La marketplace nantaise Gens de confiance lutte contre les mauvais plans du web

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Au cours du dernier exercice, la startup nantaise Gens de confiance aurait enregistré une croissance d'activité de +400%.
Au cours du dernier exercice, la startup nantaise Gens de confiance aurait enregistré une croissance d'activité de +400%. (Crédits : Capture d'écran)
Lancé il y a quatre ans pour rassurer face aux arnaques du web, la marketplace nantaise "Gens de confiance" s’apprête à accepter le paiement des loyers de locations immobilières pour le compte des propriétaires. Une première qui permettra aux locataires, dûment inscrits et acceptés sur le site, d’échapper au redoutable dépôt de garantie.

Dès la rentrée, la marketplace Gens de confiance proposera aux propriétaires d'un bien immobilier mis en location de prendre en charge le paiement du loyer via sa plateforme. « Ça devrait faire parler », estime Nicolas Davoust, Ceo et co-fondateur de la startup créée en juin 2014 à Nantes, avec Enguerrand Leger, community manager et Ulric Le Grand, un pro du crowdfunding passé par la Banque Populaire du Grand Ouest. Un trio de pères de famille, donc.

Quatre ans après sa création, le site de petites annonces capitalise sur ses valeurs : honnêteté, bienveillance et solidarité. En un mot, la confiance.

« Ce que craint un propriétaire, c'est d'abord de ne pas être payé, ensuite les dégradations et enfin, les nuisances sonores. En leur proposant d'avoir accès à un réseau de clients sélectionnés, ça les rassure », explique-t-il.

Pour le locataire, qui devra avoir lui aussi montré patte blanche : la prestation lui coûtera 6% du loyer affiché, tout frais compris. En revanche, aucun dépôt de garantie ne sera demandé. « Il alourdissait considérablement les charges du locataire pour qui ce sera un vrai coup de pouce. Et de toute façon, le propriétaire ne pouvait pas véritablement utiliser ces fonds », dit-il. Sauf à les faire fructifier...

Le parrainage, synonyme de confiance

À contre-courant d'une grande majorité de sites Internet qui misent sur la quantité, la plateforme nantaise préfère jouer la corde de la qualité de la relation. D'où un mode de recrutement particulier qui impose aux inscrits d'être cooptés ou parrainés par trois membres de la plateforme avant d'avoir accès aux annonces. « Parce que l'on fait davantage confiance aux gens que l'on connait », explique l'entrepreneur Nicolas Davoust, ingénieur Arts et métiers de formation, passionné par le BtoB et le BtoC.

« Pour proposer une alternative de confiance aux sites bien connus où l'on craint souvent de se faire arnaquer, où les gens ne viennent pas au rendez-vous... les exemples sont légion », racontent les cofondateurs de Gens de confiance. L'un a été victime d'un lapin dans un centre commercial lors de la vente d'un pèse-personne, l'autre d'un faux mail de PayPal lors de la vente d'un ordinateur.

Des incivilités, des fraudes ou des arnaques qui ont convaincu les dirigeants de Gens de confiance (Gdc) de verrouiller le système avec une formule de parrainage : soit en ayant des connaissances dans le réseau Gdc, soit en ouvrant son carnet d'adresses à la marketplace pour qu'elle vous indique qui, parmi vos contacts, est susceptible de vous affranchir. Ou soit à travers les amis Facebook, pour ceux qui ne souhaitent pas communiquer leur carnet d'adresses. « Comme sur Linkedin, Facebook et d'autres. En fait, 50% des inscrits acceptent », précise Nicolas Davoust, qui s'était fait la main en créant deux sites de parrainage pour de grands noms de la vente en ligne.

Lui assure, en tout cas, ne pas exploiter ces données au-delà des besoins spécifiques de la plateforme. Une histoire de confiance.

Une image BCBG qui évolue

Lancée par le simple bouche-à-oreilles, la formule a séduit 10.000 membres dès les trois premiers mois pour mettre en vente ou acheter un objet, un produit, une voiture, un bien immobilier, trouver ou proposer une location de vacances.

