Startups : le réseau des Villages by CA veut encore accélérer

Avec 600 startups accompagnées à travers la France, l'accélérateur estime avoir permis de lever plus de 400 millions d'euros, dont les trois quarts à Paris.
(Crédits : DR)

La dernière naissance d'un Village by CA date d'il y a deux mois. Le 8 mai dernier, à Marne-La-Vallée, Sylvie Brion, ex-responsable de la banque privée de la caisse régionale Brie-Picardie, revêtait son écharpe de maire - une appellation attribuée à Alain Juppé lors de la visite de l'accélérateur parisien - et ouvrait son Village by CA sur 1500 mètres carrés. « J'avais soumis l'idée à ma direction et puis un jour on m'a dit "Il y a quelque chose à faire autour d'un village de l'innovation à Marne-la Vallée. Étudie le projet". » Le 31e. Suivront Niort et La Martinique d'ici à la fin de l'année. Biarritz et quelques autres en 2020, pour boucler un programme de développement voulu pour coller aux 39 caisses régionales présentes sur le territoire.

Compétition pour remporter le titre de premier accélérateur français

« Il nous en manque cinq ou six. Nous couvrirons l'ensemble des caisses d'ici à dix-huit mois. L'objectif est aussi de poursuivre notre développement international avec l'ouverture d'un deuxième Village en Italie, à Parme, puis de prendre pied dans cinq ou six capitales européennes où nous sommes présents », projette Juliette Nigrelli, directrice de l'innovation de la Fédération nationale du Crédit Agricole (FNCA). Avec ses 40.000 mètres carrés cumulés, le réseau des Villages dispute à Station F (34.000 mètres carrés), créé par Xavier Niel, patron d'Illiad, maison mère de Free, le titre de premier accélérateur français. En surface seulement. Avec 600 startups accompagnées à travers la France, l'accélérateur estime avoir permis de lever plus de 400 millions d'euros, dont les trois quarts à Paris.

On est loin des capacités de Station F, créé pour être le plus grand campus de startups du monde, dimensionné pour accueillir 1.013 startups, représentant 317 millions d'euros de levées, et 3.000 entrepreneurs. Dans un paysage de l'accélération marqué par les pivots de The Family, du Numa vers l'éducation, la création de La Boussole, agrégateur de compétences au service des entrepreneurs né à l'initiative d'une dizaine de structures d'accompagnement - dont le Village by CA - pour le Crédit Agricole, l'enjeu est peut-être ailleurs.

« À l'origine, les startups venaient nous voir avec des demandes de financement. Nous ne savions même pas ce qu'était une startup. Alors pour mieux les connaître, on les a hébergées », explique Édouard Bely, chef de projet Déploiement et animation du réseau à la FNCA. Comme toute entreprise, la banque verte ressentait aussi le besoin de changer en interne et de renouveler son image.

« Ces startups allaient nous permettre de nous transformer, et à nos collaborateurs de réfléchir à l'innovation, d'évoluer eux-mêmes et de créer de nouveaux produits, services... Être au fait de tout ce qui se passe sur les Fintech intéressait aussi nos clients », résume le chef de projet des Villages.

Les projets commencent à fleurir

Proposés à un comité de labellisation, les projets ont commencé à fleurir. À Paris, rue de la Boétie, sur 5.000 mètres carrés, dans un lieu devenu emblématique pour le réseau, puis en province, à Lille, Montpellier, Sofia Antipolis... en s'appuyant sur le réseau des caisses régionales et un guide des bonnes pratiques fournissant les grandes lignes du modèle à développer, où chaque caisse régionale reste autonome et libre dans ses arbitrages.

« Pour les petites lignes, les maires viennent nous voir... et s'immergent pendant un jour, deux jours ou une semaine pour constater les conditions de fonctionnement d'un Village », remarque Nathalie Massé, maire du Village by CA Atlantique Vendée à Nantes, devenu un modèle de développement (voir l'encadré page suivante). « Nantes fait référence sur la communication et sa capacité à capter les partenaires. C'est un lieu qui ressemble plus aux villages de France que Paris.

Nous y avons emmené les cadres, le conseil d'administration de la caisse régionale, des partenaires potentiels pour démystifier ce qui peut paraître un peu nébuleux... », explique Fabien Elie, futur maire du Village by CA de Charente-Maritime Deux-Sèvres, qui ouvrira le 16 septembre prochain à Niort. « Convaincre les partenaires de venir, c'est bien, leur donner envie de rester c'est fondamental. La problématique, c'est comment générer du business entre startups et partenaires ? », dit-il.

