À Bordeaux, des petits patrons "sidérés" reçoivent un coup de main d'entrepreneurs aguerris

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Le président de la CCI de Bordeaux-Gironde Patrick Seguin estime que 40% des entreprises du département, surtout des TPE aux difficultés structurelles de trésorerie, ne rouvriront pas forcément.
Le président de la CCI de Bordeaux-Gironde Patrick Seguin estime que 40% des entreprises du département, surtout des TPE aux difficultés structurelles de trésorerie, "ne rouvriront pas forcément". (Crédits : DR)
L'association Entraide & entrepreneurs, spécialisée depuis 2016 dans l'accompagnement longue durée des entrepreneurs, est passée en "mode urgent" depuis le début de la crise sanitaire. Des bénévoles parrains sont là pour coacher leurs "filleuls" et les aider à traverser cette période difficile.

Voir sa trésorerie s'envoler, se débattre dans le maquis des aides, "ne plus savoir par quel bout" redémarrer: à Bordeaux, des petits patrons "sidérés" par la crise sanitaire reçoivent un coup de main d'entrepreneurs aguerris pour ne pas sombrer.

Depuis quelques semaines, les parrains bénévoles d'Entraide & entrepreneurs reçoivent beaucoup d'appels d'"anxiété", et les mêmes mots reviennent : "ma trésorerie est à sec", "j'ai peur d'y aller".

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90 cas à solutionner

Avec le Covid, cette association bordelaise aux 65 bénévoles spécialisée depuis 2016 dans l'accompagnement longue durée des entrepreneurs, est passée en "mode urgent" pour épauler commerçants, indépendants, artisans mis à l'arrêt par huit semaines de confinement.

Au bout du fil, il y a des restaurateurs, propriétaires de cabaret ou de chambres d'hôte, esthéticienne, concessionnaire, au total 90 cas à solutionner à la demande de la cellule de soutien et d'écoute "covid" installée par la région Nouvelle-Aquitaine avec le concours d'autres associations.

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"Ce qu'on observe d'abord, c'est qu'ils ont bien besoin de parler [...]. Il y a une angoisse pas possible par rapport à cette reprise qu'on ne peut anticiper. La 2e chose, c'est qu'ils sont un peu perdus dans les aides, ils recherchent un appui technique", constate la présidente Claudine Péry, une ex-patronne.

Ces bénévoles parrains coachent leurs "filleuls" pour rassurer leurs créanciers, négocier avec le banquier, avant tout traquer les aides dans les circuits de l'État, des collectivités, CCI ou fondations.

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Car "pour trouver le bon lien, le bon formulaire, repérer les aides locales, c'est une petite chasse au trésor", plaisante Hervé Papot, l'un de ces parrains dont le métier est justement d'accompagner les dirigeants d'entreprise en période complexe.

Réouvertures incertaines

Les aides sont "une bouffée d'oxygène efficace à l'instant T [...] mais on sait que beaucoup d'entreprises vont être gênées au redémarrage", relativise Alonso Rivas, un autre bénévole. "Ça va démarrer, oui, mais sous quelle forme et à quelle vitesse ? Ça, ça les inquiète beaucoup, il y a une forme de sidération", abonde cette marraine, Laure Granet.

Dans les cas les plus délicats, l'association va plus loin avec un plan d'accompagnement sur mesure pour projeter les entrepreneurs dans l'après-Covid.

"On va les obliger à se repositionner en fonction d'une reprise fluctuante", donc penser pas un mais trois prévisionnels à 6 mois: "un pessimiste, un moyen et un optimiste", détaille Mme Péry.

En mode "survie"

Depuis quelques jours, un collège composé de deux parrains, d'un juriste et d'un coach pour le soutien moral, se penche ainsi sur le cas de Djenia, restauratrice de 55 ans en mode "survie" depuis que le cœur battant de sa clientèle - les touristes - a déserté son village, carte postale du Périgord noir.

Avec des aides en perfusion, elle pense "sauver les meubles" jusqu'à fin juin et une hypothétique reprise. "C'est un tsunami qui m'est tombé dessus", souffle cette mère de famille aux nuits clairsemées.

"Ils vont m'aider à garder raison, à affronter ma solitude", espère-t-elle à la sortie d'un "brainstorming" en visioconférence.

Donc oui, elle va repenser son activité mais sans rogner sur "ses fondamentaux", prévient-elle en militante de la "cuisine avec du local". Peut-être faudra-t-il revoir ses prix et ses achats, doper la communication et monter en puissance sur la vente à emporter en trouvant des "tuyaux" pour des emballages moins chers. "On la challenge", résume Laure Granet.

Bien référencé, le restaurant pourtant "menait sa barque" avant l'arrêt brutal. Mais d'autres entreprises, "celles qui étaient déjà au bord du gouffre [...] passeront de malades à très malades, et certaines vont mourir, c'est sûr", anticipe Hervé Papot.

En ce début de déconfinement, le président de la CCI de Bordeaux-Gironde Patrick Seguin estime que 40% des entreprises du département, surtout des TPE aux difficultés structurelles de trésorerie, "ne rouvriront pas forcément".

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