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Erwann Loret, chercheur sur le VIH : "Notre vaccin est le seul essai en phase 2 autorisé dans le monde"

Photo de Jean-Louis Alcaide

Propos recueillis par Adeline Descamps, à Marseille, Méridien Mag

Publié le 30 octobre 2013 à 17:34 - Mis à jour le 30 octobre 2013 à 17:56

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Le chercheur marseillais Erwann Loret et son équipe, sont à l’origine d’un candidat vaccin thérapeutique contre le Sida. Des essais cliniques sur des patients infectés sont en cours au centre d'investigation clinique de l’hôpital de la Conception à Marseille. Depuis 15 ans, le professeur concentre ses efforts sur l’étude d’une protéine sécrétée par les cellules infectées par le virus qui empêcherait le système immunitaire de lutter efficacement contre le virus.

Comment évolue la maladie en terme de contamination ?

Erwann Loret : Nous savons que 33 millions de personnes sont infectées dans le monde avec une progression de 10 % par an de l'épidémie mais une stagnation du nombre de contaminés du fait de la mortalité qui équilibre les nouvelles contaminations. Au CHU Conception de Marseille (service maladie infectieuse), 4 000 personnes sont traitées sur le VIH. Avec les deux autres centres, les services "maladies infectieuses et tropicales" de l'Hôpital Nord et de Sainte-Marguerite, nous devons être autour de 5 000 patients. Je ne dispose pas des données régionales mais il y a trois autres pôles importants à Toulon, Avignon et Nice (*).

Pourquoi n'y-a-t-il toujours à ce jour qu'un seul traitement : la trithérapie ?

On parle de trithérapie mais en réalité, il s'agit d'un cocktail de trois antirétroviraux et il y a actuellement 4 cocktails proposés, qui représentent des combinaisons d'une vingtaine de molécules différentes. Donc, on peut dire que depuis l'arrivée de l'AZT en 1988, qui était le premier antirétroviral, d'autres molécules sont apparues pour toucher plusieurs cibles. Actuellement, de nouvelles molécules - des anti-intégrases - sont en cours de test. On a maintenant un panel qui permet de toucher le cycle du virus à plusieurs niveaux et de garder les patients avec une virémie indétectable.

Cela fait 15 ans que vous travaillez sur le sujet. Le temps de développement d'un vaccin est si long ? 

Effectivement, pour un nouveau traitement, il faut compter une dizaine d'années de phases de développement et il est vrai que pour nous, ce fut un peu plus long que prévu. La recherche d'un vaccin a pourtant été une priorité et ce, dès que les équipes du professeur Luc Montanier ont identifié le virus comme agent causal du sida en 1983. Il est clair que seul un vaccin permettra d'éradiquer cette maladie. Aujourd'hui, les traitements disponibles permettent de bloquer le cycle viral mais dès que le traitement est arrêté, en trois semaines, les patients présentent à nouveau une charge virale : le virus est donc toujours présent dans les cellules. L'objectif de la recherche au niveau mondial est de parvenir à éliminer les cellules infectées par le VIH car si on est capable aujourd'hui de bloquer la propagation des cellules, on ne parvient toujours pas à les éliminer. Les premières approches de vaccin, qui ont ciblé les particules virales, se sont avérées totalement inefficaces si bien qu'elles ont été stoppées dans les années 90 Ces cinq dernières années, la recherche (financée par l'Agence nationale de recherche sur la santé) s'est concentrée sur des approches qui ciblent les cellules infectées par le VIH, visant à renforcer les cellules (tueuses) cytotoxiques. Les tests cliniques n'ont pas donné non plus les résultats escomptés.

Votre approche est différente : elle cible une protéine sécrétée par les cellules infectées par le virus du Sida et n'a pas été financée par l'Agence nationale de recherche sur la santé.

Effectivement, car elle avait fait le choix de développer une autre approche que la nôtre. Les essais cliniques sont en cours et c'est grâce à l'Assistance Publique - Hôpitaux de Marseille, avec le rôle majeur de soutien de l'Université Aix-Marseille.

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Combien de projets similaires sur les vaccins sont actuellement menés dans le monde ?

 Depuis 30 ans, il y a eu 600 essais cliniques de vaccins. Mais la plupart n'ont pas dépassé la phase 1, à savoir de tolérance, et donc pas été autorisés à passer dans la phase 2 (efficacité du vaccin). En début d'année, nous avions cinq projets concurrents et aujourd'hui, nous sommes le seul essai en phase 2 autorisé dans le monde. Il a démarré en septembre au CHU Conception.

