Rénovation de la gare du Nord : oui au débat d'intérêt général, non à son instrumentalisation politique

 |   |  584  mots
(Crédits : Valode & Pistre)
OPINION. Ce chantier phare, maintenant soumis à enquête publique, mérite mieux que les petites querelles politiciennes dont il est l'objet depuis quelques mois maintenant. Un peu de bon sens permettrait de replacer l'intérêt général au cœur du débat. Par Michel Rousseau, président de la Fondation Concorde(*).

Tout le monde s'accorde en effet à dire que la plus grande gare européenne, appelée à accueillir 900 000 voyageurs quotidiens à l'horizon 2030, porte d'entrée pour les JO 2024, a besoin d'un réaménagement urgent.

Pour le réaliser, un projet cohérent et approuvé par tous, résultat d'un appel d'offre, a été sélectionné. La SNCF a décidé de faire appel à un modèle qui lui permet de garantir l'intérêt général, sans prendre en charge le financement des 600 millions d'euros nécessaires au projet. Le montage proposé permet donc à la SNCF d'utiliser les dividendes perçus pour investir en faveur de l'usager, et de ne pas dépenser un euro dans le réaménagement de la Gare du Nord, rendant par là même le modèle vertueux.

Le symptôme actuel de « zadisation » de l'économie

Un modèle qui à l'évidence ne fut pas compris par Anne Hidalgo, moins encore par Jean-Louis Missika, maire adjoint en charge de l'urbanisme. Ce dernier s'est en effet rallié publiquement à un nouvel et hypothétique projet qu'il juge moins ambitieux et moins coûteux. Ce plan B un temps évoqué, devait coûter 200 millions d'euros... financé à 100% par la Ville ! Il prétend donc boucler une modernisation chiffrée par des experts internationalement reconnus au tiers de l'enveloppe jugée nécessaire. Et évoque un hypothétique recours au contrat de plan Etat-Région, auquel personne ne saurait croire. Monsieur Missika engage très clairement les finances de la Ville de Paris, de quoi creuser de 200 millions d'euros de plus la dette abyssale de Paris que nous lèguera Anne Hidalgo, dette évaluée selon la Chambre Régionale des Comptes à 5,7 milliards d'euros, soit l'équivalent de 2835 euros par habitant, alors que cette dette se trouvait à 500 euros en 1995 et à 1636 euros en 2013 en fin de mandat de Bertrand Delanoë.

La Municipalité, par ses errements politiciens afin d'obtenir les grâces de nombreux partis, dont les Verts, renforce le symptôme actuel de « zadisation » de l'économie. Alors que ces grands projets sont votés par l'expression de la volonté démocratique, c'est-à-dire par les représentants du peuple, un processus de zadisation, imposé par le plus petit nombre à la majorité, bloque ces projets et avec eux les emplois, les avancées scientifiques, culturelles, économiques dont ils sont porteurs (rappelons-nous de Notre Dame des Landes ou de l'Ile Seguin). Ainsi, à grand renfort de communication, semble-t-il normal à la Mairie de Paris de retravailler unilatéralement un projet déjà engagé, aux enjeux économiques importants, porteur d'emplois et de facilitation pour les usagers.

La rationalité économique doit s'imposer

Nous n'avons aucun doute sur le fait que le décideur public puisse réaliser des rénovations médiocres et bon marché ; mais est-ce bien digne de notre capitale ?

Les Parisiens n'accepteront pas de payer 200 millions d'euros pour un projet au rabais. Et ils sauront certainement, comme l'ensemble des Français, s'exprimer durant l'enquête publique en faveur de ce projet offrant la revitalisation du quartier, l'arrivée de nouveaux services économiques, culturels et d'intérêt général. Contre les agitations du monde politique, la rationalité économique au bénéfice des Parisiens doit s'imposer, c'est une question de bon sens !

C'est infiniment moins que le ratio par voyageur dans les nouvelles gares d'Austerlitz, de Saint-Lazare ou encore de Montparnasse.

___

(*) La Fondation Concorde est un laboratoire d'idées ("think tank") français fondé en 1997 par un groupe d'universitaires et d'hommes et femmes d'entreprises.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 18/12/2019 à 23:40 :
" La zadification " qualifie un grands projet inutile, très couteux à terme, réalisé avec le concours de financements privés, qui attendent un bénéfice élevé sur l'investissement, avec l’appât des promesses d'emplois. Dernier en date, EuropaCity, gigantesque centre de commerces et de loisirs. Au détriment du véritable intérêt public et de la préservation du site. Pour la Gare du Nord, c'est le projet pharaonique Ceetrus, filiale d'Auchan, avec la construction de 50.000 m2 de surfaces commerciales. Une gare est par excellence un lieu de service public pour des voyageurs, et non une foire aux affaires. Des urbanistes et architectes -Paul Chemetov, Roland Castro,Jean Nouvel, sont défavorables au projet en l'état. La menace de la dette pour la Ville et la rationalité économique ne permettent pas de brader un patrimoine : tous ceux qui y sont attachés doivent en témoigner dans l'enquête publique ouverte jusqu'au 8 janvier 2020 .
a écrit le 11/12/2019 à 12:47 :
S'il y a 50 boutiques dans une gare, ça provoque le besoin d'acheter ? Ne serait-ce que pour passer le temps si le train est en retard.
Si les boutiques paient une redevance, et que les affaires ne sont pas florissantes, ça fera comme dans certains centres commerciaux mal placés, c'est à moitié fermé, commerçants pas installés ou partis faute de clients, et n'attire pas les foules (cercle vicieux).

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :