En Auvergne, l'usine du futur fait phosphorer

Guillaume Lecompte-Boinet

Guillaume Lecompte-Boinet
Même si l'Auvergne n'est « que » la 5e région aéronautique de France avec 13.000 emplois, elle compte quelques poids lourds, comme Constellium dans la fonderie d'aluminium, équipementier de rang 1 d'Airbus, et Dassault Aviation. Mais aussi l'incontournable Michelin, leader mondial du pneu pour avion. Sans oublier les Ateliers industriels de l'aéronautique (AIA) de l'armée de l'air.
Pour tenir son rang face à l'Aquitaine, la Région présidée par René Souchon a décidé de mettre le paquet sur l'usine du futur, mise à l'honneur cet été à l'occasion d'un colloque sur le thème : « Quelle sera l'usine de 2030 ? » Cet événement, lancé à l'initiative de l'association Auvergne Nouveau Monde et d'Auvergne Business, met en avant son secteur de pointe, l'aéronautique, où l'impression 3D, l'utilisation intensive des outils de simulation, la numérisation et la connectivité entre les machines se généralisent.
À Airbus, comme à Dassault Systèmes, on parle d'homme « augmenté » via la cobotique, une alliance entre l'homme et le robot.
L'usine version 2030 sera envahie par les outils numériques du futur, avec notamment des capteurs capables de corriger automatiquement les erreurs, ou des puces spécialisées dans le biomimétisme pour optimiser les tâches des opérateurs.
Plus prosaïque, Michel Roboam, le viceprésident Manufacturing d'Airbus estime que l'émergence de ces nouvelles technologies et du mode opératoire se fera « de façon incrémentale via l'amélioration continue des modes opératoires ». Pour l'avionneur, ce sont les nouveaux programmes d'avion qui permettent les sauts technologiques.
Ainsi, Airbus a un plan de progrès qui vise à réduire de 50 % les temps de cycle et les coûts dans ses usines d'ici à 2030. Et de 80 % son taux de non-qualité... et d'absentéisme. Airbus a toujours eu des robots dans ses usines, mais l'un des objectifs de ce programme est de les connecter entre eux et d'intégrer les fonctions support avec la production, via par exemple des tablettes. De même, les « cobots » vont remplacer les opérateurs dans certaines tâches trop pénibles, mais ils resteront pilotés par l'homme.
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Enfin, Airbus, pour ne pas rester à la traîne de Boeing, va développer à fond l'impression 3D.
Les concepts futuristes fleurissent. Sur le terrain, on est encore loin de les concrétiser. Ainsi chez Constellium, à Issoire, d'où sortent les tôles en aluminium qui serviront à former les fuselages des avions, l'usine garde un aspect très traditionnel. L'innovation ne se voit pas, mais se niche dans le nouvel alliage d'aluminium-lithium Airware, développé spécialement pour l'aéronautique, qui revendique un gain de masse de 25 % par rapport aux alliages classiques.
Le sidérurgiste a investi 53 millions d'euros dans cette nouvelle ligne de production, inaugurée en 2013, et prévoit 43 millions supplémentaires pour ouvrir deux autres fonderies d'ici au début de 2016.
D'autres jouent la carte encore moins spectaculaire du lean management, ces techniques issues de Toyota qui permettent d'optimiser l'organisation d'une usine. Ainsi, les AIA de l'armée de l'air ont mis en place un programme lean sur leur site de Clermont-Ferrand, où sont entretenus et modernisés les aéronefs militaires français.
Car l'usine de 2030 c'est aussi une affaire de gros sous.
Guillaume Lecompte-Boinet
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