Canal+ à l’heure des offres à bas prix

Pour tenter d’arrêter l’hémorragie de ses abonnés, la chaîne payante prépare une promotion à 20 euros par mois sur ses chaînes premium, mais exclusivement sur PC, tablettes et smartphones. En parallèle, la filiale de Vivendi mise sur des accords de distribution avec les opérateurs télécoms, dont elle lorgne les millions de fidèles.
Pierre Manière
En fin de semaine dernière, Stéphane Richard, le PDG d’Orange, a déclaré qu’il allait s’associer avec la chaîne payante. L’opérateur historique souhaite distribuer un mini-bouquet Canalsat, autour de 10 euros, à destination de ses 1,7 million d’abonnés à la fibre.
En fin de semaine dernière, Stéphane Richard, le PDG d’Orange, a déclaré qu’il allait s’associer avec la chaîne payante. L’opérateur historique souhaite distribuer un mini-bouquet Canalsat, autour de 10 euros, à destination de ses 1,7 million d’abonnés à la fibre. (Crédits : © Charles Platiau / Reuters)

Rien ne va plus chez Canal+ en France. Depuis que Vincent Bolloré (à la tête de Vivendi, maison-mère de la chaîne payante) l'a repris en main à l'été 2015, les têtes sont tombées. Et les émissions les plus emblématiques - du Petit Journal au Zapping en passant par Spécial Investigation - ont été soit déprogrammées, soit largement remaniées. Par wagons entiers, nombre de fidèles ont mis les voiles. Non seulement beaucoup ne s'y retrouvent plus dans ce Canal qu'ils jugent bâillonné par l'enfant terrible du capitalisme français. Mais en parallèle, ils voient fleurir des offres concurrentes moins chères et de premier choix, qu'il s'agisse de Netflix pour les séries, ou de BeIn pour le ballon rond.

L'état-major de la chaîne cryptée ne connait que trop bien la situation. En juin dernier, lors d'une audition par la Commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale, Maxime Saada, le DG de la chaîne, n'a pas fait mystère de ces difficultés, tout en affirmant qu'elles étaient antérieures à l'arrivée de Vivendi. « Canal+ a perdu 500.000 abonnés en cinq ans, passant de 4,42 millions en 2012 à 3,88 millions début 2016 », a précisé le bras droit de Vincent Bolloré. Avant d'évoquer des perspectives peu reluisantes : « Si on ne redresse pas la situation, les pertes seront de l'ordre de 475 millions en 2017 », contre, d'après Vivendi, une perte envisagée de plus de 400 millions cette année.

Pour remédier à la situation, Maxime Saada a ouvert la porte à un big bang de ses offres pour étoffer son éventail de clients. L'idée étant de ne plus en proposer qu'une à 39,90 euros - chère et pas à la portée de toutes les bourses -, pour en dégainer de nouvelles, moins chères et plus ciblées. De quoi séduire, par exemple, des fans exclusifs de cinémas, de séries ou de sport. Ce mardi dans Le Figaro, Maxime Saada a levé un bout de voile sur ses nouvelles offres, qui seront détaillées courant octobre. « Pour conquérir de nouveaux abonnés et toucher les moins de 35 ans, nous allons pour la première fois lancer le 21 septembre, la chaîne Canal+ et son replay à 20 euros par mois, sans engagement, exclusivement sur PC, tablettes et smartphones », a-t-il précisé.

Or cette annonce intervient juste après des informations concernant des partenariats avec des opérateurs télécoms, dont Canal veut profiter des énormes bases de clients. En fin de semaine dernière, Stéphane Richard, le Pdg d'Orange, a déclaré qu'il allait s'associer avec la chaîne payante. L'opérateur historique souhaite distribuer un mini-bouquet Canalsat, autour de 10 euros, à destination de ses 1,7 million d'abonnés à la fibre. Outre Orange, Free réfléchirait à proposer cette offre à ses clients. Dans ce contexte, faut-il voir dans ces nouveaux produits un vrai électrochoc susceptible d'aider Canal+ à remonter la pente ?

