« Réinventer Paris » : quand la ville devient une plateforme collaborative

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La ville de demain devient ainsi dès aujourd'hui la ville plateforme où le partage, la collaboration, la co-construction sont une réalité via le travail de réflexion en commun mené pour chaque projet.
La ville de demain devient ainsi dès aujourd'hui la ville plateforme où le partage, la collaboration, la co-construction sont une réalité via le travail de réflexion en commun mené pour chaque projet. (Crédits : Décideurs en région)
Avec l’appel à projets urbains innovants « Réinventer Paris », Paris est au cœur de l’innovation urbaine ouverte dans le monde et confirme sa volonté de devenir la capitale mondiale des smart cities collaborative et humaine. Cette initiative exemplaire, lancée par la Maire Anne Hidalgo et portée par le Maire adjoint Jean-Louis Missika, sur 23 sites intra-muros, franchit une nouvelle étape : sur les 800 projets reçus par la Mairie de Paris, 372 viennent d’être retenus.

Lancé le 3 novembre 2014, l'appel à projets « Réinventer Paris » est une initiative originale portée par Jean-Louis Missika, adjoint d'Anne Hidalgo en charge de l'urbanisme, de l'architecture, des projets du Grand Paris, du développement économique et de l'attractivité. C'est déjà un grand succès international, au vu du nombre et de la richesse des projets qui ont été soumis (plus de 800). Le 5 juin dernier, la Ville de Paris a annoncé la liste des 372 projets retenus au terme de la première phase du projet, afin de permettre de sélectionner les propositions abouties et financées.


Retour sur un appel à projets innovants

L'appel à projets « Réinventer Paris » est en rupture avec toutes les pratiques antérieures en matière d'urbanisme et d'aménagement du territoire. Son principe ? Après avoir identifié 23 sites lui appartenant, la Ville de Paris a invité des équipes pluridisciplinaires du monde entier à proposer des projets d'aménagement ubain innovants, mettant l'accent sur les nouveaux usages, la mixité sociale, la co-construction ou encore le respect de l'environnement. Pour chaque site, un jury dédié est invité à choisir le meilleur projet. Les groupements constitués pour le projet devaient être pluriels et écosystémiques, dans le but d'aller au-delà des candidats de spécialité ou à une seule tête. Les traditionnels acteurs de l'aménagement urbain étaient ainsi invités à s'associer avec des partenaires nouveaux, startup, artistes, associations etc. Un site web consacré à la mise en relation des acteurs souhaitant participer, « Meet-up - Ré Inventer Paris », a été lancé par la Ville à cette occasion.

Les 23 sites retenus par la Ville de Paris se distinguent par leur diversité, incarnant ainsi toute la richesse patrimoniale de la capitale mais aussi la complexité des défis auxquels elle doit faire face pour réussir sa transformation au XXIème siècle. Répartis sur 9 arrondissements de Paris, les sites se trouvent aussi bien dans le cœur historique qu'en bordure du périphérique. Plusieurs d'entre eux sont dans des zones frontières, longtemps considérées comme des « no-man's land », par exemple le site de la « Poterne des Peupliers », ancienne voirie de 2000 m2 résultant de la construction du périphérique. Deux immeubles-ponts surplombant le périphérique ont également été soumis, ainsi que trois hôtels particuliers, une ancienne sous-station électrique, d'anciens bains-douche, d'anciens conservatoires... Il est fascinant de voir, avec « Réinventer Paris », la diversité de ce patrimoine historique soumise à l'inventivité des habitants ! La ville de demain devient ainsi dès aujourd'hui la ville plateforme où le partage, la collaboration, la co-construction sont une réalité via le travail de réflexion en commun mené pour chaque projet.

En lançant cet appel à projets, la municipalité ignorait néanmoins si le succès serait au rendez-vous : « nous n'avions aucune garantie de succès tant cette initiative était novatrice », a ainsi souligné Jean-Louis Missika lors de sa conférence de presse du 16 février dernier. Très rapidement, il est apparu que cette nouvelle forme d'appel à projets a créé une nouvelle dynamique, aussi bien chez les acteurs de la ville que chez les citoyens. À la fin janvier 2015, la Ville avait reçu plus de 800 manifestations d'intérêt venues d'architectes, d'urbanistes, de promoteurs d'investisseurs, mais aussi de start-up, d'associations, de chercheurs, d'étudiants... Quant aux projets, ils ont visiblement bénéficié de ce terreau exceptionnel et se sont révélés disruptifs en matière d'innovation urbaine : « les candidats ont bousculé tous leurs codes pour nous proposer des projets hors norme », s'est réjouit Jean-Louis Missika. Fait à souligner par ailleurs, loin du clivage politique habituel, cette initiative a été saluée pratiquement à l'unanimité par les divers courants politiques au Conseil de Paris.