Quelle est la valeur ajoutée de ce vaccin ?

Ce principe actif n'a encore jamais été testé sur des essais cliniques. Il l'a été sur le modèle macaque avec succès puisqu'en 2006, nous avions publié des résultats d'élimination des cellules infectées suite à cette vaccination. Ces résultats ont été confirmés l'année dernière par l'université d'Harvard et une publication a confirmé il y a deux mois que ce sont bien les anticorps contre la protéine TAT qui ont permis aux macaques vaccinés de résister au virus.

Où en êtes-vous dans vos essais ?

La phase 1 est toujours en cours sur 48 patients. Les 2/3 ont passé les premières étapes de vaccination et l'on a observé sur une majorité de patients une excellente tolérance et une bonne réponse sérologique. Pour quelques patients, la phase 2 a commencé en septembre. Nous pensons qu'ils passeront tous en phase 2 d'ici février.

Ensuite ?

En phase 2, on demande aux patients d'arrêter leur traitement (trithérapie) pendant deux mois et si leur virémie reste indétectable à l'issue de cette interruption, cela montrera l'efficacité du vaccin. L'objectif étant qu'au moins 30 % des patients parviennent à maintenir leur virémie indétectable après interruption.

Le vaccin est-il préventif ? 

On a tendance à considérer les vaccins comme essentiellement préventifs mais c'est oublier que Louis Pasteur avec son vaccin contre la rage a été testé dans un protocole thérapeutique. Nous nous adressons à des patients déjà malades. Tous nos volontaires sont des patients séropositifs. Notre critère d'efficacité principal est de remplacer la trithérapie pendant deux mois. On sera fixé mi-2014. Les résultats seront alors analysés par des experts internationaux. Et dans une perspective positive, quel horizon pour une autorisation de mise sur le marché ? E.L : C'est une question à laquelle il est difficile de répondre aujourd'hui. Par exemple, si l'on regarde pour l'AZT, l'efficacité a été démontrée très rapidement et l'AMM obtenue en 3 mois parce qu'il n'y avait à l'époque aucun traitement contre le sida. En fonction de nos résultats, l'agence du médicament peut estimer que le vaccin apporte un bénéfice très net aux patients et sollicite au moins des autorisations temporaires (ATU). Tout dépendra des résultats et en fonction de leur côté plus ou moins probant, l'AMM pourra être plus ou moins longue.

Votre budget pour poursuivre est bouclé ?

Je ne suis pas autorisé à répondre à cette question. Quel que soit le cas de figure, l'AP-HM mènera ces essais cliniques à leur terme.

Votre marché ?

C'est une question délicate : un premier vaccin pourra certes intéresser l'industrie pharmaceutique mais il faut savoir que le traitement du sida coûte à la sécurité sociale11 Mds € par an tandis que la vaccination devrait couter moins de 200 à 300 euros. On comprend donc pourquoi l'industrie pharmaceutique a concentré ses développements sur des rétroviraux. Et le traitement est d'autant plus rentable que le malade demeure contaminé. Il est plus lucratif de vendre un traitement quotidien qui ne vous guérit pas et vous rend dépendant en plus !

La France est en pointe sur la recherche sur le VIH ?

Avec 30 M€ de budget alloué, elle est plutôt bien dotée mais on peut regretter que ces financements soient mal répartis.

Je suppose que vous ne pouvez pas développer ?

Ne vous inquiétez pas. Je le ferai en cas d'efficacité du vaccin !

Vous dirigez l'unité de recherche sur le VIH à la Faculté de pharmacie, et vous avez travaillé pendant 3 ans aux États-Unis. Pourquoi aller à la rencontre des jeunes dirigeants?

Derrière cette approche vaccinale, il y a une innovation technologique. Car au-delà du caractère thérapeutique, Il y a aussi un intérêt dans le cadre des nouveaux vaccins, synthétiques mais surtout nanovaccins, qui ont un énorme avantage : ils sont entièrement stériles. En l'occurrence, cela intéresse les jeunes dirigeants.

(*) En France, entre 15 000 et 30 000 personnes seraient aujourd'hui contaminées par le virus du Sida sans le savoir, tandis que 150 000 se savent infectées. En 2011, 6 100 personnes ont découvert leur séropositivité (Agence nationale de recherche sur le sida)

Propos recueillis par Adeline Descamps, à Marseille, Méridien Mag

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