hui possible. Ce qui, hier, était une technologie de niche se révèle désormais à fort potentiel. Ce ne sont plus seulement les grands groupes comme la Nasa ou Peugeot qui s'y intéressent, mais aussi les ETI,  les PME, les centres de formation, les villes qui veulent communiquer sur leur musée, par exemple. On voit arriver des interlocuteurs qui ne connaissaient pas la techno", constate-t-il .

Deux à trois fois plus de projets en deux ou trois ans

De fait, au cours des trois dernières années, le centre de recherche Clarté, engagé à la fois sur des programmes de recherche publics (État, Région...) et sur une activité de conseils auprès du secteur privé, aurait vu doubler voire tripler le nombre de demandes de projets. Et pour cause, en vingt ans, Laval a acquis une certaine réputation grâce à une soigneuse évangélisation menée dix-huit ans par le salon international Laval Virtual, ouvert au grand public, et devenu un rendez-vous incontournable pour les professionnels de la réalité virtuelle, mais aussi de la réalité augmentée, la 3D interactive, la Robotique, l'Internet des objets et toutes les technologies innovantes et convergentes.

Sur plus de 5.000 m², Laval Virtuel, cofinancé par l'agglomération, la ville, le département et la Région,  accueillait pour sa dernière édition  plus de cent soixante-dix acteurs de la filière, dont un quart venu du Japon et des USA, découvrir les innovations de Microsoft,  Dassault Systèmes, Barco, Tokyo University et des startups locales. Avec quatre concours organisés pendant le salon; Laval Virtual Awards pour les innovations internationales, ReVolution pour les inventeurs de tous poils, Startup Contest pour les jeunes pousses du digital et Virtual Fantasy pour les écoles, Laval Virtual tire tous azimuts. Et pour ceux qui ignorent encore les réalités lavalloises, les "Laval Virtual Days" proposent des conférences ciblées et itinérantes.

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Avoir la capacité d'aller à l'export

Parallèlement à la communication, la cité lavalloise a bâti un écosystème constitué de cinq laboratoires dédiés ( Clarté, Ensam...), de centres de formations, d'une technopole, d'un incubateur, une vingtaine d'entreprises de 3 à 20 salariés, dont de belles startups comme HRV, Realiz, L'Effet Papillon... ou  Haption.

"Nous ne sommes pas les plus gros du monde, mais nous avons un bâti un modèle performant,  en croissance où les startups qui ont rarement la capacité de prendre des risques trouveront ici les moyens d'accompagner leur vision à plus de cinq ans", souligne Alexandre Bouchet."Dans un environnement où le lien ne se fait pas forcément naturellement entre ancienne et nouvelle économie, l'agglo a beaucoup investi et tout le monde s'est mobilisé. C'est tout l'enjeu de Laval qui voudrait que des entrepreneurs historiques deviennent des investisseurs", observe Arnaud Cosson, fondateur de la startup HRV qui utilise la réalité virtuelle pour développer des outils de simulation pour la formation des dentistes ou l'ergonomie de postes de travail."Sur un marché naissant où les solutions et usages émergent, ce qui manque aujourd'hui en Mayenne, c'est l'investissement. Si l'on peut se féliciter que toutes les mandatures aient gardé le cap, ici, les levées de fonds les plus importantes sont limitées à 500.000 euros. Or, cela représente combien de salaires d'ingénieurs? pour combien de temps? Aujourd'hui, pour s'ancrer dans la réalité virtuelle, il faut aller à l'export. La condition, c'est la capacité à financer les R.H et le marketing. Laval n'a donc pas le droit de rater le coche."

Une cité de la réalité virtuelle en 2017

Mobilisé, l'écosystème lavallois a réussi à attirer en 2014 le Californien Eon Reality, leader mondial dans le transfert des connaissances utilisant la réalité virtuelle et augmentée. Le géant américain y a implanté sa filiale française, destinée à devenir le hub de référence  pour la production de solutions ludo-éducatives dans le groupe. "Parce qu'ici, c'est la Mecque de la réalité virtuelle et augmentée", disait à l'époque, Yann Froger, le directeur France.

"Le marché connait une accélération énorme. Si le nombre de startups est encore modéré, il va être explosif dans les cinq prochaines années. Le marché en est là. Il n'existe encore pas ou très peu de grands groupes en France et en Europe dans ce domaine, mais les usages évoluent et il va falloir accompagner les producteurs de hardware", estime Laurent Chrétien, Directeur général de Laval Virtual, en charge de la candidature pour la labellisation French Tech.

C'est tout le sens donné au projet de Cité de la réalité virtuelle lancé à Laval, qui ne doit être "ni une pépinière ni un incubateur", mais une usine à générer de nouveaux usages.

En cours de réhabilitation dans les anciens locaux de l'usine Europlastiques, situé à proximité de Laval Mayenne Technopole, le futur Laval Virtual Center, financé à hauteur de 5,8 millions€ par l'agglomération, la Région et l'État, hébergera l'association Laval Virtual, l'Ensam et le laboratoire de recherches Clarté, un showroom, des espaces de travail.... "et permettra aux projets de recevoir une assistance technologique pour devenir plus mature", précise Laurent Chrétien. À l'issue de douze mois de travaux, il devrait être opérationnel pour juillet 2017.  De son côté, le campus Laval Virtual University s'est vu allouer 1,7 million d'euros par le Ministère du Travail pour la formation, dans le cadre du « programme d'investissement d'avenir »  pour donner un coup d'accélérateur aux offres de formation, qui devrait bénéficier de partenariat avec Orange, la société Olmix et d'autres. Au total, près de dix millions d'euros sont investis dans cette opération de structuration.

Un fonds d'investissement dédié

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  • A Barcelone, la réalité virtuelle fait son show
  • Existe-t-il réellement un marché de la réalité virtuelle ?

Pour favoriser l'accès au marché et aux investissements, Laurent Chrétien peaufine la création d'un fonds d'investissement public/privé national et européen dédié à la réalité virtuelle, doté de 10 millions d'euros. Il aurait pour cela déjà collecté une vingtaine de dossiers d'intention "On devrait grimper à 30 millions en 2018", esquisse-t-il, comptant sur la labellisation French Tech pour accélérer un processus déjà très fédérateur dans lequel des groupes comme Séché (traitement de déchets), l'équipementier Gruau ou le laitier Lactalis se sont déjà appropriés l'usage des technologies. "Le marché nous a donné raison alors on veut maintenant maximiser les dix-huit années d'investissements", dit-il voulant impliquer une dizaine  d'ETI et groupes industriels locaux dans un accélérateur. L'ambition avancée est d'accueillir 26 nouvelles startups, favoriser l'implantation de filiales et se doter d'une dizaine de "champions".

"On est moins dans les applis de dingue, mais plutôt en train de bâtir un business model. Tous les acteurs sont sous tension. Les technologies sont matures. C'est maintenant qu'il faut investir dans la puissance. On est prêt et on va les chercher",ajoute Béatrice Mottier, adjointe au maire de Laval, en charge de l'attractivité, de l'innovation et de la prospective, mais aussi Présidente de l'association Laval Virtual, qui entend ainsi bâtir une marque de territoire, à une heure de Paris."Le salon nous apporte de nombreuses retombées internationales et travaillons à l'implantation de trois ou quatre installations d'ici la fin de l'année", espère Laurent Chrétien, porte-parole de la French Tech lavalloise, qui a bien évidemment, choisi le cheval pour la représenter dans le bestiaire de la French Tech.

Frédéric Thual

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