Geps Techno teste l'énergie de la houle en grandeur nature

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Philippe Magaldi et Jean-Luc Longeroche, cofondateurs de Geps Techno.
Philippe Magaldi et Jean-Luc Longeroche, cofondateurs de Geps Techno. (Crédits : DR)
Venue sur le marché de l'énergie autonome en mer, la startup nazairienne Geps Techno s'apprête à installer son prototype de plateforme houlomotrice sur le site d'essais SemRev, au large du Croisic. Comme une maison témoin, la structure va accueillir des prospects pour les convaincre de la fiabilité d'une solution inédite, plus verte et moins coûteuse que les générateurs diesel.

Impressionnantes dimensions : 21 mètres de long, 14 de large et 7 mètres de haut... Construit pendant l'été par la société Mecasoud, l'immense « parallélépipède » jaune de 160 tonnes imaginé par la startup nazairienne Geps Techno pour transformer l'énergie des vagues en électricité rejoindra, fin janvier, le site d'essais en mer SemRev, au large du Croisic (44), où flotte déjà l'éolienne de la société marseillaise Ideol, conçue dans le cadre du projet Floatgen.

Cette fois aussi, les essais devraient durer 18 mois. D'une puissance de 150 kW, la plateforme autonome « Wavegem » doit être en mesure de démontrer sa fiabilité et sa capacité à fournir suffisamment d'électricité pour des besoins auxiliaires dans l'off-shore pétrolier, l'aquaculture, de petites îles, des champs éoliens marins...

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« On a beaucoup d'applications à très court terme qui ont besoin de 150 à 500 kW », indique Jean-Luc Longeroche, l'un des fondateurs du projet et dirigeant de Geps Techno.  Pour produire une telle quantité d'énergie, on a dû accroître la dimension de la plateforme tout en conservant l'instabilité utilisée pour la production d'énergie.

Un rendement modeste garanti

Face à cette problématique, il a fallu trouver des astuces. L'école Centrale et l'école d'ingénieurs ICAM sont montées à bord du projet.  « Le vrai savoir-faire, c'est d'obtenir une plateforme stable au niveau statique et qui accepte de bouger beaucoup. Comme un culbuto qui revient toujours à la bonne position. A l'intérieur, une circulation d'eau est créée pour générer l'énergie », détaille Jean-Luc Longeroche. La plateforme est équipée de panneaux solaires et d'un banc d'essais qui permettra, grâce à un système de stockage intégré, de simuler des productions et des consommations malgré l'intermittence des vagues.

La quantité moyenne d'énergie produite devrait s'élever à 30 kW, soit un cinquième de la puissance installée, et ce, quelles que soient les conditions de mer, les pannes ... L'objectif est volontairement modeste mais les meilleures productions d'énergie renouvelable ne vont pas au-delà de 30 à 40 kW.

« Ce prototype, c'est en quelque sorte notre maison témoin. L'objectif est d'y emmener nos clients pour leur montrer que ça fonctionne bien, que ce n'est pas simplement de la vidéo de synthèse. Ce sera le moyen de tester différentes configurations pour faire progresser le rendement », souligne le dirigeant de Geps Techno. « Ici, on s'adresse au marché de l'autonomie et non au réseau. Quand un client achète 10 kW, il veut être certain d'avoir ses 10 kW où qu'il se trouve, au milieu l'Océan Indien ou dans une baie. »

Un soutien des industriels, des académiques et des financeurs

Né dans la tête de trois ingénieurs des Chantiers de l'Atlantique, ce concept d'énergie hybride (vagues, vent, solaire, courant) autour d'un même flotteur s'est concrétisé en 2011 avec la création de Geps Techno, aujourd'hui dirigée par Jean-Luc Longeroche et Philippe Magaldi. Très vite, l'énergie des vagues s'est avérée plus prometteuse que les autres, remises à plus tard.  Un premier programme de R&D (PMH) a débouché sur deux lignes de produits commercialisés depuis 2015 : une bouée capable de produire de l'énergie (1 kW) et faire de la mesure en mer (Octopusea devenu Wavepearl) ; l'autre, pour réduire le roulis des navires (Sire). « Avec une dizaine de bouées et une dizaine de navires stabilisés, aujourd'hui, on vit de cela, principalement à l'export », résume Jean-Luc Longueroche.  En 2017, le chiffre d'affaires atteignait un million d'euros. « Pour un résultat net de 50.000 €. Pas si mal pour une start-up », se félicite Jean-Luc Longeroche., Car, plutôt que de s'éparpiller sur quatre sources d'énergie, Geps Techno a focalisé sur le projet houlomoteur, à travers le programme collaboratif IHES (Integrated Harvesting Energy System) dans lequel ont embarqué Geps Techno, en tant que pilote et coordinateur, l'électricien SNEF, les Chantiers de l'Atlantique, la filiale du groupe Bolloré Blue Solutions, Centrale Nantes, l'Ifremer et l'ICAM, à Carquefou (44). Cette dernière a notamment travaillé sur la conception et la réalisation d'un banc d'essais, sous la forme d'une maquette du système houlomoteur implanté dans un container. « Le banc d'essais reproduit ainsi le mouvement de la houle et mesure l'énergie récupérée par les turbines et les génératrices », dit-on à l'Icam.

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Vente de kilowatts ou de plateformes ?

Soutenue par BPIFrance, Geps Techno a réalisé une première levée de fonds d'un million d'euros auprès de 65 acteurs de son réseau, devenus actionnaires du holding Geps Innov, où les Chantiers de l'Atlantique sont intervenus en fonds propres. Dernièrement, une deuxième levée de fonds de 2 millions d'euros vient d'être réalisée auprès de ces mêmes partenaires, de Subsea 7, leader mondial des infrastructures sous-marines pour l'industrie pétrolière et gazière, d'Ifremer, d'un réseau de Business Angels et de la plateforme de financement participatif Simple.

Les essais menés en mer vont aussi permettre d'affiner le modèle économique de la start-up qui proposera, soit la vente de plateforme soit l'achat de kW, vendus de 15% à 20% moins cher que le tarif de l'énergie produite par un générateur diesel.

« Nous sommes avant tout un bureau d'études et n'avons pas vocation à nous lancer dans la construction de plateformes. Elles peuvent être fabriquées par n'importe quel chantier naval. A nous de trouver les partenaires capables de construire la coque et d'assembler les turbines, générateurs et systèmes de conversion. Ces tests vont aussi nous permettre d'affiner le chiffrage des programmes. »

Venue sur le marché peu concurrencé des plateformes houlomotrices à forte puissance, Geps Techno estime qu'elle pourrait d'ici 3 à 5 ans atteindre un chiffre d'affaires de 20 millions d'euros. Essentiellement à l'exportation, même si EDF Enr s'intéresse de près à ces innovations. En 2017, Geps Techno fut lauréate de la catégorie « Smartbusiness » du concours EDF Pulse 2017 où candidataient 519 start-ups.  « L'objectif est, maintenant, de décrocher une commande ferme pour 2019, sans doute auprès des opérateurs pétroliers ou des EMR », confie Jean-Luc Longeroche.

Par Frédéric Thual,
correspondant des Pays de la Loire pour La Tribune

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