Pour les entrepreneurs, le « Grand Sud » leur donne une ouverture européenne

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« À aucun moment je n'ai été concerté ! Je ne laisserai pas la grande Région et Solférino tenir en laisse la métropole de Montpellier ! » s'énervait-il.
« À aucun moment je n'ai été concerté ! Je ne laisserai pas la grande Région et Solférino tenir en laisse la métropole de Montpellier ! » s'énervait-il. (Crédits : Chez Julius Livre 1)
[ #Regionales 2015 ] La future région Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées représentera à elle seule 7,21% du PIB français. Malgré une rivalité entre les métropoles de Toulouse et de Montpellier, la région est portée par l'optimisme des chefs d'entreprise, heureux de pouvoir être davantage visibles sur la scène européenne.

Treize départements, 72. 000 km2, 5,6 millions d'habitants, un budget de 2,6 milliards d'euros. La nouvelle région qui naîtra au 1er janvier 2016 du rapprochement entre Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon sera un mastodonte.

Ce nouveau territoire, plus ou moins accepté (certains auraient préféré une fusion de Midi-Pyrénées avec la région Aquitaine) est bel et bien en ordre de marche. Du côté des institutions comme des entreprises, on tente d'anticiper. En juillet, les annonces sur la capitale régionale ont marqué la première étape concrète - et symbolique - de la structuration de la région.

Toulouse et Montpellier, les meilleures ennemies ?

La future région Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées (LRMP) est la seule de France qui comportera deux métropoles : Toulouse et Montpellier. Depuis un an, les maires des deux villes, respectivement Jean-Luc Moudenc (LR) et Philippe Saurel (ex-PS), ont revendiqué leur solidarité au-delà des divergences politiques. Objectif : parler d'une même voix face au futur pouvoir régional.

« Évidemment qu'il y aura un affrontement Métropole/Région, assure Philippe Saurel, la politique est un jeu de rapports de forces. »

Ainsi, les deux élus s'affichent main dans la main pour défendre leurs intérêts. Néanmoins, le bloc formé par les deux maires n'a pas pour autant enrayé la compétition « historique » entre leurs deux villes. Ainsi, l'implantation des services de l'État et du futur chef-lieu régional a fait l'objet d'une lutte d'influence passionnée. On se souvient de la colère de Philippe Saurel, en avril dernier, au moment où Toulouse semblait favorite pour devenir capitale régionale :

« À aucun moment je n'ai été concerté ! Je ne laisserai pas la grande Région et Solférino tenir en laisse la métropole de Montpellier ! » s'énervait-il.

Et pourtant. La décision de l'État est tombée le 31 juillet : sans surprise, c'est bien Toulouse qui accueillera la préfecture de la nouvelle région, et également la première assemblée du Conseil régional, le 4 janvier.

Montpellier centralisera néanmoins cinq des onze administrations régionales, dont la chambre régionale des comptes et l'agence régionale de la santé.

« Je ne conteste pas le titre de capitale régionale pour Toulouse. En revanche, je demande que le traumatisme subi par Languedoc-Roussillon soit compensé par une politique régionale et des fonds adaptés », a réagi le maire de Montpellier, connu pour son opiniâtreté et son goût de la provocation.

Côté entreprises, l'ambiance n'est pas à la chamaillerie. Les entrepreneurs des deux régions se réjouissent du rapprochement.

« Si toutes les aides publiques, si toutes les initiatives sont mutualisées, alors l'économie va y gagner », analyse Alain Di Crescenzo, président de la CCI de Toulouse.

« La grande bénéficiaire » de la réforme

Selon une étude du cabinet Trendeo, Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées serait d'ailleurs « la grande bénéficiaire » de la réforme territoriale, à la fois en termes de création d'emplois et de startups. Les points forts de la future région ont donc été identifiés : la viticulture (avec 300.000 hectares, la superficie du bassin viticole de la nouvelle région sera la plus grande du monde), le numérique (qui représentera 49. 500 emplois), le tourisme (14 milliards d'euros de retombées sur la grande région), mais aussi l'aéronautique, la recherche et les biotechnologies.

La réforme offre aussi à Midi-Pyrénées un accès direct à la Méditerranée. D'ores et déjà des synergies sont en marche : les clusters numériques Digital Place (Toulouse) et French South Digital (Montpellier) ont établi un dialogue en vue de futures coopérations.

En septembre, les CCI des deux régions ont lancé un club d'entrepreneurs commun, « Pyrénées Méditerranée », et les Medef régionaux se sont également rapprochés. Pragmatiques, certains chefs d'entreprise réclament désormais une chose : la LGV Toulouse-Montpellier. Alors que le gouvernement vient de valider le projet de ligne à grande vitesse Bordeaux-Toulouse, il est urgent pour le tissu économique de rapprocher les deux métropoles (séparées par plus de deux heures de route).

Grossir, c'est bon pour le lobbying...

Dix-neuvième région au niveau européen, LRMP sera plus visible de l'étranger, et pourrait être plus attractive pour les investisseurs.

« En la matière, nous sommes principalement challengés par la Catalogne, le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Italie et la Suisse », explique Agnès Tixier, directrice générale d'Invest Sud de France, l'agence de développement économique du Languedoc-Roussillon.

Plus largement, c'est toute l'Europe du Sud et les pays de la Méditerranée qui se rapprochent mécaniquement de Toulouse. Autre facteur d'optimisme mis en avant par les partisans de la nouvelle région : les entreprises locales devraient bénéficier désormais d'une plus grande visibilité à Paris et Bruxelles.

« En matière de lobbying, plus on est gros, plus on est identifié et plus on pèse », résume Michel Bossi, président de la commission affaires européennes à la CCI Midi-Pyrénées.

Montpellier

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