Alain Madelin à Toulouse : "Nous ne vivons pas une crise mais une mutation"

Alain Madelin était, jeudi 13 décembre, l'invité de Capitolium, le Club de décideurs toulousains. L'ancien ministre de l'Industrie et président du Parti républicain devenu Démocratie libérale, donne sa vision de la situation économique de la France, les conditions pour retrouver de la compétitivité, et dénonce "les erreurs" du gouvernement actuel. Il considère que la future BPI n'est qu'« une béquille » pour soutenir les investissements des entreprises. Interview.
Pour l'ancien ministre de l'Industrie, « refuser la mondialisation, c'est comme refuser la loi de la gravité, cela n'a pas de sens ». ©photo Rémi Benoit
Pour l'ancien ministre de l'Industrie, « refuser la mondialisation, c'est comme refuser la loi de la gravité, cela n'a pas de sens ». ©photo Rémi Benoit (Crédits : Rémi Benoît)

Une nationalisation de Florange était-elle possible selon vous ?
Ce qu'il s'est passé à Florange est totalement attristant parce que c'est une instrumentalisation du drame d'un certain nombre de licenciements sur un haut fourneau. Cela fait plus de dix ans que tout le monde sait qu'il doit fermer. C'est triste mais on ne va pas sauver artificiellement des emplois. Le faire serait jouer avec la peine des hommes, puisque ce serait une solution provisoire et extrêmement coûteuse et de plus au détriment de bien d'autres chômeurs qui n'ont pas accès à la télévision et aux politiques aussi facilement. C'est un mélodrame absurde. Quant à Arnaud Montebourg, il s'est fait une image de marque sur le refus de la mondialisation. C'est comme refuser la loi de la gravité, cela n'a pas de sens.

Le précédent gouvernement a mieux géré la crise que le gouvernement actuel ?
Non. La droite et la gauche partagent les mêmes erreurs. Nous ne subissons pas une crise, nous vivons une mutation. La première a été la révolution agricole, la seconde a été la révolution industrielle. En ce moment se déroule une nouvelle vague de grands changements du système de production de richesses, reprenant un processus de création-destruction. Tout l'art des gouvernements consiste à permettre à des cultures d'émerger. L'économie mondiale vit des mutations douloureuses mais on ne peut pas rêver d'un impossible retour en arrière.

Comment faire émerger de nouvelles activités ?
Les créateurs d'entreprises ne sont pas aidés par les banques, mais dans un premier temps par les business angels. Dans tous les pays, il en existe mais le système fiscal n'est pas le même partout. Il en résulte qu'il y en a 5.000 en France, 50.000 en Grande-Bretagne, et 500.000 aux États-Unis. Ajoutez à ça l'extraordinaire réglementation, et il devient difficile de créer et d'investir. J'ai cru remarquer que la gauche et la droite se sont complètement trompées. Nicolas Sarkozy a dit qu'il faudrait taxer le capital comme le travail. Les socialistes l'ont fait, c'est une énorme erreur, une erreur collective.

La fiscalité est-elle la clé de la compétitivité ?
Nous avons besoin de produits nouveaux, de produits plus beaux, faits avec de plus en plus de matière grise, en permanence tournés vers le client. Et la haute créativité à valeur ajoutée, c'est un petit nombre de personnes qui se paient très cher. Si vous les taxez à 75%, ils mettent le pied sur le frein, si vous les taxez à 25%, ils mettent le pied sur l'accélérateur. La fiscalité a un énorme rôle. J'ai rêvé qu'un président nous fasse une fiscalité "normale", même normale supérieure ! C'est-à-dire la norme européenne : maximum 45% d'impôts sur le revenu, 25% d'impôts sur les sociétés, 25% d'impôts sur les plus-values. Au fond, la question pour un entrepreneur est : "Est-ce que j'ai envie de créer, d'innover, d'investir et d'entreprendre en France ? Est-ce que cette envie régresse ou progresse ?"

Pensez-vous que la future Banque Publique d'Investissement remplira son rôle de "financeur" des entreprises ?
En France, nous sommes formidables pour faire les meilleures béquilles. Le système du capital investissement et le système bancaire ne fonctionnent pas, on veut donc faire une BPI. Les entreprises n'investissent plus, mais on a le crédit d'impôt recherche. En Allemagne, ils n'ont pas de crédit impôt recherche, mais leur recherche est plus efficace. Je crains que la BPI ne soit qu'une béquille, utile à un moment, mais qui risque d'être sollicitée pour soutenir des canards boiteux et faire une concurrence déloyale aux professionnels du marché. C'est très français.

