Le calendrier politique de l'agrandissement de la gare du Nord s'accélère

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(Crédits : Décideurs en région)
A trois mois des élections municipales, un nouveau collectif souhaitant "définir un projet alternatif" est né ce 16 décembre. Dans le même temps, une mission de la ville de Paris et une enquête publique doivent s'achever les 19 décembre et 8 janvier. Les travaux doivent en outre commencer début 2020 si Paris veut tenir les livraisons de 2023 et 2024.

En cette veille de fêtes de fin d'année et à trois mois des élections municipales, le projet d'agrandissement de la première gare de France et d'Europe (700.000 voyageurs par jour) prend, de nouveau, une tournure politique, pour ne pas dire politicienne.

Un nouveau collectif souhaite "définir un projet alternatif"

Dans le sillage de la mairie de Paris, qui a demandé en octobre à la SNCF de revoir le projet après l'avoir validé en juillet, un nouveau collectif de quelques dizaines de personnes est né ce 16 décembre : "Retrouvons le nord de la gare du Nord".

"Soutenu par la plupart des forces de gauche", ce rassemblement souhaite "débattre avec toutes les parties prenantes de l'avenir d'une gare qui a un fort besoin de réaménagement et de rénovation pour tous les Franciliens, Français et Européens", précise à La Tribune, l'un de ses membres, Ulf Clerwall. "Et définir un projet alternatif", ajoute-t-il, sans pour autant, pour l'heure, préciser sa nature.

En vue des Jeux olympiques de 2024, la gare du Nord devrait comporter 61.500 mètres carrés de surfaces supplémentaires. Outre la création de 10.375 m² d'espaces de loisirs, culturels et sportifs, toutes les autres typologies vont s'agrandir: de 35.200 à 57.600 m² pour les espaces voyageurs, de 25.200 à 32.900 m² pour les bureaux et de 5.450 à 18.900 m² pour les commerces et de 5.250 à 12.825 m² pour la restauration.

Une mission de la ville de Paris et une enquête publique qui s'achèvent les 19 décembre et 8 janvier

Ces réaménagements, ils ont déjà fait l'objet d'un appel d'offres public, de deux concertations auprès des usagers et des riverains - une obligatoire en 2017, une autre entre mars et mai 2019 - et d'une validation du volet commercial par la Commission nationale d'aménagement commercial (CNAC) mi-octobre. Malgré cela, StatioNord - la coentreprise de Gares & Connexions, branche de la SNCF, et de Ceetrus, filiale immobilière du groupe Auchan -, demeure sous le coup de deux enquêtes.

La première est une enquête publique conduite par une commission indépendante jusqu'au 8 janvier prochain pour "permettre au public de s'informer et de s'exprimer sur ce projet". La seconde est une mission de la ville de Paris confiée à quatre architectes et urbanistes d'ici à ce vendredi 19 décembre pour "formuler des pistes d'amélioration à transmettre à la commission d'enquête - pour la partie qui relève du permis de construire - et aux parties prenantes - pour les aménagements hors permis".

Parmi ces "experts" mandatés par la capitale, figurent Pierre Veltz, ingénieur, sociologue, économiste et lauréat du Grand Prix de l'Urbanisme en 2017 et Jean-Louis Subileau, urbaniste, co-fondateur d'Une fabrique de la Ville et lauréat du Grand Prix de l'urbanisme en 2001. Ceux-là même qui avaient signé, en septembre dernier, une tribune dans Le Monde pour dénoncer un projet "inacceptable" et "pharaonique".

Des travaux qui doivent commencer début 2020 pour tenir les livraisons de 2023 et 2024

La transformation de la gare du Nord s'invite en outre dans la course à l'Hôtel de Ville. Si l'écologiste David Belliard ou l'insoumise Danielle Simonnet s'y opposent, le candidat d'Agir, Pierre-Yves Bournazel, de même que le marcheur Benjamin Griveaux, également député de l'arrondissement concerné, la soutiennent. Idem avec le gouvernement qui l'a toujours défendue. Le secrétaire d'Etat chargé des Transports, Jean-Baptiste Djebbari, estime en effet qu'elle est "nécessaire".

Dès la clôture de l'enquête publique, début 2020 donc, la commission aura un mois pour rédiger son rapport. Puis, la co-entreprise StatioNord aura un mois pour y répondre. A l'issue de ces deux mois - ou moins selon le temps d'exécution des deux parties -, la commission d'enquête publique émettra un avis favorable ou défavorable et en référera au préfet de Paris, préfet d'Ile-de-France. En cas d'avis favorable, ce dernier aura alors deux mois pour délivrer le permis de construire. En revanche, en cas d'avis défavorable, il n'est pas obligé de le délivrer dans ces délais.

Pourtant, si Paris veut honorer sa promesse d'une livraison en bonne et due forme pour les Jeux de 2024, les travaux doivent démarrer dès l'année prochaine. Car d'ici à la Coupe du monde de rugby, qui se tiendra entre septembre et mi-octobre 2023, il est aussi prévu d'agrandir toute la partie Eurostar, notamment pour améliorer les conditions de départ et d'arrivée de ces voyageurs.

D'autant, enfin, que le projet, évalué à 600 millions d'euros par ses porteurs, est entièrement financé avec de l'argent privé.

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Commentaires
a écrit le 24/12/2019 à 10:10 :
Petit détail " oublié" par l'auteur : dans le cadre d'une réorganisation de la SNCF, la banquière Marlène Dolveck (ex HSBC) va prendre la direction des gares. Elle aura pour principale mission la transformation partielle de certaines gares en centres commerciaux.
Commenter sur le rôle de service public d'une gare --> censure . Bravo l'auteur !
a écrit le 18/12/2019 à 10:53 :
La gare du Nord est déjà trop fréquentée par rapport à sa surface, on peut (doit) l'agrandir pour faciliter le trafic, c'est un argument parfaitement valable.

Mais est t'il vraiment opportun d'ouvrir des surfaces commerciales nouvelles qui vont attirer et faire stagner des personnes supplémentaires là où on aimerait au contraire libérer les flux des voyageurs.

Est ce que Paris est vraiment trop petit pour qu'on ne puisse pas recréer dans le quartier des gares les surfaces nécéssaires de bureau et de chalandise?

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