Ces innovations qui faisaient si peur et qui font partie de notre quotidien aujourd'hui
Clio Bayle
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... rapide coup d’œil à l’histoire des grandes inventions nous apprend que la peur n’a jamais arrêté le progrès. Peut-être en est-elle même le compagnon de route fidèle, plus prompt à inciter à la prudence qu’à freiner l’innovation. (Cet article est issu de T La Revue de La Tribune - N°7 Décembre 2021)
Fut un temps où l'idée même de répondre au téléphone provoquait chez certains un indicible sentiment d'effroi. Ceux qui ont regardé la série historique Downton Abbey auront peut-être en tête la savoureuse réaction de Mrs. Patmore lorsque retentit pour la première fois dans sa cuisine la sonnerie du téléphone : « Oh mon Dieu, vous entendez ça ! C'est comme le cri d'une truie qui se fait égorger. [...] On ne me fera pas toucher à cette chose, même avec une perche ! » Si la réplique est surtout prétexte à rire, elle traduit une méfiance bel et bien réelle envers l'appareil à ses débuts. Dès 1877, soit l'année suivant le dépôt du brevet d'Alexander Graham Bell, le New York Times en fait une critique acerbe, dénonçant « l'atroce nature » de cette machine capable d'exposer au monde « les secrets de famille ». Cette vision du téléphone comme instrument d'indiscrétion aura la peau dure. Deux décennies plus tard, un journaliste anglais dont la postérité a oublié le nom s'en fait l'écho avec cette phrase restée dans les annales du pessimisme technologique : « Nous ne serons bientôt plus que des tas de gelée transparents les uns pour les autres ». Puis, au début du XXe siècle, alors que le téléphone se démocratise peu à peu, les craintes évoluent. On redoute que l'appareil ne nuise à la communication, ou au contraire, qu'il ne rende la présence des autres trop intrusive. À ces interrogations, somme toute légitimes, s'ajoutent des inquiétudes moins rationnelles. « La plus grande crainte était que le téléphone puisse attirer les esprits maléfiques, ou du moins, le tonnerre et les éclairs », relate sur son site Internet le géant suédois des télécommunications Ericsson. À l'inverse, toujours selon l'historique de cette entreprise fondée en 1876, une croyance populaire voulait que les impulsions électriques guérissent les rhumatismes.
Clio Bayle