La vigie du groupe sur l'innovation

« Le Village, c'est the place to be. Rien qu'en y venant déjeuner, on assiste au pitch de deux startups », reconnaissent Marilène Fleitour, chef de projet Innovation chez Fleury Michon, partenaire de longue date du Village nantais, et Aline Jegou, responsable du Lab Innovation, créé il y a deux ans par le géant de l'agroalimentaire, basé en Vendée (3800 personnes), pour identifier des relais de croissance, promouvoir le « manger sain » et l'innovation en interne. « Nous sommes la vigie du groupe. L'objectif est d'être en veille sur les tendances et la prospective, de communiquer en interne pour ouvrir et embarquer les collaborateurs au-delà des services marketing et R & D jusqu'à aboutir à la mise en oeuvre de plateformes d'innovation, et à l'inverse nous mettons notre expertise et notre réseau au service des startups ». C'est un des atouts du réseau. Selon une étude du réseau des Villages by CA et de Capgemini, 86 % des startups interrogées indiquent avoir pu mener des expérimentations au sein de grands groupes. Ces derniers se félicitant à 88 % de la clarté des objectifs de collaboration.

"Une autre façon de penser"

Chez Fleury Michon, des journées ont été organisées, en interne, pour démystifier la foodtech, ce qu'est une startup ou découvrir Good Morning, une startup spécialisée dans la livraison de petits déjeuners en entreprise, récemment acquise par Fleury Michon. « On est challengé par les startups. C'est de l'acculturation, pour certains, une révélation et un moyen d'accélérer notre business », indique Marilène Fleitour. Résultat, on n'hésite plus à présenter des idées. À la suite d'une campagne d'idéation où 15 % de l'effectif a participé, certaines ont été reprises pour une journée Hackathon où l'on a écrit les concepts, réalisé des prototypes... « Le lab, c'est une autre façon de penser. Avec le Village, on voudrait maintenant aller plus loin avec des promotions agro-agri sur des thématiques annuelles en lien avec nos problématiques pour développer l'intrapreneuriat », esquisse la chef de projet Innovation.

Challengée par la multiplication des paiements sans contact et le besoin de faire évoluer ses process pour rester compétitif, la Brink's vient, à son tour, de décider de rejoindre le Village nantais. Pour un test. « Ce partenariat nous permet de nous rapprocher des startups, d'être en veille sur les nouvelles solutions de paiement, les caisses automatisées, les bornes connectées, la mobilité... L'enjeu, c'est aussi la transformation de l'entreprise, la création d'une marque employeur autour des mobilités géographiques, de la polyvalence des salariés, du bien-être au travail », esquisse Stéphanie Courtois, directrice de la communication de la Brink's. Pour les trois quarts des grands groupes, il s'agit avant tout de booster leur expérience utilisateur « tandis que les startups de plus de six mois mesurent à 74 % la création de valeur par l'augmentation de leur chiffre d'affaires », observe l'enquête de Capgemini.

Quadruplement du chiffre d'affaires en deux ans

À Rennes, où Le Village by CA est venu, en 2017, combler un « trou dans la raquette » dans le monde de l'accompagnement, le chiffre d'affaires moyen des 28 startups accélérées aurait été multiplié par quatre en deux ans, passant de 150.000 à 525.000 euros. « On cherche maintenant à industrialiser nos process, à mettre en place des outils pour automatiser le suivi et les diagnostics et perdre moins de temps dans les logiques d'accompagnement », projette François Cormier, maire du Village rennais.

Pour Édouard Bely, « la sauce prend. Nous sommes devenus une marque différenciante. Avant lorsqu'on sortait un nouveau produit, on avait tendance à le lancer un centime moins cher que nos concurrents. Aujourd'hui, avec nos clients, on parle innovation, stratégie, besoin d'accompagnement... Nos startuppeurs portent des tee-shirts Le Village by CA et collent des autocollants sur leur scooter, alors qu'il y a quelques années on n'aurait pas posé un adhésif du Crédit Agricole sur sa voiture ».

Et pourtant, l'étude menée avec Capgemini laisse apparaître une dégradation ( - 15 %) des relations entre grands groupes et startups, qui pour 54 % d'entre elles, se sont senties peu ou pas du tout accompagnées. « Progressivement, l'offre va évoluer. Nous allons mettre en oeuvre des Learning expeditions pour aller découvrir les écosystèmes à l'étranger, proposer plus de programmes de découverte, des ateliers de créativité, multiplier notre présence sur les rendez-vous internationaux... Maintenant que l'on atteint une taille critique, on va essayer de créer notre propre salon où tous les acteurs, startups et partenaires, seront présents... autour d'une place de village », esquisse-t-il.

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