Les Pays de la Loire optent pour des coopérations renforcées

Frédéric Thual, à Nantes

Frédéric Thual, à Nantes
Elle a tout d'une grande... mais ses contours, dessinés arbitrairement dans les années 1950, autour de la Loire-Atlantique (Nantes), le Maine-et-Loire (Angers), la Vendée (La Roche-sur-Yon), la Sarthe (Le Mans) et la Mayenne (Laval), resteront inchangés encore pour quelque temps.
Qu'à cela ne tienne, la région des Pays de la Loire, qui a évité le démantèlement d'un projet de France à 12 régions et buté sur un rapprochement avec sa voisine la Bretagne, laquelle lorgnait la seule Loire-Atlantique, se réjouit plutôt de rester à l'écart du chamboulement territorial. Elle y verrait même quelque avantage. Du moins à court terme. Même si, pour cela, elle doit glisser de la cinquième (sur 22) à la septième ou huitième place (sur 13).
Un changement au classement qui n'émeut guère Christophe Clergeau (PS), premier vice-président de la région et candidat à la succession du président actuel Jacques Auxiette, en décembre prochain.
Cinquième région pour son PIB, sa superficie, et une population en progression de 27.500 habitants par an, seconde région agricole française et troisième région industrielle, les Pays de la Loire possèdent de nombreux atouts. Un cadre de vie et un dynamisme économique, d'abord. En raison de son attractivité géographique, patrimoniale et économique, la région devrait voir sa démographie augmenter de 25 % au cours des trente prochaines années. Une population qu'il faudra accueillir, former et employer.
D'où la nécessité de développer l'économie, de favoriser l'innovation, l'émergence de filières, l'investissement, de renfoncer le tissu très diversifié des PME, d'inciter la venue d'entreprises de taille intermédiaire (ETI) pour donner plus de valeur aux emplois proposés et attirer des talents. En net progrès, la recherche reste insuffisamment présente dans la région. Tout comme l'internationalisation des entreprises.
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Que ce soit à travers les pôles de compétitivité (EMC2, Atlanpole Biotherapies, Images & Réseaux, etc.) ou le développement de filières traditionnelles comme l'agroalimentaire et les industries maritimes ou, plus récentes, comme les Énergies marines renouvelables (EMR), les deux régions se reconnaissent un destin commun. « Le temps que les autres utilisent pour leur fusion, nous devons l'utiliser pour renforcer nos coopérations. Sur les EMR, par exemple, même si l'on est concurrent, on mène le combat ensemble. »
Votée en juillet dernier pour accompagner le redécoupage territorial, la loi NOTRe va élargir les missions de la Région dans les domaines des transports, de la formation et de l'économie. Grâce à ce transfert de compétences, le budget ligérien devrait passer de 1,4 milliard à 1,8 milliard d'euros. En prenant la main sur des secteurs jusque-là incombant aux départements, la Région va couvrir des spectres plus larges et, surtout, pouvoir déterminer un schéma d'aménagement sur son territoire en ayant un œil sur toute la chaîne de la formation des jeunes, les aides aux entreprises et l'ensemble des transports (hors agglomération).
Jacques Auxiette a d'ailleurs fait savoir, cet été, au gouvernement qu'il était prêt à mener cette expérimentation en Pays de la Loire.
Si l'enjeu des prochaines échéances électorales portera bien évidemment autour des questions d'emploi dans une région où le taux de chômage atteint 9 %, la collectivité devra faire face à la pression démographique et aux enjeux de transition énergétique et écologique. Car, pour satisfaire ses besoins en logements et la croissance des entreprises, les Pays de la Loire seraient l'un des territoires français qui consomment le plus d'espaces naturels pour son développement.
Passée à côté du redécoupage territorial, la région des Pays de la Loire a envisagé toutes les hypothèses. Elle préfère aujourd'hui miser sur les coopérations.
Tous les scénarios ont été examinés, jusqu'à un rapprochement avec les régions Poitou-Charentes et Centre. Des hypothèses sans véritables fondements. « Pour l'Ouest, l'intérêt des populations est la fusion Pays de la Loire-Bretagne autour des métropoles Nantes et Rennes », twittait, à l'époque, Jean-Marc Ayrault, l'ex-maire de Nantes. Si les Ligériens se sentaient favorables à la fusion, les Bretons, emmenés par Jean-Yves Le Drian, soutenu par l'UDB (Union démocratique bretonne), revendiquant une Bretagne à cinq départements — Loire-Atlantique incluse —, n'en ont pas voulu. La précipitation de la réforme a-t-elle été préjudiciable à une région de l'Ouest à neuf départements ?
Selon Christophe Clergeau, vice-président du conseil régional, « on pouvait concilier la reconnaissance d'une réalité, d'une histoire et d'une culture partagées et, sur un territoire plus large, construire l'avenir... »
Sentiment d'être passé à côté de quelque chose.
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