Une initiative « probablement nécessaire »

Dans une note, Natixis estime que ces initiatives sont « probablement nécessaires ». Concernant « la structuration par thématique des offres », celle-ci « devrait notamment conduire à stopper le churn [fuite des abonnés, Ndlr] et à préparer le terrain à une distribution exclusive de beIN Sports ([un] accord [serait] possible à la mi-2017). L'offre "sport" serait alors très attractive et conduirait à une probable croissance durable de la base sur ce segment. » Sous ce prisme, pour Natixis, si le revenu moyen par client devrait logiquement baisser, l'impact sur le chiffre d'affaires pourrait être compensé par « une probable hausse rapide de la base d'abonnés ».

Même son de cloche pour les offres aux opérateurs télécoms. Natixis estime qu'elles pourraient permettre « une hausse très rapide de la base d'abonnés ». Avant de conclure positivement : « Ces changements pourraient alors conduire à un retour à la croissance du chiffre d'affaires en France à partir de 2017. »

Un plan d'économies critiqué

Mais tout le monde ne partage pas cet optimisme. Analyste chez MainFirst, Jean-Baptiste Sergeant qualifie lui la nouvelle offre à 20 euros de « promotion » dans la mesure où elle n'est réservée qu'à 50.000 abonnés, et ce, uniquement sur le Net ou via des applis. Malgré cela, il estime que « ça va dans le bon sens de scinder les offres parce que certains abonnés ne sont intéressés que par le sport ou le cinéma ». Même si de manière générale, il affirme avoir « peur que l'impact sur le chiffre d'affaires soit quand même assez négatif ». Concernant l'alliance de Canal+ avec Orange et Free, l'analyste se montre également dubitatif. « Ça ne concerne que Canalsat... et pas les chaînes premium du groupe », souligne-t-il.

En attendant le détail des offres pour y voir plus clair, Jean-Baptiste Sergeant juge globalement « contradictoire » la stratégie de Canal+ pour stopper « l'hémorragie » d'abonnés. « D'un côté, ils veulent en finir avec cette baisse, mais de l'autre, ils lancent un plan d'économies de 300 millions d'euros, dont la moitié porte sur les programmes », s'étrangle-t-il. D'après lui, cela pourrait peser sur la qualité et le volume des contenus. « Cela n'est pas n'est pas de nature à faire venir les abonnés, poursuit-il. D'autant que la concurrence, à l'instar de Netflix, muscle ses programmes et investit toujours plus. »

Le « seul » coup à jouer

Pour l'analyste, la refonte des offres de Canal s'apparente à coup un brin désespéré pour retrouver des couleurs. « C'est la seule réponse qu'ils pouvaient faire après l'échec de l'accord avec BeIn », dit-il, en faisant référence au retoquage, au mois de juin, de ce projet reposant sur une distribution exclusive des chaînes sportives du groupe qatarien. Et de rappeler que Vincent Bolloré lui-même avait souligné, après coup, qu'il « n'avait pas de plan B ».

Pierre Manière

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 5
à écrit le 21/09/2016 à 12:06
Signaler
C'est dramatique de voir la bêtise crasse de ces capitalistes à la française. Dictateurs au pouvoir excessif, alliant incompétence et danger pour nos libertés ! Après la casse incroyable d'Alcatel, la casse ou la vente de nombreuses structures qui ét...

à écrit le 21/09/2016 à 9:27
Signaler
Des programmes de qualité en baisse pour un prix élevé avec en plus, un engagement qui entraîne le client vers des complications à gogo et le prend pour un demeuré. Bref, nous nous sommes désabonnés de Canal + et CanalSat en vérifiant de nombreuse...

à écrit le 21/09/2016 à 5:21
Signaler
B'alors, Vincent? Des problemes de gestion? C'est pas suffisant d'etre un fils a papa, faut aussi etre competent.

le 21/09/2016 à 15:03
Signaler
Ne pas le sous estimer,avec ses appuis politiques il pourrait bien revendre cher canal+ a l'état français ou faire rentrer la BPI en force.Par contre c'est vrai que vendre a prix d'or Dijon_Guingamp (foot)a ses abonnés ça ne marche qu'un temps.le foo...

à écrit le 20/09/2016 à 19:28
Signaler
c'est la fin de cette chaine bobo parisienne et l'on ne va pas pleurer

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.