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RégionsLa Tribune de Carlos Moreno

#JourneeDeLaTerre : ceux que l'on oublie

Photo de Carlos Moreno

Carlos Moreno

Publié le 26 avril 2016 à 12:00

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Pollution terrestre, marine ou atmosphérique, réchauffement climatique avec d'un côté la fonte glaciaire et la montée des eaux, et de l'autre les sécheresses et leurs conséquences sur les populations... l'activité humaine met en danger la planète, fragilisant davantage les plus démunis.

Le vendredi 22 avril, partout sur la planète, nous célébrions la Journée de la Terre. Le même jour, à New York, devant l'assemblée générale des Nations-Unies (ONU), avait lieu la plus importante cérémonie de signature d'un traité par des Etats: 175 pays ont ratifié les accords de Paris de la COP21, confirmant ainsi leurs engagements dans la lutte contre le réchauffement climatique.

La sixième extinction de masse a débuté

Il n'est pas inutile de rappeler, et cela doit nous inspirer à un peu d'humilité, que, d'un point de vue strictement statistique, la présence de l'Homme sur la planète Terre est une donnée bien relative car, en réalité, 99% des espèces qui ont existé sur Terre ont disparu. Les espèces vivantes aujourd'hui sur notre planète ne représentent approximativement que 1% de toutes les espèces que la planète a connues. Avec ses 4,5 milliards d'années, la Terre n'a pas eu besoin de l'homme pour exister.

Au contraire, si nous comptons à partir des premiers hominidés (il y a 7 millions d'années) ou de l'Homo Sapiens que nous sommes (depuis 200.000 ans), non seulement ce n'est pas exact, mais bien au contraire, au 21e siècle, nous sommes aux portes de ce que certains appellent le risque d'une 6e extinction, avec, pour origine, l'activité humaine incontrôlée, cela en à peine une centaine d'années !

Le calendrier vient nous rappeler également quelques dates récentes qui sont toujours d'actualité.

Nucléaire: ce qui "ne devait jamais arriver"... est arrivé deux fois déjà

Il y a 30 ans exactement, le 26 avril 1986, une catastrophe nucléaire sans précédent se produisait à Tchernobyl, en URSS (dans la partie qui deviendra la Russie après 1991). Le cœur d'un réacteur a fondu entraînant, au-delà de l'explosion, un puissant nuage radioactif, qui a généré une contamination à très grande échelle au fur et à mesure de son déplacement.

Les effets néfastes de ce grave accident sont encore présents aujourd'hui, dans la nature mais aussi dans l'esprit des populations au niveau planétaire. Ce fut une terrible catastrophe qui a profondément changé le regard concernant la sécurité nucléaire.

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A Fukushima, il y a 5 ans, le 11 mars 2011, une fois de plus l'imprévisible, ce qui ne devait jamais arriver, a eu lieu avec un séisme suivie d'un raz-de-marée, portant des vagues jusqu'à 30 mètres de hauteur qui ont tout ravagé sur leur passage en arrivant sur la côte. Ce tsunami a touché plus de 600 kilomètres de côtes, et a pénétré jusqu'à 10 kilomètres à l'intérieur des terres. Il a provoqué  le 2e accident nucléaire le plus grave (de niveau 7), après Tchernobyl.

Cet effroyable accident n'a pas concerné que les zones terrestres. Il s'agit en fait de la plus grande contamination nucléaire marine jamais provoquée par l'homme. La commission japonaise d'enquête parlementaire a ainsi mis en cause les autorités et les industriels, en particulier Tepco, l'exploitant de la centrale :

« Risques sous évalués, incapacité à gérer la crise, complaisance et incompétence, amplifiées par une culture industrielle incompatible avec la réactivité indispensable pour faire face à une telle catastrophe. »

Fukushima: la plus grande pollution marine due au nucléaire

La confluence de courants marins nord et sud dans la zone de la centrale a provoqué une importante contamination marine, aussi bien de la faune (poissons et autres ressources animales) que de la flore ou des sédiments se trouvant sur leur passage.

En septembre 2011, l'Agence japonaise de l'énergie atomique a annoncé que « la pollution du pacifique en mars-avril avait été sous-estimée d'un facteur 3. Ce sont 15 térabecquerels de césium 137 et d'iode 131 qui auraient ainsi pollué le Pacifique du 21 mars au 30 avril 2011 avec une dilution dans le Pacifique qui devrait être terminée vers 2018 selon une modélisation ».

Une étude publiée dans la revue "Science", le 26 octobre 2012, a montré que la contamination de la plupart des poissons et crustacés pêchés aux alentours de Fukushima, plus d'un an après, n'avait pas encore baissé.  Aujourd'hui, cette région côtière reste fragile et exposée à des séismes qui, dans leur rayon d'action le plus proche, concernent un millier de communes et une population de l'ordre de 12 millions d'habitants. Cinq ans après, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a considéré que « l'autorité japonaise manque encore de compétences techniques ».