Sur le dossier Sanofi, qui concerne Toulouse, plusieurs politiques réclament une loi contre les licenciements boursiers. Est-ce envisageable ?
Personne ne peut interdire des licenciements. De plus, une entreprise qui fait du profit a une responsabilité sociale et tient à sa réputation. Elle ne peut donc pas se comporter mal. Par ailleurs, on ne peut pas forcer une entreprise à conserver une activité qu'elle juge aujourd'hui dépassée. Cela été le drame de Kodak, qui a voulu garder l'argentique alors qu'il avait à peu près compris le numérique. Ce processus de création-destruction a lieu à l'échelle des pays, et à l'intérieur des groupes eux-mêmes. Une mutation se ferra toujours par la disparition d'un laboratoire, d'un secteur de production. Reste à savoir si cela permettra à d'autres activités d'apparaître.


 

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Commentaires 29
à écrit le 19/03/2013 à 17:09
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Alain madelin a raison, il ne faut pas taxer le capital qui s'investit en entreprise pour in fine créer de l'emploi. Par contre, le capital dormant mérite d'être taxé lourdement. Libérer les initiatives pourrait être fait notamment en diminuant le...

à écrit le 16/12/2012 à 3:40
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Quel est le mal à ce qu'une entreprise cherche à faire du profit ? Dit autrement, quel est le mal à ce qu'une entreprise, ou une personne, veuille donner le meilleur d'elle même ? Ah, ça gêne peut-être ceux qui ne veulent pas... Ça gêne ceux qui, en...

à écrit le 15/12/2012 à 22:18
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Etonnant comme Madelin dérange...

à écrit le 15/12/2012 à 21:54
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Alain Madelin => NILEDAM NIALA Blanc => Noir Chinois roulent en voiture => Françaises roulent en vélo! ???

le 14/11/2014 à 9:37
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Vite, organisation un bankothon pour les aider ! Ah, on me dit que mes impôts ont déjà servi à cela en 2008...

à écrit le 15/12/2012 à 18:57
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Pour lui l'économie se résume ainsi:, allons produire là où c'est moins cher!?, pour le reste advienne que pourra!, après nous le déluge!. Ce type même, en temps qu'ancien ministre de l'industrie (où d'ailleurs à l'époque il n'avait pas inventé l'eau...

à écrit le 15/12/2012 à 17:58
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Madelin fait semblant de ne pas savoir que les taux d'imposition qu'il évoque sont des taux marginaux. L. Bettencour est en réalité taxée à 14 %, soit comme un contribuable gagnant bien sa vie, sans plus. Le problème de la fiscalité n'est pas le nive...

à écrit le 15/12/2012 à 14:13
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Que du bon sens!

à écrit le 15/12/2012 à 13:59
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Le club des decideurs toulousains ressort alain madelin de la naphtaline . C est pour lui permettre de bou cler sa fin de mois ?

à écrit le 15/12/2012 à 13:58
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je n'ai pas les idées libérales de Mr Madelin et pense que la mondialisation doit être controlée comme le capitalisme. En ma qualité de chef d'entreprise industrielle, je pense que le problème de la création d'entreprise vient plus du manque flagrant...

à écrit le 15/12/2012 à 13:40
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L'art de proférer en permanence des absurdités avec intelligence. Une belle forme sans fond. Alain Madelin est l'un des responsables du manque de vision industrielle de notre pays. Mais, les pyromanes n'ont-ils pas tenté de tout temps de se faire pas...

à écrit le 15/12/2012 à 12:17
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Un bien meilleur aperçu de la vision du monde par Alain Madelin, à lire ici : http://ouishare.net/fr/2012/12/nouveau-monde-alain-madelin/

à écrit le 15/12/2012 à 10:20
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On a tendance a confondre les causes et les effets, l?État que l'on veut faire disparaitre est justement celle qui permet une entreprise d'exister, d'être reconnue en tant que tel Et nous appellerons "mondialisation" celle qui n'a pas su encore rempl...

