Tops et flops du Louvre-Lens (4/4) : la dynamique est là... mais où sont les investisseurs?

Geneviève Hermann, à Lille

Geneviève Hermann, à Lille
A l'annonce de l'arrivée du Louvre-Lens, tout le monde s'accordait sur le manque cruel de structures d'accueil touristique. La présence d'un hôtel 4-étoiles ou, au moins, d'un 3-étoiles semblait indispensable. Un projet de transport en commun reliant Lens, Lieven et Hénin-Beaumont sur 25 kilomètres sous la forme d'un tramway était même à l'étude. Las ! il a été abandonné.
En revanche, il y a aura bien un hôtel, et ce sera un 4-étoiles. Mais il faudra encore attendre. Son ouverture n'est prévue que pour début 2018. En lui-même, le projet hôtelier est original, il consiste à valoriser le patrimoine minier en utilisant d'anciens corons, ces petites maisons réservées aux mineurs. Un ensemble d'une vingtaine de ces maisons, idéalement situées à l'entrée du musée, sont déjà murées. Les façades sont habillées de photos d'habitants en attendant le démarrage des travaux. Conduit par le bailleur social "Maisons & Cités" avec l'appui de la Mission Louvre-Lens de Pas-de-Calais Tourisme, le projet prévoit la création d'un complexe hôtelier de haut-de-gamme avec 52 chambres, un restaurant et un estaminet, ainsi que des espaces sport et détente. S'inscrivant dans le cadre d'une opération de grande ampleur, il vise à réhabiliter l'îlot Parmentier de la cité minière qui fait face au musée (voir photo aérienne ci-dessous, juin 2016, Reuters). Cette réhabilitation est une initiative pilote de "Rev3" (un "forum d'orientation" également baptisé "la Troisième Révolution Industrielle en Hauts-de-France") qui sert d'expérimentation pour de nouvelles pratiques destinées à réduire les dépenses énergétiques et à améliorer le cadre de vie des habitants.
Le 29 juin dernier, le Premier ministre Manuel Valls s'est même déplacé à Lens avec plusieurs membres du gouvernement pour annoncer le lancement d'un « projet d'intérêt majeur » visant à reconvertir les cités du bassin minier. Connu pour avoir marqué de son empreinte le quartier de la Défense à Paris et celui d'Euralille, l'urbaniste Jean-Louis Subileau a pour mission d'en définir les grandes orientations. Que ce grand chantier soit porté par une figure emblématique devrait aider à sa réalisation, annoncée pour durer une quinzaine d'années. Il y a plusieurs milliers de logements à rénover. Mais, dans le contrat de plan Etat-Région, encore aucun crédit n'a été affecté à ce « projet d'intérêt majeur ».
En attendant, certains habitants ont déjà fait preuve d'initiative. Comme la famille Delroisse qui a transformé en gite écologique l'ancienne maison d'instituteur de la cité du 11/19. Elle n'a pas hésité à investir 150.000 euros pour aménager trois habitations en bois dans son jardin: de fait, ses "Gîtes de l'école buissonnière" ont même obtenu le label Euralens et sont répertoriés par "ALL", "Autour du Louvre-Lens", la destination touristique portée par la Mission Louvre-Lens de Pas-de-Calais Tourisme.
L'activité hôtelière a également augmenté. Depuis l'ouverture du Louvre-Lens et l'inscription du bassin minier au patrimoine mondial de l'Unesco, 6 nouveaux hôtels ont vu le jour dans un rayon de 30 minutes autour du musée, entraînant la mise à disposition de 156 nouvelles chambres. Soit une progression de 10 % entre 2013 et 2015 quand, dans le même temps, elle n'était que de 4 % sur toute la France métropolitaine. Sur cette même période, 371 emplois dans la restauration ont été créés et plus de 600 pour l'ensemble des secteurs en lien avec l'activité touristique. Le taux de chômage a baissé de 1,4% sur Lens-Liévin-Hénin-Carvin et de 1% sur la zone voisine de Béthune-Bruay. Peu de zones d'emploi ont connu une telle évolution sur les trois dernières années.
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Pour Benoît Brocq, directeur du Pôle métropolitain de l'Artois, le tourisme à lui seul ne peut expliquer cette tendance à la baisse du chômage:
Transformer un territoire prend du temps. Plus de dix ans, d'après Bernard Masset, délégué général d'Euralens. Si "l'effet Bilbao" est souvent évoqué pour décrire ce qui est attendu de l'implantation du Louvre-Lens, il est encore trop tôt pour en comparer les impacts. A Bilbao, le musée Guggenheim a ouvert ses portes 7 ans après le lancement du programme de reconversion du territoire. Et son arrivée n'était même pas envisagée au départ. A Lens, au contraire, la décision d'y implanter une antenne du Louvre a été le déclencheur du projet de transformation du territoire.
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Dans la mesure où elle permet d'associer tous les acteurs français du tourisme, publics et privés, autour d'une même marque de territoire, la signature l'année dernière du contrat de destination touristique « Autour du Louvre-Lens » (ALL) porté par le ministère des Affaires étrangères et du Développement international devrait encore donner un coup de pouce à l'attractivité de ce territoire longtemps laissé à l'abandon.
Le Musée du Louvre-Lens, vue nocturne (crédit photo : Musée du Louvre-Lens / Hisao Suzuki)
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Par Geneviève Hermann, à Lille
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