Réinventer la ville, inventer l'urbanisme du XXIème siècle

Cette initiative me paraît particulièrement intéressante parce qu'elle façonne l'urbanisme du XXIème siècle. Paris propose concrètement une autre vision de la Smart City, à l'opposé de l'approche techno-centrique, qui cherche à la modéliser et à la réduire à des scénarii logiciels. Comme l'a souligné Jean-Louis Missika, cet urbanisme nouveau repose sur quatre piliers.

Un pilier environnemental tout d'abord. « Pour inventer l'urbanisme du XXIème siècle, il faut faire autrement. Faire autrement, c'est utiliser plus de matière grise pour consommer moins de matières premières », a-t-il résumé. Faire autrement, c'est aussi transformer du béton préfabriqué, des plaques de plâtre en fondations ou en isolants acoustiques. C'est sélectionner les bons matériaux parmi les 100 000 qui s'offrent aujourd'hui aux ingénieurs. C'est tendre vers le zéro déchet, sur le modèle de San Francisco, qui a déjà atteint 80% de son objectif « zéro déchet non recyclé ou composé » et vise les 100% en 2020. C'est aussi produire localement ou récupérer l'énergie.

L'urbanisme du XXIème siècle, ensuite, c'est celui qui prend acte de la révolution des usages et qui vise des bâtiments pluriels, mutuels et mutualisables. L'innovation sociale, urbaine, technologique que je porte et défends sur la scène internationale depuis plusieurs années, est en phase avec cet urbanisme d'un genre nouveau. La ville doit s'adapter aux nouveaux modes d'habiter (vieillissement, perte d'autonomie, colocation...), de travailler (coworking, télétravail, incubateurs nouvelle génération...), de commercer (show-rooms partagés, magasins éphémères..) ou de produire (fablabs, usine du futur, agriculture urbaine...).

Troisième pilier de l'urbanisme du XXIème siècle, sa composante participative. On ne construira et on n'aménagera plus les villes de demain comme on le faisait hier, en confiant les projets exclusivement à des spécialistes. Les nouvelles technologies ont révolutionné les pratiques en rendant possibles et faciles les consultations du public à grande échelle. Concertation, participation et même implication sont désormais au cœur des processus urbanistiques.

Enfin, il faut compter sur des modèles économiques nouveaux pour réinventer la ville. De nouveaux montages financiers, des modalités innovantes de cession sont possibles qui permettront de bâtir des projets économiquement viables tout en réduisant les inégalités et en régulant le marché de l'immobilier urbain.

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Commentaires
a écrit le 02/09/2015 à 12:38 :
Effet de mode et tour de passe passe, Smart city ou ville intelligente permet d’enfumer un peu plus notre vision de la ville de demain. Moins de moyens plus d’impôts plus de SDF et bientôt de réfugiés si l'on veut etre Smart, c'est dans une petite ville ou a la campagne qu'il faut se réfugier. La ville intelligente (comme si cela était possible!) permettra surtout aux gouvernements de mieux nous surveiller et nous manipuler... Nos villes ressembleront alors a de grands poulaillés..
a écrit le 20/07/2015 à 9:16 :
Curieux que le mot pollution ne soit pas une seule fois cité ?
J'imagine Pais dans 15 ans avec une limitation des véhicules en circulation , tous hybrides ou électriques .
Les tours de la Défense et d'ailleurs partiellement inoccupées du fait de la généralisation du télé travail .Des transports en commun moins saturés , moins de pollution , moins de maladies respiratoires, pulmonaires , cardiaques .
Des axes de Paris réservés aux vélos , plus d'espaces verts .
Utopiques me direz vous , pas sur , une augmentation des prix du pétrole , la saturation de la circulation , l'apparition de nouvelles pathologies pourraient bien imposer un nouveau mode de vie dans les grandes agglomérations dans les 15 ou 20 ans à venir .
a écrit le 16/07/2015 à 9:35 :
En tous cas, pas ville ouverte aux travailleurs de banlieue et de province: ils puent.
Marine Hidalgo : « la France aux Français, Paris aux Parisiens ».
Attention au communautarisme.
a écrit le 11/07/2015 à 21:31 :
" Réinventer Paris " en commençant par la propreté de cette ville qui laisse vraiment à désirer
Réponse de le 24/07/2015 à 18:45 :
Paris me semble plus propre que la plupart des autres villes françaises. Mais bien sur, les français peuvent encore faire des progrès ...

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