Les vignobles externalisent, le saisonnier trinquent
Pierre Cheminade
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Saisonniers dans les vignes
SIPA
Pierre Cheminade
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Saisonniers dans les vignes
SIPA
Campements sauvages, squats, marchands de sommeil : le logement des travailleurs saisonniers dans le Médoc n'est pas toujours reluisant. Le recours massif à la sous-traitance pour les travaux de la vigne entraîne souvent une précarité tout au long de l'année, contrastant singulièrement avec le prestige et la richesse des vins de Bordeaux. Malgré une prise de conscience collective et quelques initiatives, les solutions patinent.« « Avant, on connaissait les saisonniers, on les formait, on les revoyait d'une année sur l'autre. Il y avait un terrain, des douches et les repas.On était cinq salariés. Il y a cinq ans, le nouveau propriétaire a viré les quatre autres pour recourir, via des prestataires, à des gars toujours différents et logés dans une cabane vraiment pas terrible. » Après trente-cinq ans de métier, ce gérant d'un vignoble du Médoc a décidé de prendre sa retraite anticipée en 2018, dégoûté par l'évolution de ses conditions de travail. C'est un fait : la tradition d'embauches directes des ouvriers viticoles a laissé place, sauf exception, à un recours généralisé à des entreprises de prestations de travaux viticoles.
La tradition de fournir le gîte et le couvert a elle aussi quasiment disparu. Et le Médoc, connu dans le monde entier pour ses appellations Margaux, Pauillac ou Saint-Estèphe, ne fait pas exception. Bien au contraire. Beaucoup de travailleurs saisonniers y sont logés décemment, y compris par des prestataires de services - être logé à la propriété n'a jamais non plus été une garantie de confort. Mais les conséquences de l'externalisation à tout-va n'ont pas tardé à se concrétiser pour quelques milliers de personnes. Le lien direct entre l'employeur et le travailleur étant désormais brisé, ce dernier n'est bien souvent plus rattaché à un château en particulier et personne ou presque ne se soucie de savoir où et comment il vit.
À lire également
Si des prestataires respectent les règles, d'autres ferment les yeux et certains s'enrichissent même sur le dos des travailleurs pauvres. Le tout conjugué à une pénurie d'aires d'accueil. Ainsi, du centre-ville de Pauillac, hanté par des marchands de sommeil (lire page suivante), aux travailleurs pauvres vivant dans leur camion, dans les bois ou dans des maisons squattées, y compris en plein hiver, la précarité fait désormais partie du décor. À Saint-Laurent-du-Médoc, sur un terrain privé jouxtant la déchetterie, derrière une rangée d'arbres, des dizaines de personnes, la plupart espagnoles, vivent durant des mois voire des années sans eau, ni sanitaire. Un campement qui peut accueillir plusieurs dizaines de véhicules et pas loin de 200 personnes pendant les vendanges. Ses occupants viennent autant par défaut que par choix, y trouvant un emplacement libre et gratuit... mais avec son lot de problèmes de sécurité et d'accès aux soins : alcool, drogue, maladies et même une personne amputée de deux doigts à cause du gel en 2018.
Pierre Cheminade
Après un mois de grève, les salariés de Dumarey exhortent l'État à trouver un repreneur
Choose France : Boehringer Ingelheim investira un demi-milliard d'euros dans l'Hexagone
Défense : les industriels du Nord-Franche-Comté plaident pour accélérer le réarmement français
Énergie marine : la filière de l'hydrolien suspendue à un arrêté sur le prix de rachat de l'électricité