« Au départ, nous demandions un seul parrain. Au fur et à mesure que nous grossissions, il devenait difficile de prétendre garantir la confiance ou une certaine qualité relationnelle. »

Alors, la marketplace a resserré la sélection à deux puis trois parrains, dits honnêtes, bienveillants et solidaires. Ce sont majoritairement des femmes (70%), type CSP+. La moyenne d'âge atteint 35 ans. La plus jeune a 14 ans, le plus âgé 98. Au-delà des échanges classiques, ce sentiment d'appartenance a très vite déclenché des annonces plus personnelles pour trouver un médecin, une école et même prêter des objets. Des forums sont apparus entre gens de confiance. « Des cathos, des bourgeois plutôt BCBG », ont déploré certains internautes.

« C'est une critique que l'on nous a faite au début. Il faut bien reconnaître que nous venons de ce milieu. À l'origine, on a pu avoir cette image mais avec le temps et la multiplication des adhérents dans l'Hexagone et à l'étranger, les profils se sont dilués », constate Nicolas Davoust. « Avec 4.000 membres à Londres, nous sommes même devenus un précieux outil pour les expatriés qui débarquent dans la capitale britannique en quête de logements ou de mobilier ».

Comme un label pour des partenaires de confiance

Soutenue par une levée de fonds d'un million d'euros menée il y a deux ans auprès de Partech Ventures et BPIFrance, Gens de confiance représente aujourd'hui une communauté de 320.000 membres. Elle enregistrerait 600 nouveaux inscrits par jour. Et 100.000 d'entre eux sont en attente de parrainage. Au cours du dernier exercice, la startup aurait enregistré une croissance d'activité de +400%. Gens de confiance attire des internautes de Belgique, de Suisse, de Grèce, du Maroc ou d'Afrique du Sud où l'on recherchait des familles d'accueil en Grande-Bretagne. Ce qui devrait inciter la plateforme francophone à se doter d'une version anglaise d'ici à la fin de l'année.

Huit cents nouvelles annonces, validées manuellement, sont publiées quotidiennement. « Nous sommes loin des 800.000 annonces revendiquées par Leboncoin, mais nous préférons grossir qualitativement », indique Nicolas Davoust, qui reste discret sur le chiffre d'affaires de l'entreprise. Signe de l'intérêt prometteur de la formule, Gdc a constaté l'inscription de salariés du site Leboncoin parmi ses membres.

À l'exception des offres immobilières saisonnières facturées 12 euros par mois, les annonces sont gratuites dans leur format de base. Les ressources du site proviennent des options disponibles pour enrichir les annonces (30%), de dons des membres (20%) et des revenus générés par les locations saisonnières.

« Un membre sur dix, sollicités pour accompagner le développement du site, accepte de donner. Le montant est libre. La moyenne atteint 20 euros. Notre record, c'est 2.000 euros pour la vente d'une maison ! »

Pour éviter le risque d'un ralentissement lié à son propre mode de recrutement, la plateforme (23 personnes) vient d'embaucher une directrice du marketing et deux développeurs. Objectif : accélérer le développement. Déjà, Gens de confiance vient de nouer des partenariats avec une quinzaine de sites web où la question de la confiance est un critère déterminant. À l'instar du loueur de bateaux Click & Boat ou le site de rencontres sur-mesure, Abricot. Ainsi, les prestataires ou candidats membres de Gdc peuvent afficher un badge Gens de confiance. Une sorte de label, en somme.

« Nous avons des demandes pour des dating, de la location de voiture.... Ce sont des métiers que l'on ne sait pas faire, où le critère de confiance est fort », reconnait Nicolas Davoust.

Et pour Gens de confiance, un moyen d'acquérir de la visibilité avant d'engager des campagnes de communication pour accroître son audience.

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Par Frédéric Thual, 
correspondant Pays de la Loire pour La Tribune

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