à écrit le 15/12/2012 à 10:07
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La "grande mutation" c'est simplement que l'on a confier notre 'Indépendance" a d'autre qu'a ceux qui vive sur un territoire! Cette dépendance c'est ce que l'on appelle mondialisation! Facteur de paix et de progrès parait il !?

le 16/12/2012 à 9:47
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@vision & element de réponse + 1000 !

à écrit le 15/12/2012 à 10:05
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Très bonnes réflexions. Malheureusement, actuellement, pour les mesures préconisées, on en est très loin. Le gouvernement actuel cherche à punir le détenteur de capital (voir le traitement fait aux "pigeons", la punition infligée par l'écologiste Duf...

à écrit le 15/12/2012 à 9:19
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Actuellement le pouvoir de décision est entre les mains de la haute administration sur laquelle les politiques se déchargent et vers laquelle les grandes entreprises se tournent en permanence pour régler leurs problèmes: il y a donc une accaparation ...

à écrit le 15/12/2012 à 9:02
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Ce Monsieur a tout a fait raison, il a oublié de dire que la mondialisation est passée par là et que l'Europe s'est gargarisée de son passé mais elle s'est fait dépasser par le monde, en plus de cela elle a vécu au-dessus de ses moyens pour nourrir s...

à écrit le 15/12/2012 à 8:28
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La mutation consisterait à prendre en compte le role de l'énergie dans le développement de l'économie.La compétitivité consisterait à transférer une partie des charges sociales sur l'énergie.

à écrit le 15/12/2012 à 6:57
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Y a du vrai et du moins vrai . L'état doit réguler les excès et les mauvais comportements mais doit aussi faciliter la vie de l'entrepeneur : fiscalité stable et non confiscatoire, simplification du processus de taxation. Au lieu de faire un crédit d...

à écrit le 15/12/2012 à 1:43
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"De plus, une entreprise qui fait du profit a une responsabilité sociale et tient à sa réputation. Elle ne peut donc pas se comporter mal." ça j'y crois pas du tout. c'est vrai que l'entreprise ne veut pas passer pour un mouton noir, c'est pas bon po...

à écrit le 15/12/2012 à 0:22
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Vous avez raison sur toute la ligne. Nous avons une droite d'interventionnistes et une gauche de fonctionnaires. Ni les uns ni les autres ne sont en mesure de comprendre ce que sont les raisons du développement économique : favoriser l'investissement...

à écrit le 14/12/2012 à 23:46
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Il a raison,aligner la fiscalité du capital sur celle du travail est une monumentale erreur,et le fait qu'elle fasse consensus droite/gauche est très inquiétant,montrant a quel point les élites francaises baignent dans un consensus "colberto marxiste...

à écrit le 14/12/2012 à 22:05
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Voici des propos bien dérangeants à lire les commentaires...

à écrit le 14/12/2012 à 21:50
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Les taux de taxes donnés en référence par Madelin sont a peu prêt les taux américains. Les solutions sont américaines (Madelin est notre meilleur franc-maçon) . L'Amérique c'est le nouveau monde d'après la "mutation" ? ou l'ancien ? Vu leur dette, l...

à écrit le 14/12/2012 à 21:38
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N'est ce pas le meme Madelin qui au debut de la crise financiere nous parlait de crisounette sans consequence ?

à écrit le 14/12/2012 à 21:03
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En mandarin c'st le meme mot alors Madelin n'invente rien , il fait dans la tautologie sémantique.........C'est vrai que Madelin a toujours cru voir des différences , des frontières étanches meme là ou il n'y en a pas , comme face à un certain n...

à écrit le 14/12/2012 à 20:58
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Comment peut il être crédible lorsqu'on voit ce qu'il fait avec le groupe AD Industrie. Aucune création et innovation depuis des années mais ça vie de subvention... Vraiment triste tout ça!

à écrit le 14/12/2012 à 20:12
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Vraiment crédible Madelin, surtout quand il nous rassurait sur le nuage de Tchernobyl, pour une fois cependant son discourt semble moins farfelu.

à écrit le 14/12/2012 à 19:11
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Nous vivons une période formidable! Ce n'est pas une mutation mais un changement de civilisation, comme la France a pu le connaître au XVI° siècle , la Renaissance. Le changement des transmissions du savoir - perte du papier, utilisation d'Internet-,...

le 21/10/2014 à 10:36
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Belle initiative ! Mais les bureaucrates de tous poils collaboreront-ils pour qu' elle réussisse ?

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