Le nombre de catastrophes augmente et touche d'abord les démunis

De la mer à la terre, l'équilibre de notre planète est menacé quand aussi, à cette date, déjà 12% de la calotte glaciaire du Groënland avait fondu, ce qui arrive un mois plus tôt que lors des précédents records des années les plus chaudes.

Mais d'un endroit à un autre de la planète, les effets des catastrophes sur les économies et les populations n'ont pas les mêmes répercussions. Voyons, dans un petit tour du monde, comment aujourd'hui, face à ces crises, qui vont se présenter de plus en plus fréquemment, « les oubliés de la Terre » méritent que l'on s'intéresse aussi à eux, lors d'une journée planétaire comme celle du #EarthDay.

Il y un an, le 25 avril, un terrible séisme a eu lieu au Népal, ravageant le pays et provoquant la mort de 8.500 personnes. Un patrimoine culturel touché de manière irréversible, et des pertes équivalant à 25% du PIB du pays, soit 4,1 milliards d'euros, alors que seulement moins de 5% des biens perdus étaient assurés. Quelques mois après, en juin, une très forte canicule frappait l'Inde et le Pakistan avec des chaleurs jamais enregistrées allant jusqu'à 47°, rajoutant ainsi, en quelques semaines, 4.000 morts et 26 milliards d'euros de dégâts.

Les travaux autour du Global Risks Forecast de Verisk Maplecroft montrent  qu'il ne s'agit pas d'épisodes ponctuels, mais bien au contraire, de situations qui vont s'accentuer dans les années à venir, avec comme premières victimes, les personnes les plus démunies, les travailleurs des usines de production et des manufactures qui doivent, en plus de leurs conditions pénibles de travail, s'adapter à des environnements de température ambiante qui vont approcher les 50°C !

Un monde très inégalitaire en termes de protection et d'assurances

En février 2015, c'était des tempêtes de neige qui s'abattaient sur le nord-est de l'Amérique, frappant les Etats-Unis et le Canada avec, pour effet, la paralysie de nombreuses villes du pays. Nous avons encore en mémoire les images saisissantes des villes sous la neige et la glace.  La perte estimée fut de 2,1 milliards d'euros avec, par contre, 90% des dégâts assurés.

Triste contraste entre les « oubliés de la terre » et ceux qui bénéficient d'une couverture de protection.

Si, à la même période, nous comparons les dégâts causés en Europe, en particulier en Europe centrale par la tempête Niklas (il s'agit de l'une des plus violentes sur le continent avec des vents à plus de 200 km/heure), de nombreux dégâts matériels ont été déplorés, donnant lieu en quelques semaines à une perte de 1,3 milliard d'euros dont 70% ont été couverts par les assurances.

Le phénomène El Niño et ses effets systémiques

Allons en Afrique du Sud, et arrêtons-nous quelques instants en novembre 2015, quand 5 des 9 provinces du pays ont été déclarées en état de catastrophe naturelle en raison de la pire sècheresse vécue depuis 3 ans. C'est le phénomène climatique El Niño, qui, de ce côté de la mer, perturbe également le cycle des pluies. L'agriculture a été profondément affectée, avec la production du mais, les pâturages, et en conséquence, les élevages de poulets, la production des œufs et  de la viande, mais également, la disponibilité de l'eau pour les urbains.

Un fort effet systémique s'est produit donnant lieu d'une part, à une croissance négative de l'économie, ainsi qu'à réduire les exportations de céréales vers les pays limitrophes. Une fois de plus, ce sont les secteurs les plus fragiles de la population qui furent durement frappés par cette grave situation. Il est difficile d'évaluer avec certitude le poids que cette crise a signifié, alors qu'au même moment, une puissante révolte étudiante parcourait le pays fragilisant un gouvernement qui a rapidement cédé à leurs revendications.

Le monde est-il prêt pour la future vague des "réfugiés climatiques"?

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Achevons ce tour des « oubliés de la Terre » avec les futurs déplacés en raison du changement climatique, je veux parler des nouveaux réfugiés climatiques. Passons alors en revue quelques grandes capitales avec cette animation  et ses projections, à l'aube des impacts de la montée de la mer. A l'horizon 2050, l'ONU estime à 250 millions le nombre de refugiés climatiques. L'Europe est et sera également touchée, avec plusieurs pays, dont la France, exposés à ces risques. Au-delà des réfugiés des différentes guerres que nous connaissons aujourd'hui, inévitablement nous irons vers de nouvelles situations dues aux dérèglements climatiques provoquant de nouvelles migrations et de nouvelles tensions. Non, cela n'arrivera pas « qu'aux autres », et notre avenir est aussi engagé si nous ne changeons pas le comportement de l'humain devenu hostile face à la planète Terre qui nous héberge.

Carlos Moreno

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