Exotrail et Thales Alenia Space, plus qu'un parrainage, une fertilisation réciproque

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David Henri - Cofounder & CEO d'Exotrail
David Henri - Cofounder & CEO d'Exotrail (Crédits : DR)
Thales Alenia Space, l'un des leaders mondiaux de la conception de satellites de télécommunication, a vu dans Exotrail, une start-up qui développe des propulseurs électriques pour de petits satellites, non seulement une complémentarité mais aussi la promesse d'une plus grande agilité pour ses propres activités.

Toutes les grandes entreprises en rêvent... Se rapprocher d'une start-up, agile et proposant une technologie de rupture en ligne avec leurs propres ambitions industrielles et stratégiques, est aujourd'hui un must. C'est vrai dans de nombreux secteurs, et encore plus, sans doute, dans celui de l'aérospatial, un domaine qui connaît actuellement de profonds changements technologiques, de même que l'émergence de nouveaux acteurs. Au point que l'on parle aujourd'hui de new space.

Autant dire que le groupe Thales Alenia Space « a été ravi », se souvient Viktoria Otero del Val, senior vice-president, Strategy, Innovation, M&A and New Business Initiatives, lorsque, dans le sillage du concours i-Lab 2018, le groupe, l'un des leaders mondiaux de la conception de satellites de télécommunication, s'est vu proposé par le Ministère de l'Enseignement supérieur de la Recherche et de l'Innovation le parrainage d'Exotrail. Grand Prix du concours, la start-up développe des propulseurs électriques pour de petits satellites. « Exotrail offre un cycle de développement beaucoup plus rapide, avec une forte capacité à développer et tester des produits, », explique-t-elle. Sans oublier bien sûr l'ambition première d'Exotrail, celle d'offrir une innovation de rupture et des solutions nouvelles aux projets de constellations de petits satellites. De fait, la technologie développée, qui implique une poussée supérieure, permettra de réduire le temps nécessaire pour les manœuvres. « Leur exemple nous a interpelé, au point de nous amener à revoir nos propres process », ajoute Viktoria Otero del Val. Et, cerise sur le gâteau, Exotrail est une start-up française, dont l'équipe, par sa qualité, a impressionné le géant...

Des propulseurs qui tiennent dans la main

Fondée en 2015 par Jean-Luc Maria, Paul Lascombes, David Henri et Nicolas Heitz, au sein de l'Ecole polytechnique, Exotrail, basée à Palaiseau et à Toulouse, aurait pu risquer, comme d'autres concurrents dans le secteur, « d'aller trop vite et de ne pas faire attention aux détails », remarque David Henri, ingénieur polytechnicien. Mais aucun risque de faire ces erreurs lorsqu'on est épaulé par Thales Alenia Space... Si le géant mondial a tiré profit de ses contacts avec les jeunes entrepreneurs, ces derniers ont également « beaucoup appris », déclare David Henri. Et ce, aussi bien en matière de technologie que d'approche commerciale. Et pour cause, David Henri et ses coéquipiers d'Exotrail ont eu accès à des experts de Thales Alenia Space qui ont effectué une revue de pairs de la technologie développée par l'équipe, en se penchant sur tous ses aspects, y compris les moindres détails, thermiques ou autres, liés à ces propulseurs électriques, qui tiennent, pour les plus petits, dans la main, et lanceront, sur des orbites basses (de 500 à 1 500 km), des nano et des micro-satellites, de 10 à 100 kg. « L'approche de Thales Alenia Space répond parfaitement à nos besoins, et d'ailleurs, nous avons également été impressionnés par son agilité et son investissement en temps à notre égard », ajoute David Henri.

Au-delà des aspects techniques, les experts de Thales Alenia Space ont apporté leur expérience pour aborder un nouveau marché, celui des satellites de taille plus petite que ceux communément utilisés actuellement. « Nous sommes en phase, techniquement et commercialement, et cet intérêt croisé, y compris à l'international, est vraiment intéressant, puisqu'il s'appuie sur des techniques et des systèmes différents en matière de propulsion, mais complémentaires », se réjouit David Henri. Mieux encore, Thales Alenia Space et Exotrail ont travaillé conjointement sur des réponses à apporter aux clients et à des appels d'offres.

Vision et enjeux mondiaux

Depuis son succès au concours i-Lab, Exotrail trace sa route. En plus de la dotation (d'un total de 550 000 euros) associée au Grand Prix, la jeune pousse, également soutenue par les fonds Robolution de 360 Capital Partners, Amorçage Ambition Angel (F3A) de Bpifrance, IRDInov et la SATT Paris-Saclay, a levé des fonds pour un montant total de 6 millions d'euros, un record dans le domaine du spatial pour une start-up française ! Elle a ainsi pu embaucher une quinzaine de salariés sur les six derniers mois, pour porter l'effectif à un total de 20 collaborateurs. Et surtout, elle a mis au point son plan de développement. Première étape, à l'été 2019, celle d'une première commercialisation des outils logiciels pour concevoir des missions propulsées. Deuxième étape, ensuite, celle de la démonstration en orbite de la qualité de ses services. Et enfin, troisième étape, à la mi-2020, celle qui portera sur le développement de produits qualifiés.

Et l'intérêt est déjà là. « Nous avons de plus en plus de demande de la part de clients potentiels, et nous sommes en contact avec une trentaine de prospects », indique ainsi David Henri. Des clients, partout dans le monde, qui voudront remplacer de grands satellites, très chers, par une myriade de petits engins meilleur marché, grâce aux propulseurs miniaturisés d'Exotrail.

Pour mener à bien son développement, la start-up s'est récemment rapprochée de l'Institut de combustion aéro-thermique réactivité environnement (Icare), à Orléans (Loiret) dans le but de créer un laboratoire commun, baptisé Oracle, qui permettra d'effectuer rapidement une partie des travaux de miniaturisation et son évolution.

Les outils d'Exotrail ont donc beau être miniatures, ils sont promis à un destin immense, aux enjeux planétaires. D'autant que la France fait la course en tête dans ce domaine. Et c'est peu de dire que le concours i-Lab peut mener loin, très loin, les meilleurs talents français, surtout lorsqu'ils sont épaulés par les pouvoirs publics et les investisseurs privés, sans oublier bien sûr le parrainage des plus grands industriels de leur secteur.

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